Montréal réclame les pleins pouvoirs pour agir sur la situation du logement

La Direction de la santé publique établit à 30 % le nombre de ménages montréalais habitant un logis touché par la vermine ou une humidité excessive.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Direction de la santé publique établit à 30 % le nombre de ménages montréalais habitant un logis touché par la vermine ou une humidité excessive.

Indigné par l’état déplorable de salubrité et d’abordabilité des logements à Montréal dévoilé par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal, le maire, Denis Coderre, soutient que la solution passe par l’adoption par Québec d’une loi sur la gouvernance et l’octroi de pouvoirs longtemps réclamés par la métropole pour gérer elle-même les problématiques sociales sur son territoire.

Lors du Forum montréalais sur le logement et la santé, où les ministres québécois et fédéral concernés par le logement ont brillé par leur absence, le maire Coderre a repris lundi le flambeau de la nécessité d’une loi accordant à Montréal le statut de métropole, doublée de budgets conséquents pour agir sur la situation désastreuse du logement.

Le maire a vivement réagi au rapport de la DSP révélant que près de 40 % des ménages de locataires montréalais allouent plus de 30 % de leurs revenus à leur loyer et que 30 % des ménages habitent un logement affecté d’un problème d’insalubrité.

« On est indignés par ça. On a les chiffres, on sait quels sont les enjeux. La solution concrète, c’est d’avoir la capacité de pouvoir les réaliser. Le statut de métropole d’ici 2016 va nous permettre de réaliser ce qu’on veut faire. Il faut avoir non seulement les pouvoirs, mais les moyens pour travailler en ce sens », a-t-il insisté.

Faire plus

 

Comme le dévoilait Le Devoir lundi, la DSP établit à 30 % le nombre de ménages montréalais habitant un logis touché par la vermine ou une humidité excessive. Infiltration d’eau ou moisissures touchent 28 % des ménages en location, alors que punaises et coquerelles causent des maux de tête à plus de 5 % d’entre eux. Samedi, Le Devoir dévoilait en sus que 50 000 ménages à Montréal ont dû se priver l’an dernier de nourriture pour payer leur loyer.

En matière de salubrité, le maire Coderre affirme que son administration a musclé son règlement et haussé les amendes aux propriétaires négligents, mais souhaiterait faire plus. La Ville ne peut pas forcer la saisie d’immeubles insalubres, comme l’ont réclamé lundi nombre d’intervenants.

Sans lever le ton à l’égard du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, le maire Coderre a par ailleurs déploré l’inaction du gouvernement fédéral (aucun candidat conservateur n’a daigné se présenter au Forum) en matière de logement social. « Des gens ont des responsabilités, et il faut qu’ils les prennent, […]. On ne peut parler de développement économique en ayant des statistiques comme celles-là », a dénoncé Denis Coderre.

Alors que les candidats Gilles Duceppe, du Bloc québécois, Stéphane Dion, du Parti libéral du Canada, Marjolaine Boutin-Sweet, du NPD, et Daniel Green, du Parti vert, y sont tous allés de leurs promesses en matière de logement, les groupes de défense des locataires ont montré du doigt le retrait massif des deux ordres de gouvernement. « Le fédéral n’investit plus que 250 millions pour de nouveaux logements sociaux par année, soit pas plus de 57,7 millions pour le Québec. Ça veut dire seulement 700 logements de plus pour toute la province », a fait valoir François Saillant, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain.

De son côté, le Regroupement des comités de locataires et d’aide au logement du Québec déplore que le recul du gouvernement soit passé sous silence. « Le dernier budget Leitão a aboli le Programme Rénovation Québec, ce qui veut dire 50 % en moins dans ce programme bipartite. Il n’y a pas d’écoute à Québec sur le logement », a déploré Maude Bégin Gaudette, porte-parole du Regroupement.

Au cabinet du ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Pierre Moreau, on a invoqué, lundi, l’agenda chargé du ministre pour justifier son absence lors du forum. Il a bien reçu le rapport, qu’il commentera une fois qu’une analyse en sera faite, a-t-on indiqué. « Le logement, c’est une priorité très importante pour nous », a-t-on fait valoir.

À voir en vidéo