L’UPAC débarque chez Gérald Tremblay… deux fois

Les policiers sont demeurés de nombreuses heures chez l’ex-maire, emportant plusieurs boîtes de documents et des valises contenant des disques durs et des ordinateurs.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les policiers sont demeurés de nombreuses heures chez l’ex-maire, emportant plusieurs boîtes de documents et des valises contenant des disques durs et des ordinateurs.

Près de cinq ans après l’éclatement du scandale des compteurs d’eau, l’ex-maire de Montréal Gérald Tremblay a fait l’objet mercredi non pas d’une, mais bien de deux perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à ses résidences. Un raid qui fait suite à d’autres perquisitions du genre survenues au cours des dernières semaines chez de proches collaborateurs de l’ancien maître de la métropole.

En matinée, une dizaine de policiers ont visité la résidence d’Outremont de l’ex-politicien. Ils y sont demeurés pendant de nombreuses heures, emportant avec eux plusieurs boîtes de documents, et des valises contenant des disques durs et des ordinateurs, semble-t-il. Puis vers midi, c’est le chalet du maire, dans les Laurentides, qui a été la cible de l’UPAC.

Celle-ci devait s’entretenir avec au moins un témoin au cours de la journée. « Il n’y a pas [eu] d’arrestation, a précisé une porte-parole de l’Unité, Anne-Frédérick Laurence. C’est en lien avec les perquisitions qui ont eu lieu depuis le début de l’été. »

Gérald Tremblay a quant à lui refusé d’accorder des entrevues mercredi, maintenant son innocence. Visiblement ébranlé par les événements, l’ex-maire, qui a dirigé Montréal de 2002 à 2012, s’est toutefois emporté lors d’une discussion avec un reporter de TVA, se disant « victime d’acharnement médiatique ». « Tous les médias ont aggravé la situation pendant trois ans. Je vous donnerais des renseignements maintenant et je vous parlerais ? Voyons donc ! Ça n’a pas de bon sens », a-t-il dit. Cette vague de descentes de l’UPAC se déroule en lien avec une enquête portant sur l’octroi du plus large contrat municipal de l’histoire de Montréal, celui des compteurs d’eau, qui remonte à 2007. Le contrat de 355 millions accordé au consortium Génieau — formé des firmes Dessau et Simard-Beaudry — avait été annulé deux ans plus tard, dans la foulée de révélations concernant des irrégularités administratives et d’allégations de collusion et de corruption, d’abord révélées dans nos pages.

Gérald Tremblay se trouvait alors « en position de pouvoir » à Montréal, explique un mandat de perquisition « décaviardé » la semaine dernière à la demande d’un groupe de médias, dont Le Devoir.

« Il votait et signait la majorité des résolutions menant au contrat de BPR inc. et Génieau », précise le document. En 2009, il avait aussi été celui qui avait annulé le contrat des compteurs d’eau, le vérificateur général de la ville de Montréal, Jacques Bergeron, ayant conclu que le contrat avait été « dénaturé » et qu’il était « trop gros et trop cher » pour les besoins de la métropole.

Les deux perquisitions de mercredi s’ajoutent à sept autres menées depuis quelques semaines. Au début de juillet, les bureaux de la firme de génie BPR, situés à Montréal et Québec, ont été perquisitionnés par les enquêteurs de l’UPAC. Dessau et le Groupe SMi, Construction Frank Catania et l’assureur Travelers Canada ont également vu l’UPAC se rendre à leurs locaux.

La semaine dernière, les résidences du maire de Lachine, Claude Dauphin, et d’autres proches de Gérald Tremblay ont été investies par l’UPAC, tout comme la firme de génie-conseil Beaudoin Hurens.

Printemps 2014

Au printemps 2014, l’UPAC avait réalisé une première série de perquisitions liées au scandale des compteurs d’eau. À la demande de l’escouade Marteau, la Ville de Montréal a accepté, en janvier 2014, de relever de leur secret professionnel les avocats municipaux ayant participé au processus d’octroi du contrat des compteurs d’eau à Génieau. Les avocats ont ainsi été en mesure de livrer aux policiers des informations jusqu’ici tenues secrètes, sans contrevenir à leurs obligations.

Après avoir clamé son innocence sur toutes les tribunes, le maire Tremblay se retrouve aujourd’hui en bien mauvaise posture, de l’avis de Denis St-Martin, professeurs d’affaires publiques à l’Université de Montréal. « On semblait avoir accepté que ce fût un innocent mal entouré, qui n’avait rien vu venir. C’est clair qu’il y a un décalage entre ce que l’on sait aujourd’hui et ce que le maire nous avait dit. »

3 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 30 juillet 2015 09 h 30

    Je ne comprends pas...

    Comment les représentants de l'UPAC peuvent-ils penser que depuis tout ce temps où l'on en parle, les principaux suspects n'ont pas trouvé le temps ni les moyens de faire disparaître toutes les traces incriminante?

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 juillet 2015 11 h 09

    Quel coup de filet

    Il avait surement toutes les preuves garder sur son disque dur avec des disquettes de toutes les transactions effectué durant son règne à l'hotel de ville. Tous ces gens mentionné ci-haut sont resté assis chez eux avec les preuves de leur malversation en attendant qu'on vienne les cueillir.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 juillet 2015 12 h 15

    Noyer le poisson

    Je me demande parfois si ce n'est pas ce qu'est en train de faire l'UPAC. Ils multiplient les perquisitions, ils fouillent et farfouillent partout. Qu'est-ce qu'ils trouvent?

    Ça dure depuis 2009. Tous les personnages politiques proches du parti du maire et proche proche proche du parti libéral sont rencontrés.

    Et puis? Rien. Pas d'arrestations, pas d'accusations, rien. Et la Commission Charbonneau qui va nous régurgiter les scandales municipaux, les trottoires, la petite mafia etc. Et puis après? Rien, rien du tout.

    Tout ça, l'UPAC comme Charbonneau ça me semble être un beau gros jet d'encre qui vise à cacher l'essentiel, et qui fait tout son possible pour que rien n'avance vers rien du tout.

    En fait c'est comme si des illusionnistes en étaient encore à mettre au point leur tour de magie. Pour que l'on ne voie rien.