Une terrasse qui fait voir rouge

La nouvelle terrasse était pratiquement déserte lundi après-midi. Les nombreuses tables étaient généralement inoccupées.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La nouvelle terrasse était pratiquement déserte lundi après-midi. Les nombreuses tables étaient généralement inoccupées.

La Grande Terrasse rouge de la rue Saint-Denis a été aménagée pour rendre moins pénible le chantier qui s’y déploiera au cours de la prochaine année. Mais elle ne fait pas l’unanimité parmi les commerçants. Certains applaudissent à l’initiative qui donne à l’artère un air de fête, mais d’autres y voient un gaspillage de fonds publics.

Lundi après-midi, les passants étaient rares à profiter de la longue terrasse qui borde le côté est de l’artère montréalaise depuis trois semaines, entre la rue Roy et l’avenue du Mont-Royal. Les nombreuses tables d’un rouge pimpant étaient généralement inoccupées. Seuls les quelques hamacs semblaient attirer les flâneurs.

« C’est intéressant qu’il y ait eu une réflexion en prévision du chantier. On a vu les conséquences des chantiers sur d’autres artères comme Saint-Laurent », rappelle Christian Lajoie, propriétaire du Futon d’or.

« J’avais des réserves au début, mais je crois que si la SDC [Société de développement commercial Pignons rue Saint-Denis] s’en occupe bien et qu’elle organise des activités d’animation, ça pourrait créer un petit buzz », espère Nathan Perez, propriétaire du commerce Au festin de Babette.

Chantier majeur

Rappelons que, pour atténuer les désagréments liés aux travaux de reconstruction des conduites d’aqueducs et d’égouts qui doivent être réalisés d’ici à la fin de 2016 sous la rue Saint-Denis, la Ville de Montréal a fait appel à l’architecte Jean Beaudoin afin de rendre le chantier plus attrayant. Outre la terrasse d’un kilomètre et les activités d’animation ponctuelles, des bannières surplombent la rue. Une voie de circulation a été retranchée.

Certains commerçants sont peu enthousiastes. « Je trouve ça beau, mais les gens utilisent peu la terrasse. Et ça crée de la confusion chez nos clients parce qu’ils ne peuvent pas y prendre un verre », explique la propriétaire de bar Auprès de ma blonde.

Michèle Bolduc, de la boutique de vêtements KSL, croit que la Ville se trompe de cible. Les commerçants peinent à survivre et, selon elle, la Terrasse rouge ne réglera pas leur problème. Les loyers, qui ne font pas l’objet d’un contrôle, sont exorbitants et le stationnement est déficient, dit-elle. « Je ne comprends pas pourquoi la Ville n’a pas offert une exemption de taxes aux commerçants le temps des travaux ou des coupons pour le stationnement », déplore-t-elle.

Agir ou ne rien faire

Le maire Denis Coderre, qui participait lundi à l‘inauguration de la Terrasse rouge, ne s’est pas formalisé des critiques. Selon lui, la majorité des commerçants applaudissent à l’initiative de la Ville : « Il y aura toujours des gens qui vont chialer, a-t-il lancé. Il y a des gens qui chialent parce qu’on ne fait rien. Il y en a qui chialent parce qu’on fait quelque chose. Là, on fait quelque chose. »

Certains travaux seront réalisés cet automne, mais les plus importants commenceront au printemps 2016. Les mesures de mitigation, dont la Terrasse rouge et les bannières, accaparent 2,5 millions sur un budget total de 14,4 millions. Les équipements pourraient servir pour d’autres chantiers, a-t-on indiqué. La terrasse sera démantelée le 1er décembre et sera partiellement reconstruite au printemps prochain, de part et d’autre du chantier qui s’étendra de l’avenue Duluth à la rue Marie-Anne.

14,4 millions
C’est le budget total consacré à la reconstruction des conduites d’aqueducs et d’égouts sous la rue Saint-Denis. Les mesures de mitigation, dont la Terrasse rouge et les bannières, en accaparent 2,5 millions.
5 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 1 septembre 2015 08 h 35

    Stationnement déficient ?

