«Aménager ensemble l’avenir du Grand Montréal»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Pour l’Agora 2015, la CMM a décidé d’aller plus loin sur l’aménagement, sur l’environnement, mais aussi sur les transports.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour l’Agora 2015, la CMM a décidé d’aller plus loin sur l’aménagement, sur l’environnement, mais aussi sur les transports.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) adoptait en 2011 son Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) ; il est entré en vigueur en mars 2012 et s’applique à 82 municipalités sur un territoire de 4360 km2. À l’intérieur de ce coffre d’outils destiné à l’aménagement du territoire, au transport et à l’environnement figurent des mécanismes de suivi visant périodiquement à en mesurer les réalisations et à en assurer la mise à jour ; l’Agora 2015 fait partie de ceux-ci.

Florence Junca-Adenot, professeure et directrice du Forum Urba 2015 à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, copréside cette rencontre élargie du 5 octobre sur le PMAD. Elle se remémore le contexte qui a donné lieu à son adoption il y a quelques années à peine : le territoire s’élargissait alors sans cesse au fur et à mesure que les populations migraient aux alentours du pôle urbain central ; les commerces emboîtaient le pas pour former ainsi une véritable aire métropolitaine.

La société civile se mouille à ce moment-là, en 2010 : « Des groupes de citoyens organisés qui s’intéressaient à ces questions de transport, d’environnement et d’aménagement se sont réunis et ont pris l’initiative de créer la première agora citoyenne ; quelque 500 personnes voulaient encourager l’élaboration d’un plan à l’échelle métropolitaine ; en même temps, on souhaitait voir en partie, avec des intervenants venus de toutes les parties du territoire, si ce genre de préoccupations percolait ou pas du tout. »

Cette rencontre, qui se déroule en présence d’élus, de citoyens et de diverses organisations thématiques, s’avère un immense succès et devient l’élément déclencheur d’une planification urbaine à l’échelle de toute une région, « là où le monde vit et où les choses se passent ». Le processus législatif suivra et donnera naissance à un véritable plan ; il sera l’aboutissement d’une consultation élargie auprès de toute la population de la région : « Je pense qu’environ 1500 personnes en provenance de tous les milieux de la société civile y ont participé. » Un rapport suivra cet exercice, dont un bon nombre des recommandations sera retenu.

De son côté, Dominic Perri, membre du conseil de la Ville de Montréal, président de la commission d’aménagement de la CMM et coprésident avec Mme Junca-Adenot de l’Agora 2015, situe de cette façon le contexte entourant l’adoption du PMAD : « C’est un document très important, ne serait-ce que parce que pour la première fois il y a eu une entente presque unanime entre les 82 villes ; à ma connaissance, je crois qu’une seule personne n’était pas favorable. »

Où en sommes-nous ?

Il rapporte ce qui s’est passé sur le plan du suivi, deux ans après la mise en chantier du plan : « On voulait savoir alors où on en était rendus avec ce dernier, quels étaient les progrès enregistrés par la Communauté dans la réalisation des actions visant à sa mise en oeuvre et quels étaient ceux obtenus dans l’atteinte des cibles et des objectifs qui y sont énoncés. On tenait une consultation pour voir s’il n’y avait pas des ajustements à apporter au PMAD : c’est ce qu’on a alors fait. »

Un rapport de monitoring précède l’Agora 2013, qui réunira quelque 700 personnes : « La commission d’aménagement voulait d’abord connaître la position des leaders des divers groupes sur le cheminement du dossier. Par la suite, l’ensemble des citoyens a été en mesure de faire connaître son point de vue. »

M. Perri résume ce qui s’est passé : « C’était vraiment très tôt pour mesurer ce qui a été réalisé. Les gens étaient tout de même très enthousiastes et il y a eu des signaux très intéressants qui sont apparus ; ils nous ont fourni des pistes pour qu’on accélère un peu sur certains plans ou pour qu’on fasse des corrections sur d’autres. On s’est aperçus qu’on allait dans la bonne direction, notamment dans l’aménagement de logements dans des aires TOD [Transit-Oriented Development] et pour ce qui est de la protection des terres cultivées, mais que, dans un laps de temps si court, les progrès étaient quand même limités. »

Mme Junca-Adenot abonde dans le même sens que son collègue coprésident au sujet des opérations de suivi : « Il ne s’était tout de même pas écoulé beaucoup de temps depuis 2011 compte tenu des trois grands axes du Plan et de l’implication de beaucoup de monde ; c’est lourd. Mais je pense que ceux qui ont bâti le PMAD ont eu raison : ils ont mis en place deux mécanismes de suivi qui forcent à en assurer la continuité. » Elle pose ce regard sur l’Agora 2013 : « On s’était dit qu’il ne servait à rien de dresser un bilan du Plan puisqu’il venait d’être adopté, ou de mettre l’accent sur ce qui va mal puisque celui-ci a justement été mis en place pour qu’on tente ensemble de trouver des solutions. On a donc fait là une opération de sensibilisation à partir de beaux exemples des réalisations choisies soigneusement dans toute la région. »

Vers où allons-nous ?

La coprésidente se tourne vers l’Agora 2015 : « À ce moment-ci, c’est plus formalisé et il s’est passé un peu plus de temps. On s’est donc dit qu’il fallait aller plus loin sur l’aménagement, sur l’environnement et sur le transport, mais aussi sur les mécanismes de collaboration, en route que nous sommes vers Habitat III à Quito en 2016. On a élaboré la programmation autour des trois thèmes et à partir du bilan dressé par le rapport de monitoring 2015. »

Les conférenciers qui sont des élus et des membres de la société civile sont invités à prendre la parole pour dire « comment on fait pour aller plus loin. Volontairement, quand on regarde le programme, il y a toujours certaines difficultés derrière les sujets qui sont traités. Donc, l’Agora joue son rôle de réflexion pour aider à pousser davantage vers l’avant l’implantation du PMAD et pour revoir, au besoin, certains de ses objectifs ».

Elle fait ce constat sur le climat qui prévaut dans le cadre du déroulement de son implantation : « Ce qui m’a frappée, c’est qu’il y a beaucoup de respect dans le travail qui se fait entre élus et société civile. Il y a beaucoup de vraies choses qui se disent ; on n’est pas dans un environnement de langue de bois, mais plutôt de dialogue pour voir comment on peut s’attaquer à tel problème et comment on s’y prend pour arriver à des solutions. Il faut parvenir, en trouvant le bon rythme, à ce que les citoyens ne se sentent pas seulement citoyens de leurs quartiers, de leurs villes ou de leurs arrondissements, mais d’un grand ensemble urbain ; c’est là un processus qui est aussi éducatif. » Il y va de la réalisation harmonieuse de projets porteurs dans l’aménagement de l’aire métropolitaine du futur.