De l’esprit de clocher à l’esprit de solidarité

Pierre Vallée Collaboration spéciale
« L’application du PMAD nous a fait réaliser que nous avions un problème à Laval avec l’aménagement urbain. Il n’y a jamais eu de vision commune », assure le maire de Laval, Marc Demers.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « L’application du PMAD nous a fait réaliser que nous avions un problème à Laval avec l’aménagement urbain. Il n’y a jamais eu de vision commune », assure le maire de Laval, Marc Demers.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Créée en 2001, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) regroupe les 82 municipalités qui forment la grande région montréalaise. En 2011, la CMM a adopté le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Qu’en est-il aujourd’hui ? Points de vue de deux des membres de la CMM, Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie, et Marc Demers, maire de Laval.

Suzanne Roy a été élue mairesse de Sainte-Julie en 2005 ; ce qui signifie qu’elle siège à la CMM depuis maintenant dix ans. Au fil des ans, quelle évolution a-t-elle pu constater ? « Tout un monde d’évolutions, admet-elle d’emblée. À sa création, la CMM était une structure difficile à avaler pour plusieurs municipalités. Si une municipalité connaît bien sa réalité et ses besoins, en revanche, elle ne comprend pas toujours bien les besoins des autres. Il a donc fallu passer de l’esprit de clocher à un esprit de solidarité. Aujourd’hui, les municipalités de la CMM ne se voient plus comme étant en compétition les unes contre les autres, mais plutôt en complémentarité les unes avec les autres, ce qui permet de dégager une vision commune de l’aménagement et du développement du territoire de la CMM. »

Selon Mme Roy, c’est la mise en place du PMAD qui a été l’instrument principal de la cohésion que l’on observe aujourd’hui à la CMM. « Les travaux préparatoires à la mise en oeuvre du PMAD ont permis de grandement rapprocher les municipalités entre elles. De plus, la société civile a participé à ces travaux préparatoires, et de façon plus soutenue que nous l’avions prévu à l’époque. Les élus n’ont pas travaillé en vase clos et ils ont pu profiter de l’apport de la société civile. »

Le PMAD dresse les grands principes de l’aménagement et du développement de la CMM, mais chaque municipalité doit le mettre en application selon sa propre réalité. Comment cela se passe-t-il à Sainte-Julie ? « À Sainte-Julie, le PMAD nous a surtout interpellés sur le transport collectif. La Ville de Sainte-Julie exploite un service d’autobus qui effectue des déplacements à l’intérieur de la municipalité, mais qui se rend aussi à Longueuil et à Montréal. Nous avons choisi de renforcer le transport collectif par la construction d’un stationnement incitatif de 1000 places. Ce stationnement sera développé selon les principes du TOD, ou du transit-oriented development. Nous voulons créer un milieu de vie autour de ce stationnement. »

 

Ville de Laval

Élu à la mairie de Laval en 2013, Marc Demers admet qu’il est encore novice en matière de CMM. « Les premiers mois, c’était comme retourner sur les bancs d’école. J’étais nouveau et mon équipe aussi, alors il fallait d’abord apprendre le fonctionnement de cette structure, qui est importante et essentielle pour la région métropolitaine. Il faut absolument collaborer entre nous. Par exemple, si Montréal règle son problème avec l’agrile du frêne et que Laval ne le fait pas, alors Montréal n’a rien gagné du tout. »

Et bien qu’il constate les progrès accomplis par la CMM au fil des ans, il considère qu’il y a encore de la place pour l’amélioration. « La CMM comme organisation est encore relativement jeune et je crois qu’il y a encore du chemin à faire avant qu’elle n’arrive à son plein potentiel. »

Qu’en est-il de l’application du PMAD à Laval ? « L’application du PMAD nous a fait réaliser que nous avions un problème à Laval avec l’aménagement urbain. Le problème ne date pas d’hier puisque, au fil des ans, Laval s’est essentiellement développée au gré des promoteurs. Ceux-ci avaient une vision claire de leurs projets, mais il n’y a jamais eu de vision commune. C’est pourquoi nous avons entrepris un vaste chantier de consultations auprès de nos grands partenaires, de nos promoteurs et de la société civile. L’objectif est de dégager une vision commune qui devrait aboutir, d’ici 16 mois, au dépôt d’un véritable schéma d’aménagement. Et ce schéma d’aménagement doit respecter la personnalité propre de chacune des 14 villes qui ont fusionné pour former Laval. Le schéma d’aménagement est un outil indispensable pour nous, surtout que 22 % de notre territoire est disponible pour le développement. »

Les enjeux métropolitains

Selon Marc Demers, on peut difficilement dégager un seul grand enjeu. « Il faut travailler sur plusieurs fronts à la fois. Le transport en commun est important, mais le développement économique aussi, tout comme la protection de l’environnement. » Mme Roy partage ce point de vue, mais y ajoute une dimension qu’elle croit importante. « Il faut se rappeler que, pour un citoyen, habiter un territoire, c’est bien, mais pouvoir y vivre, c’est mieux. Peu importe où l’on se trouve sur le territoire de la CMM, il est important que ce lieu soit aussi un véritable milieu de vie. »

Le modèle de la CMM est-il exportable dans d’autres régions du Québec ? Mme Roy, qui est aussi présidente de l’Union des municipalités du Québec, croit que l’idée n’est pas bête, mais que l’on doit par contre nuancer. « La création de la CMM était obligatoire pour la grande région montréalaise, le contraire était impensable. Il y avait même une certaine urgence à agir. Par contre, en région, l’urgence n’est pas la même. Oui, une région métropolitaine autre que celle de Montréal pourrait s’inspirer de la CMM, mais elle ne pourrait pas mettre en place un pareil organisme sans tenir compte des particularités de sa région. Un calque est donc impossible. Et dans certaines régions, la mise en place d’un pareil organisme de concertation n’a peut-être pas son utilité. »