Montréal garde le cap, malgré la controverse

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Alors que l’autorisation d’Environnement Canada se fait toujours attendre, le maire Denis Coderre maintient le cap concernant le déversement programmé de ses eaux usées à la mi-octobre même si cette affaire est en train de devenir un boulet pour son administration.

Le maire avait convoqué les médias, lundi, pour répondre aux critiques. Mais la décision de son administration demeure la même : pendant sept jours à compter du 18 octobre, Montréal laissera huit milliards de litres d’eaux d’égout se jeter dans le fleuve afin de procéder à des travaux dans l’intercepteur sud-est qui dessert le tiers de l’île de Montréal.

« Il y a des gens qui se posent des questions, qui sont choqués et qui se disent que ça n’a pas de bon sens de jeter huit milliards [de litres d’eaux usées]. Moi aussi, ça ne faisait pas mon affaire, c’est pourquoi j’ai demandé une pause pour qu’on regarde l’ensemble des options. Je réitère qu’on n’avait pas le choix, a indiqué le maire. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on fait ça. »

Environnement Canada

Le déversement a reçu le feu vert du ministère québécois de l’Environnement, mais celui d’Environnement Canada tarde à venir. Vendredi, le ministère fédéral avait indiqué qu’il ne pouvait autoriser ce type de rejet d’eaux usées et qu’il était en communication avec la Ville de Montréal pour en évaluer les impacts.

Denis Coderre insiste : les travaux pour la nouvelle chute à neige sont nécessaires tout comme le retrait de cintres, ces structures installées à l’intérieur de l’intercepteur en 1997, mais dont l’état se dégrade. Tous ces travaux auront des impacts limités sur la faune et la flore, dit-il.

Le maire a rappelé qu’en 2003 et 2007, Montréal avait procédé à des déversements similaires, la première fois, pour raccorder des industries qui déversaient leurs eaux usées directement dans le fleuve et la seconde pour des travaux d’entretien dans l’intercepteur.

Lebel s’en mêle

Les assurances de l’administration Coderre ne calment pas les critiques. Lundi, sur sa page Facebook, le député conservateur Denis Lebel s’est dit « préoccupé » par ce déversement. Denis Coderre n’a pas apprécié le commentaire du ministre : « J’espère que M. Lebel ne fera pas de la politique avec ça […]. S’il bloque ça, est-ce que ça veut dire qu’il va bloquer toutes les municipalités qui demandent à Environnement Canada de faire des travaux ? »

Montréal assure que les villes situées en aval n’ont pas à craindre pour leur eau potable. À Québec, on ne s’attend pas à subir des conséquences néfastes du déversement. Selon François Proulx, directeur de la division de la qualité de l’eau à la Ville de Québec, les matières indésirables « seront en grande partie décantées à la hauteur du Lac-Saint-Pierre ». La Ville entend néanmoins augmenter le nombre de tests pour mesurer la qualité de l’eau dans les jours suivant le déversement.

Sorel-Tracy ne puise pas son eau potable dans le fleuve, mais son maire, Serge Péloquin, craint justement pour l’écosystème du Lac Saint-Pierre, « une réserve mondiale de la biosphère reconnue par l’UNESCO ». M. Péloquin se dit déçu que le ministère québécois de l’Environnement ait si rapidement donné son accord au déversement : « Dans nos villes, quand il s’agit de déplacer une grenouille pour un projet de développement, ça prend rapport sur rapport, étude sur étude et un temps interminable ».

D’autres voix se sont ajoutées lundi pour dénoncer ce déversement, dont celles du NPD, du Parti vert et d’Équiterre. Même la sénatrice de New York, Patty Ritchie, a demandé à la Commission mixte internationale d’enquêter sur l’affaire. « Elle devrait s’occuper de ses propres cours d’eau et regarder ce qui se passe à New York », a rétorqué le maire Coderre.

Outre la pétition en ligne, qui a recueilli plus de 61 000 signatures, une manifestation organisée par Quebec Surf est prévue samedi sur le fleuve.

Avec Isabelle Porter
2 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 6 octobre 2015 07 h 04

    Cà demeure inacceptable M. le Maire!

    Malgré tous ses arguments, jamais un maire de la Ville de Montréal n'a osé dans le passé, commettre un tel désastre écologique qui se répercutera bien au-delà de la Ville de Québec, qui elle aussi, sera obligée de faire des tests d'analyse de son eau, plus régulièrement, à cause de Montréal, et de son projet de déversement insensé. Par les temps qui courent, tout le monde s'inquiète du projet de l'oléoduc d'Enbridge, qui aurait cru que c'est de la Ville de Montréal elle-même et de son maire, qu'il faut s'inquiéter! Les gens n'oublieront certainement pas qu'ils avaient élu le plus grand maire-pollueur que Montréal ait connu!

  • Jean Richard - Abonné 6 octobre 2015 10 h 33

    Et si la réalité était...

    Double réalité : quelqu'un l'a souligné dans les pages du Devoir hier, les eaux usées qui passent par l'usine de traitement ne sont débarrassées que d'un faible pourcentage des contaminants. Le vrai problème, c'est bien plus l'acceptation d'usines peu efficaces qui laissent passer bien des choses pendant toute l'année qu'un déversement partiel sans traitement qui ne durera qu'une semaine.

    Double réalité : si un politicien fédéral conservateur a sauté dans l'arène, ce n'est pas sans raison. En pleine campagne électorale, il y a un certain oléoduc qui ne fait pas l'unanimité et qui pourrait faire beaucoup plus de dommages à l'environnement, y compris le Saint-Laurent, qu'un égout en sept jours. L'égout qui cache l'oléoduc, on ne pouvait trouver mieux dans les circonstances, les médias aidant. Il faudrait tirer la chasse d'eau de quelques milliers de cuvettes avant de faire autant de dommages qu'un seule litre de pétrole brut s'échappant d'une vieille tuyauterie presque aussi vieille que le pont Champlain.