Ferrandez dénonce une démolition hâtive

Aperçu des vestiges du Village des Tanneries, près de l’échangeur Turcot, avant les travaux de démolition exécutés samedi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aperçu des vestiges du Village des Tanneries, près de l’échangeur Turcot, avant les travaux de démolition exécutés samedi.

Les bulldozers ont fait leur apparition plus vite que ne l’avaient prévu les opposants à la démolition du Village des Tanneries. Les vestiges d’une « zone déjà fouillée », précise la porte-parole du ministère des Transports du Québec (MTQ), ont été retirés samedi pour laisser le champ libre aux travaux du chantier de l’échangeur Turcot.

Une démolition « qui s’est faite en catimini », n’a pas tardé à dénoncer Projet Montréal. Un épisode de trop, selon le chef de l’opposition officielle, Luc Ferrandez, pour qui l’urgence doit cesser d’être un argument pour agir précipitamment : « Une société mature ne peut pas donner comme réponse : notre agenda ne nous permet pas d’attendre. » Il ajoute que nombre d’autres chantiers à Montréal connaissent des délais, et que des vestiges uniques auraient au moins mérité quelques jours de répit.

L’opposition avait d’ailleurs déposé une motion en vue du conseil municipal de lundi soir pour demander au ministère des Transports du Québec (MTQ) d’évaluer la possibilité de préserver une partie du site. « Le MTQ a décidé de détruire avant que ce débat important ait lieu », a indiqué Anne-Marie Sigouin, conseillère de Projet Montréal pour le Sud-Ouest.

Une accélération du calendrier qui inquiète également Joanne Burgess, professeure d’histoire à l’UQAM. Dans une lettre publiée sur le site du Devoir, elle détaille l’histoire d’un lieu dont la valeur patrimoniale « ne se limite pas à l’histoire locale ». Les vestiges constituent un « témoin matériel d’un lieu unique dans l’histoire industrielle du Québec » et pas seulement de Montréal, puisque aucun autre village n’a concentré autant d’artisans du cuir. Une perspective historique qui contredit celle du directeur de l’archéologie au ministère de la Culture, Jean-Jacques Adjizian. Lors de l’annonce de la démolition il y a plus d’une semaine, il avait affirmé que le site était comparable à plusieurs autres.

Mme Burgess plaide pour stopper maintenant la démolition, afin d’avoir le temps de réaliser une évaluation plus approfondie ou du moins de « s’assurer de pouvoir reconstituer si effectivement l’hypothèse retenue est celle que tout doit disparaître ».

« Agora » : éviter les erreurs

La destruction de l’Agora du square Viger est une mauvaise décision en matière de patrimoine dénonce également Luc Ferrandez. Il cosigne à ce sujet une lettre adressée à M. Coderre sur le site Web du Devoir, avec entre autres le fils de l’artiste et Christian Bédard, directeur général du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec.

Raser l’oeuvre de Charles Daudelin « pour la remplacer à fort prix par un aménagement qui ne saurait faire mieux » serait une erreur, selon les auteurs. La situation urbaine, plutôt que la configuration du lieu lui-même, est montrée du doigt. « Mettez n’importe quel espace de parc dans un lieu difficile et il sera squatté », avance M. Ferrandez.

La création « d’occasions d’achalandage durable » serait le seul gage d’un renouvellement du square Viger. Le maire du Plateau-Mont-Royal propose d’installer une animation permanente, à partir des modules en béton de Daudelin, en les transformant en buvettes, en cafés, en vestiaires pour les sportifs de passage, en clubs ou en rangements pour un marché public par exemple. Une transformation qui « respecterait l’esprit des lieux » et la volonté de l’artiste, qui avait initialement prévu ces modifications.

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