L’implication citoyenne, fondamentale sur le plan municipal

Réginald Harvey Collaboration spéciale
« Voilà ce que les gens nous demandent : ils veulent plus de transports et ils souhaitent qu’on leur offre des services écoresponsables. Ils n’achètent plus simplement une maison ni ne louent un logement dans un endroit donné, mais ils choisissent un milieu et un environnement qui soient en mesure de leur procurer une meilleure qualité de vie. »
Photo: Julie Précourt Gagné « Voilà ce que les gens nous demandent : ils veulent plus de transports et ils souhaitent qu’on leur offre des services écoresponsables. Ils n’achètent plus simplement une maison ni ne louent un logement dans un endroit donné, mais ils choisissent un milieu et un environnement qui soient en mesure de leur procurer une meilleure qualité de vie. »

Ce texte fait partie du cahier spécial Régions métropolitaines

Il aura fallu parcourir, par temps parfois orageux, un long chemin parsemé de plusieurs embûches afin de parvenir à obtenir un consensus dans la réalisation d’un plan destiné à aménager adéquatement et durablement l’aire métropolitaine du Grand Montréal. Élus et représentants de la société civile se sont finalement entendus pour doter la région de son Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), en 2011. La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, pose un regard sur la suite des choses…

Le 5 octobre se déroulera l’Agora 2015, une rencontre élargie sur l’état de ce plan en chantier. Celle qui a accédé à la mairie de cette imposante agglomération urbaine de la Rive-Sud le 1er novembre 2009 se tourne vers les années 2010 : « Si on se souvient de ce qui s’est passé à cette époque, on doit reconnaître que ce n’était pas si simple que cela et qu’il a été nécessaire d’avoir beaucoup de discussions et de consultations pour adopter un plan. Dans le fond, ce en quoi l’Agora nous est utile aujourd’hui, c’est que ce mécanisme de suivi nous sert à faire le point pour chacune de nos villes, mais aussi pour tout le Grand Montréal, parce qu’on ne peut plus travailler en vase clos. »

Tout le monde doit maintenant mettre la main à la pâte, « et cette Agora va nous fournir l’opportunité de dresser un bilan de ce qui se passe dans chaque municipalité ; grâce à celui-ci, on pourra sans doute se donner les moyens pour assurer la suite des choses. Chacun voudra mettre en valeur ses bons coups et montrer en même temps ce qu’il a appris en les réussissant. De mon côté, il est certain que je vais parler de la Place Charles-Lemoyne, qui s’avère un TOD [Transit-Oriented Development] important ».

Elle ajoute encore : « Dans le processus de réalisation de ces bons coups, on a parfois rencontré des moments difficiles, ce qu’on peut partager avec nos pairs, mais aussi, ce qui devient encore plus intéressant, avec les citoyens, parce que l’Agora, c’est également une implication citoyenne. »

 

La gouvernance de proximité

La mairesse St-Hilaire affiche clairement ses couleurs : « C’est fondamental ! On ne peut plus développer nos villes sans les citoyens ; si on ne le fait pas, on se fait rattraper très rapidement. Ils posent des questions et ils s’intéressent à leurs milieux de vie. On doit les impliquer de la même manière qu’on a procédé tant dans le projet de la Place Charles-Lemoyne que dans le développement de Roland-Therrien, qui représentent des pôles importants dans notre ville. Avant même de sortir nos crayons et nos planches à dessin, on s’est livrés à une vaste consultation avec ceux-ci. »

La raison en est que, selon elle, « on réalise des projets non pas pour le maire ou la mairesse, ou encore pour les promoteurs, mais on agit de la sorte pour que les citoyens aient envie de s’installer et de rester chez nous ».

Dans ce sens-là, les trois axes majeurs autour desquels s’articule le PMAD, aménagement, transports et environnement, affectent directement le vécu quotidien des populations de cette région métropolitaine : « Voilà ce que les gens nous demandent : ils veulent plus de transports et ils souhaitent qu’on leur offre des services écoresponsables. Ils n’achètent plus simplement une maison ni ne louent un logement dans un endroit donné, mais ils choisissent un milieu et un environnement qui soient en mesure de leur procurer une meilleure qualité de vie. »

Pour répondre à de telles exigences, « notre rôle à nous, c’est de créer une atmosphère ; tel est notre défi, qui ne consiste pas seulement à aligner des condos et des maisons ; il faut densifier les lieux et rendre ces milieux plus agréables. »

Les acquis de la planification

Caroline St-Hilaire se tourne vers le passé pour mieux illustrer les changements en cours dans la gouvernance municipale : « Je n’occupe pas mes fonctions depuis tellement longtemps, mais auparavant, on se livrait dans les banlieues à du développement qui consistait à construire beaucoup d’unifamiliales ; les gens n’avaient pas nécessairement accès à un transport en commun ou actif, la plupart d’entre eux, à Longueuil, possédaient une ou deux autos, un chien et une piscine. Et maintenant, on essaie de densifier et d’amener le transport collectif qu’on tente de rendre plus accessible. Finalement, le PMAD nous a entraînés à revoir complètement notre façon d’aménager et de développer. »

Elle sert comme exemple la Place Charles-Lemoyne : « Le transport en commun est déjà là avec le métro ; on a aussi des tours et une présence universitaire. Si on considère qu’environ 75 000 personnes circulent dans ce secteur chaque jour, je pense que ça commence vraiment à ressembler à un TOD. On a consenti là un investissement important du côté de l’esplanade parce que le défi à cet endroit, c’est de créer une âme, une atmosphère pour en faire quelque chose d’autre qu’un lieu de transit pour les gens ; on est en train de créer un milieu de vie dans ce secteur, ce qui émane de la force du Plan. »

L’Agora et le climat

La mairesse propose cette vision de la prochaine Agora : « On a justement voulu, en mettant sur pied cette tribune, que la population embarque, que le PMAD, ce ne soit pas seulement l’affaire des élus ou un document qui soit tabletté. La société civile devient partie prenante de ces échanges, ce qui leur confère un succès collectif plutôt qu’individuel. »

Et si le climat était plutôt tendu et les débats parfois musclés durant l’élaboration du PMAD, elle constate aujourd’hui que la tempête s’est calmée : « Honnêtement, je dirais que cela va beaucoup mieux. Il est certain que ce fut très laborieux pour se rendre jusqu’au Plan. Maintenant qu’il existe, c’est devenu notre bible sur le plan de la région métropolitaine et c’est aussi le point d’ancrage de toute la région, ce qui nous sert à avancer beaucoup plus facilement parce que, maintenant, on parle tous le même langage ; on a à présent un plan global, ce qui devient plus intéressant et plus facile pour tout le monde. »