Montréal sort enfin les bacs bruns

Après avoir laissé certains arrondissements tenter l’expérience du compostage à l’échelle locale, la Ville de Montréal prend les grands moyens pour étendre la collecte des matières résiduelles à l’ensemble de son territoire : d’ici 2019, tous les Montréalais habitant un immeuble de huit logements et moins auront leur bac brun. Le grand défi sera maintenant de les convaincre de l’utiliser.


« Les gens comprennent que l’amélioration de leur qualité de vie passe par cette gestion des déchets. On va donc mettre tous les outils à leur disposition pour le faire », a déclaré mardi le maire de Montréal, Denis Coderre, au moment de dévoiler la stratégie montréalaise de collecte et de traitement des résidus alimentaires 2015-2019.


« On ne peut plus se permettre d’attendre. Comme dirait Ban Ki-moon [le secrétaire général de l’ONU], il n’y a pas de plan B pour la planète », a-t-il ajouté, fier de présenter une stratégie « cohérente » et « harmonisée » qui commande un « changement de culture ».


La collecte de matières résiduelles a débuté en 2008 dans certains arrondissements montréalais, mais en 2019, aucun n’y échappera. À l’heure actuelle, un peu moins de 100 000 immeubles de huit logements et moins (ou 18 %) profitent de la collecte des matières résiduelles et la Ville compte étendre le service à la totalité des 536 000 immeubles de cette catégorie en l’espace de quatre ans.


À terme, chaque Montréalais aura reçu une « trousse de départ » comprenant un petit contenant pour la cuisine, un bac brun pour la collecte et un sac compostable.


Les arrondissements qui procèdent actuellement à deux collectes d’ordures par semaine auront désormais une collecte d’ordures et une collecte de résidus alimentaires, tandis que ceux qui n’ont qu’une seule collecte hebdomadaire verront s’ajouter une deuxième collecte pour les bacs bruns.


La Ville souhaite par la suite traiter ses matières résiduelles dans les centres de compostage et de biométhanisation qui seront implantés à Montréal en 2019. En attendant, elle continuera de faire appel aux installations de Joliette et de Lachute. La distribution massive des bacs coûtera 12 millions, tandis que la collecte des matières résiduelles engendre des dépenses annuelles d’environ 165 millions. Quelque 260 millions seront par ailleurs requis pour la construction de l’ensemble des centres montréalais de traitement des matières organiques.


Tous ces coûts constituent un « investissement », et non une « dépense », a fait valoir le maire de Montréal.


Aux Montréalais de jouer


Le grand inconnu de cette stratégie demeure le taux de participation des Montréalais. Dans les arrondissements qui offrent actuellement la collecte de matières résiduelles, entre 20 et 40 % des citoyens mettent leur bac brun sur le trottoir chaque semaine. La Ville doit donc convaincre les Montréalais de collaborer. « On a des gestes à poser qui sont simples, mais indispensables », a souligné le maire Coderre.


Une grande campagne de sensibilisation sera lancée pour inciter les citoyens à modifier leurs habitudes pour le bien de la planète. Et si les réticences persistent, M. Coderre n’exclut pas de forcer la main des Montréalais. « Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Mais éventuellement, si les choses ne se font pas, on trouvera des règlements appropriés pour que ça puisse se faire. Je suis pour la méthode de la séduction plutôt que la coercition », a-t-il précisé.


Les Montréalais qui habitent dans des immeubles de huit logements et moins représentent les deux tiers de la population totale et le tiers restant, qui habite dans des immeubles de neuf logements et plus, n’est pas directement visé par la nouvelle stratégie montréalaise.


L’opposition officielle à l’Hôtel de Ville fait donc remarquer que la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, qui prévoit le bannissement de l’enfouissement des matières organiques putrescibles en 2020, ne sera pas respectée. « C’est un constat d’échec », a réagi la conseillère Érika Duchesne.


Selon Projet Montréal, la Ville manque d’« ambition » en excluant les immeubles de plus de huit logements, mais aussi les commerces et les installations industrielles. « Il faut commencer quelque part », a rétorqué le maire Coderre.


Même si elle a elle aussi dénoncé la lenteur de la Ville par le passé, la directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, Coralie Deny, préfère voir le verre à moitié plein. Cette stratégie est ce dont Montréal a besoin pour aller de l’avant, croit-elle. « On pense que beaucoup de gens sont prêts. Le seul problème, c’est qu’actuellement, il n’y a pas le service, et quand il est là, il est différent d’un endroit à l’autre. »


Pour ce qui est de l’idée d’obliger les citoyens à composter, Mme Deny estime qu’il vaut mieux attendre de voir la réaction des Montréalais avant d’aller de l’avant avec une réglementation.

Implantation complète des bacs bruns

2015 Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et Rosemont–La Petite-Patrie

2016 Outremont, Le Sud-Ouest, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Verdun, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève et Saint-Laurent

2017 Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Pierrefonds–Roxboro

2018 Lachine

2019 Anjou, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, LaSalle, Montréal-Nord, Saint-Léonard, Ville-Marie, Ahuntsic-Cartierville et Le Plateau-Mont-Royal
1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 12 août 2015 10 h 02

    Le bien de la planète et celui de la rue

    Le bac brun aura-t-il appris de son grand-frère, le bac vert (devenu sac de plastique transparent pour les petites unités de logements) ? La réponse est probablement NON.

    Quand le bac vert a fait son apparition, c'était tout beau. Les vertueux sauveteurs de la planète s'affichaient ostensiblement, avec l'inébranlable foi dans les petits gestes individuels. Mais les petits gestes individuels ne mènent le plus souvent nulle part. L'action collective est plus efficace – quand il y a leadership.

    Le bac vert, ça aura été :

    - une augmentation de la circulation de polluants camions dans les quartiers ;
    - des matières dites recyclables qui se sont accumulées dans des entrepôts puis dans des cours quand les premiers ont été pleins ;
    - des tonnes de matières récupérables qui ont finalement été envoyées dans les décharges conventionnelles, faute de preneurs et d'espace pour les entreposer ;
    - l'abandon de la cueillette sélective a augmenté le taux d'irrécupérabilité (c'est particulièrement le cas pour le verre) ;
    - on a tenté d'inventer une industrie de biens de consommation fabriqués de matières recyclées sans se demander si c'était utile et si ça ne servait pas qu'à augmenter le problème et, surtout,
    - les techniques de cueillette, dignes des années 50, ont fait en sorte qu'une quantité impressionnante d'objets, des objets en papier ou en mousse plastique surtout, tombent dans la rue et ne sont pas recueillies. Comme s'il n'y avait pas assez de certains automobilistes qui fréquentent le service à l'auto des chaînes de malbouffe (et des contenants jetables) et jettent leurs déchets par la fenêtre, la cueillette des matières recyclables telle que pratiquée à Montréal a transformé certaines rues en dépotoirs.

    L'idée de voir mes pelures d'orange ou de banane, qui ont déjà beaucoup voyagé avant d'arriver à ma table, faire 50 ou 100 kilomètres de plus pour être transformées en une petite bulle de méthane, ça me laisse perplexe. Et on fera quoi de ce méthane ?