Revers judiciaire pour Saint-Lambert

La Ville de Saint-Lambert demandait à la Cour supérieure d’imposer une limite de 95 décibels lors des spectacles extérieurs — notamment les festivals Osheaga — qui sont offerts chaque été sur l’île Notre-Dame.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La Ville de Saint-Lambert demandait à la Cour supérieure d’imposer une limite de 95 décibels lors des spectacles extérieurs — notamment les festivals Osheaga — qui sont offerts chaque été sur l’île Notre-Dame.

Les festivaliers du parc Jean-Drapeau pourront continuer à faire la fête sans trop se préoccuper des résidants de Saint-Lambert. La Ville n’est pas parvenue vendredi à convaincre le tribunal de la nécessité de limiter le volume des spectacles extérieurs qui ont lieu chaque été au parc Jean-Drapeau.

Saint-Lambert demandait à la Cour supérieure d’imposer une limite de 95 décibels lors des spectacles extérieurs — notamment ceux des festivals Osheaga, Heavy Montréal et Île Soniq, du promoteur Evenko — qui sont offerts chaque été sur l’île Notre-Dame. Selon un rapport commandé à SNC-Lavalin par Saint-Lambert, les niveaux de bruit enregistrés dans les quartiers situés aux abords du fleuve variaient entre 57 et 68 dB l’été dernier.

De nombreux citoyens de cette banlieue de la Rive-Sud disent être victimes de pollution sonore qui les empêcherait de profiter de leur jardin et même de leur demeure, en raison du vacarme causé par les concerts se déroulant sur l’île Notre-Dame.

Après avoir entendu les arguments de la Ville de Saint-Lambert, de la Ville de Montréal et de son partenaire Evenko, la Cour a donné raison à la métropole et au promoteur.

« En analysant la balance des inconvénients, eu égard aux inconvénients propres à Saint-Lambert et à ceux subis par Montréal et les producteurs de spectacles, le tribunal estime qu’elle penche en faveur de Montréal et d’Evenko », écrit la juge Chantal Corriveau.

Directement visé par la demande d’injonction de la Ville de Saint-Lambert, Evenko s’est abstenu de tout commentaire, vendredi. Devant la Cour, l’entreprise appartenant à la famille Molson avait fait valoir qu’elle a installé trois « tours à délai » afin de répartir la propagation du son avec un écart de temps, de façon à réduire le bruit total. L’entreprise maintenait que l’injonction présentée par Saint-Lambert aurait pu compromettre la tenue de ces festivals et occasionner des pertes de près de 25 millions de dollars. La Ville de Montréal et la Société du parc Jean-Drapeau sont satisfaites du jugement rendu.

Situation qui perdure

À la Ville de Saint-Lambert, on accuse le coup. Le conseil municipal considérait la situation « urgente » en raison de la tenue, à la fin juillet, de la dixième édition d’Osheaga. Le tribunal a complètement rejeté cet argument. « Il n’y a rien de nouveau et de particulier qui se soit produit, sauf que la patience des résidants s’est étiolée au fil du temps, note la Cour. Cela a pour effet de créer un sentiment d’urgence, simplement puisqu’onest à l’aube d’une nouvelle saison de spectacles et que la situation perdure. »

Le maire Alain Dépatie doit s’exprimer mardi sur la question, a indiqué une porte-parole de la Ville. Selon nos informations, le conseil municipal doit se réunir au début de la semaine prochaine pour décider de la suite des choses.

Entre-temps, les Lambertois devront s’armer de patience, puisque le concert Full Flex Express Tour a eu lieu vendredi soir, et que les festivals Osheaga (du 30 juillet au 2 août), Heavy Metal (7 au 9 août) et Île Soniq (14 et 15 août) approchent à grands pas.

Seize d’entre eux avaient d’ailleurs soumis des affidavits appuyant la démarche de la Ville. Dans leurs missives, ils décrivent leur « exaspération » et leurs troubles du sommeil. « Ils soulignent leur désagrément vécu tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de leurs demeures, vu le niveau de bruit intense qu’ils subissent », précise la magistrate.

Les concerts auraient pour effet de faire fuir plusieurs résidants l’été.

À voir en vidéo