«La bataille du développement durable sera perdue ou gagnée dans les villes»

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Michel Max Raynaud, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal
Photo: Université de Montréal Michel Max Raynaud, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Entre les gouvernements jaloux de leur souveraineté et l’entreprise privée qui impose ses quatre volontés, les villes nord-américaines peinent à affirmer leur leadership. Pour Michel Max Raynaud, il est cependant primordial qu’on reconnaisse les grandes métropoles pour ce qu’elles sont.

« La bataille du développement durable sera perdue ou gagnée dans les villes. C’est clair, affirme le professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, en reprenant les paroles d’un haut fonctionnaire de l’ONU. Si les villes agissent dans le bon sens, [on se dirigera] effectivement vers un certain nombre de résultats positifs. Ce n’est pas la campagne burkinabé qui modifiera le niveau de risque climatique. »

Architecte et urbaniste d’origine française, Michel Max Raynaud prêche, dans son propre travail de chercheur universitaire, pour des milieux urbains plus actifs. Autant ceux du Québec que ceux du Burkina Faso et d’autres pays de l’Afrique subsaharienne francophone. Il est un des instigateurs du Réseau d’échanges stratégiques pour une Afrique urbaine durable (RESAUD), une ONG basée à l’Université de Montréal qui met le savoir au service du leadership des villes.

C’est pour cette expérience à la fois d’activiste humanitaire et de scientifique que Michel Max Raynaud a été invité à participer à la Conférence de Montréal sur le thème desaires métropolitaines, une des réunions préparatoires à Habitat III, la grande conférence sur le logement et le développement urbain durable prévue par l’ONU à Quito, en Équateur, en octobre 2016. Habitat III, qui s’inscrit dans la suite d’événements similaires tenus en 1976 (Habitat I, à Vancouver) et en 1996 (Habitat II, à Istanbul), servira à mettre en place le « nouvel agenda urbain » piloté par les Nations unies.

Experts et maires à Montréal

Montréal réunira des experts et universitaires — tels que le prof Raynaud —, des chefs d’État et des élus municipaux des quatre coins du globe. Aux côtés du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et du maire de Montréal, Denis Coderre, sont attendus les maires de Dakar, de Vancouver et de Quito, la mairesse de Barcelone, ainsi que des représentants des administrations de Portland, de New Delhi, de Yaoundé et de Mexico.

Étalées sur deux jours, les discussions porteront sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui pèsent sur les régions métropolitaines. L’un des panels aura comme objectif de « distinguer les mécanismes qui permettront de renforcer la coordination métropolitaine, le financement public et institutionnel, l’aspect technique et la gouvernance ».

Montréal ne figure pas nécessairement comme un modèle à suivre, mais Michel Max Raynaud croit que le programme quinquennal adopté par la Ville en 2011, le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (2012-2017), est un pas dans la bonne direction.

« Le plan a satisfait et surpris un peu tout le monde, se souvient-il.[Même s’il avait des points] où ça coinçait un peu, parce que ça remettait en cause un certain nombre de privilèges et de pouvoirs locaux, [il] a été largement plébiscité, autant par les universitaires que par les groupes communautaires, les citoyens, le milieu des affaires. Le consensus lui a donné du poids. »

Le statut politique des villes

Le principal enjeu dans un monde de plus en plus urbain concerne la reconnaissance du rôle moteur des villes, peu importe sur quel continent elles se situent.

« Un conflit se joue actuellement entre les villes et les États. C’est le gros problème, reconnaît Raynaud. Les villes deviennent de plus en plus importantes dans les paysages nationaux et revendiquent de plus en plus de pouvoirs. C’est pour ça que le maire Coderre court dans tous les sens. Pour que la métropole montréalaise soit mieux reconnue. La mairesse de Paris fait aussi des pieds et des mains pour faire sauter un verrou qui n’existe pas ici, celui des préfets, les bras armés de l’État dans les organismes municipaux. »

C’est connu et reconnu que la taille des territoires urbains et celle de leurs populations sont considérables. Que la grande majorité des richesses d’une nation et des sièges sociaux des entreprises se trouvent dans ces milieux. Cependant, il en va autrement de leur poids politique. C’est particulièrement le cas en Amérique du Nord, où une capitale économique est rarement la capitale politique, celle où siège le gouvernement.

« Les grands déploiements sont très compliqués ici, parce qu’il n’y a pas de fonds, on va petit bout par petit bout, avec des listes d’épicerie. Les maires sont des gestionnaires du quotidien. Ils n’ont absolument pas leur mot à dire sur le développement de la ville, ou très peu, lâche Michel Max Raynaud. Ce n’est pas le maire de Montréal qui a décidé qu’il y aurait un développement commercial au croisement des autoroutes 15 et 40. Non, c’est un entrepreneur qui a voulu s’y installer. Ce n’est pas non plus le maire de New York qui a construit le Rockefeller Center. »

Celui qui dirige aussi l’Observatoire Ivanhoé Cambridge du développement urbain et immobilier souhaite que les conférences de l’ONU, autant la grande réunion de Quito que celles de Montréal, de Tel-Aviv (sur l’engagement civique), de Cuenca (rénovation urbaine) ou de Barcelone (ville intelligente), améliorent le statut politique des régions métropolitaines.

La Déclaration de Montréal, espère-t-il, insistera sur ce point, au moment de fixer les grands principes de gouvernance sur les questions des changements climatiques et les grands thèmes du développement durable.