Coderre en guerre contre Postes Canada

Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir

Denis Coderre s’en va en guerre contre Postes Canada. Furieux, le maire de Montréal a décidé jeudi de répliquer par la manière forte au déploiement de boîtes postales par la Société canadienne des postes qui agit, selon lui, de manière inacceptable sur le territoire montréalais.

« Non seulement c’est rendu sauvage, non seulement ils ne demandent aucune permission, ils ne font aucune consultation, mais ils ont même décidé d’établir des dalles de ciment dans des parcs éconature », a fulminé le maire en conférence de presse en matinée.

M. Coderre a alors exhibé les photos d’une dalle de béton devant accueillir une boîte postale dans le parc éconature de l’Anse-à-l’Orme, dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, une installation faite sans consultation et sans autorisation.

Le maire, qui réclame à l’instar de tous les élus municipaux le maintien de la livraison à domicile, a qualifié cette intrusion dans un espace vert de « goutte qui a fait déborder le vase ».

« L’aménagement du territoire, ça m’appartient. Je vais l’enlever la dalle, moi. Just watch me », a-t-il lancé, le ton batailleur. « Ils vont me poursuivre si je casse [la dalle] ? Ils me poursuivront. […] Après-midi, on s’en occupe », a-t-il ajouté.

Postes Canada avait réagi en diffusant un communiqué de trois phrases dans lequel la société d’État se disait disposée « à travailler avec les municipalités dans le but de trouver les meilleurs emplacements et de discuter des préoccupations qui sont soulevées », sans nier de quelque façon avoir agi sans consulter qui que ce soit ou avoir obtenu quelque permission que ce soit.

Le maire au marteau-piqueur

 

La menace du maire s’est concrétisée dans les heures suivantes lorsqu’une équipe de cols bleus s’est présentée et a commencé à démanteler la dalle. Au sein de cette équipe se trouvait un certain Denis Coderre avec casque, lunettes et bottes de sécurité, marteau-piqueur à la main, qui ne pouvait rater une telle occasion d’offrir aux médias des images percutantes et de nouvelles déclarations colorées.

« Le message qu’on envoie aujourd’hui, c’est que Postes Canada va nous respecter. Ils ont envoyé un message tantôt disant que on est prêt à travailler ensemble puis à se rencontrer et tout ça. Non. La bullshit, c’est assez », a-t-il laissé tomber.

D’autres élus ont fait état de boîtes postales installées ou en cours d’installation dans des parcs sans autorisation ou avertissement, une situation qui soulève des préoccupations en matière de sécurité puisqu’elle entraînera une circulation dans des secteurs où jouent de nombreux enfants.

« On interdit même le stationnement aux abords de nos parcs, et là on va installer des boîtes postales où les gens vont se déplacer en voiture pour aller chercher leur malle ? » s’est demandé la mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Anie Samson.

Intrusion dans la campagne

 

Denis Coderre a profité de la campagne électorale pour interpeller tous les chefs de parti pour qu’ils se prononcent sur la question. « Je veux savoir exactement ce qu’ils vont faire avec Postes Canada », a-t-il dit.

La réponse du Bloc québécois, du Nouveau Parti démocratique et du Parti libéral du Canada n’a pas tardé, les trois partis s’étant déjà prononcés contre la fin de la livraison du courrier à domicile. Ils ont indiqué jeudi désapprouver l’attitude de Postes Canada.

Prudent, le maire Coderre a toutefois évité de s’en prendre aux conservateurs et au premier ministre sortant Stephen Harper, dont le gouvernement est responsable de la société d’État fédérale. M. Harper est le seul des quatre chefs de grands partis qui n’a pas encore accepté l’invitation du maire à venir discuter des enjeux de la métropole.

Cependant, il a vivement reproché au gouvernement Harper le fait que celui-ci invoque l’indépendance de la société d’État pour ne pas intervenir, un prétexte que rejette d’emblée Denis Coderre. « The Queen can do no wrong, on repassera. C’est un service au public. Ça appartient à la population », a-t-il dit.

Le syndicat suivra Harper de près

Le président du Syndicat des travailleurs des postes, Mike Palecek, a d’ailleurs indiqué que ses membres comptaient suivre Stephen Harper à travers le pays pour participer à la campagne électorale et rappeler aux Canadiens les compressions imposées à Postes Canada, qui ont mené à l’annonce de la fin de la livraison du courrier à domicile l’année dernière.

La société de la Couronne, qui dit devoir s’adapter à la nouvelle ère numérique engendrant une baisse du volume du courrier, économisera environ 500 millions en cessant la livraison à domicile.

M. Palecek a martelé que les coupes chez Postes Canada, qui pourraient entraîner une révision du plan de pensions des employés, étaient « complètement injustifiées » puisque la société « continue d’enregistrer des profits ».


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