    Il y a encore des commerçants accrochés aux années 50 (1950, pas 2050) qui ne comprennent pas que l'espace public encombré de voitures stationnée, des autoimmobiles comme on devrait les appeler, ce n'est pas la solution à l'évolution économique et social d'une ville.

    S'il y a encore des commerçants qui croient que le stationnement sera la réponse magique à leurs piètres performances commerciales, pourquoi ne déménagent-ils pas en lointaine banlieue, là où d'immenses portions du territoire agricole ont été asphaltées et stérilisées pour accueillir des centaines d'autoimmobiles ?

    La mobilité urbaine est essentielle au bon fonctionnement d'une ville. Or, le stationnement à profusion ne contribue pas à la mobilité, il fait tout le contraire. L'espace moyen d'une case de stationnement tourne autour de 25 mètres carrés. Alors, si on écoutait les commerçants du plateau, il faudrait asphalter tous les parcs de la ville pour les transformer en terrain de stationnement. À se demander aussi si on ne devrait pas enlever les trottoirs (après tout, il n'y en a pas le long des autoroutes de la banlieue et les voitures ne s'en portent pas plus mal) pour ajouter des places de stationnement.

  • Jean Richard - Abonné 1 septembre 2015 08 h 49

    C'est peut-être qu'il faisait un peu chaud

    « Lundi après-midi, les passants étaient rares à profiter de la longue terrasse » – Cette affirmation aurait-elle pour but de discréditer les aménagements urbains destinés à égayer un peu la ville ?

    En réalité, lundi après-midi, il faisait chaud. Les gens en tenue de ville vont rarement s'installer en plein soleil dans de telles circonstances. Ils vont préférer les places à l'ombre et de préférence, avec pas trop de voitures autour. En plus, la couleur rouge, qui sera bienvenue quand le fond de l'air sera plus frais, n'est pas la plus recherchée quand il fait très chaud sous le soeil. C'est une couleur chaude. Aurait-on dû y préférer le blanc ? Ou l'alternance des deux ?

    Ainsi, vous pourriez aller faire un tour à la place Shamrock près du marché Jean-Talon. Les après-midis de temps chaud, c'est plutôt désert. Mais en fin de journée, quand le soleil descend derrière les immeubles riverains, je vous défie de trouver une place libre sur les bancs ou dans les balançoires.

  • Ronald Houde - Abonné 1 septembre 2015 08 h 49

    Pas très attirant

    Je regarde le spectacle qui défile en arrière-plan et j'avoue ne pas être attiré vers cette terrasse. Je peine à m'imaginer en train d'essayer de lire un livre ou prendre un café pendant qu'on me crache une bonne dose de monoxyde de carbone au visage ou me douche avec quelques kilos de poussière de chantier. On aurait dú pensé à incorporer un écran afin de protéger la clientèle et rediriger l'attention vers le trottoir et les commerces.

  • Maxim Bissonnette - Inscrit 2 septembre 2015 00 h 20

    titre

    ca va peut etre calmer les automobilistes qui roulent en fou sur cette rue là. c'est rempli de monde et il y a souvent des accidents... Sinon ca fait plus de place pour marcher et pour les parkings il en a plusieurs à coté dont celui sur drolet qui est rarement plein. Pour la rentabiliser il faudrait entre autre permettre aux commerces de l'utiliser...

  • Claude Hamel - Abonné 2 septembre 2015 09 h 31

    Terrasse à sec.

    Citation : "Et ça crée de la confusion chez nos clients parce qu’ils ne peuvent pas y prendre un verre », explique la propriétaire de bar Auprès de ma blonde."
    Bin voyons... c'est Montréal avec ses règlements de terrasses absurdes. Sans compter les permis de bars et restos qui limitent le nombre de clients bien en-deça de ce qui est nécessaire à la sécurité. Un verre pour mieux faire passer la période des travaux, ça aiderait peut-être.