Montréal compte environ 3000 itinérants

L’étude menée le 24 mars dernier révèle que 41% des itinérants sont âgés de 50 ans et plus alors que la tranche d’âge de 31 à 49 ans représente 39 % des sans-abri.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’étude menée le 24 mars dernier révèle que 41% des itinérants sont âgés de 50 ans et plus alors que la tranche d’âge de 31 à 49 ans représente 39 % des sans-abri.

Le dénombrement effectué par des équipes de bénévoles le 24 mars dernier à Montréal révèle que 3016 personnes se trouvaient en situation d’itinérance cette journée-là. Les auteurs de l’enquête en concluent que, toutes proportions gardées, Montréal compte moins d’itinérants que Toronto, Vancouver et Calgary.

Ces chiffres sont bien inférieurs aux évaluations faites dans le passé. L’une d’elles estimait à environ 30 000 le nombre d’itinérants dans la métropole. Mais ces données se basaient sur la fréquentation de ressources comme les refuges et les soupes populaires au cours d’une année.

Méthode éprouvée

Le nouveau portrait dévoilé mardi par le maire Denis Coderre est le résultat de l’opération « Je compte MTL 2015 » qui s’est déroulée le 24 mars dernier à Montréal. Ce jour-là, quelque 600 bénévoles et intervenants ont sillonné la ville et questionné les passants dans la rue, les parcs et les refuges pour dénombrer les personnes qui n’avaient pas de domicile fixe où passer la nuit.

Le décompte conclut que 3016 personnes vivaient une situation d’itinérance. De ce nombre, 429 s’apprêtaient à coucher à la belle étoile.

Cette méthode a fait ses preuves dans d’autres villes nord-américaines, a souligné le chercheur Eric Latimer, de l’Institut Douglas, qui a piloté l’étude avec la collaboration du YMCA à la demande du maire Coderre. Selon lui, cet instantané est fiable, bien que cette méthodologie ne permette pas de dénombrer avec précision les personnes vivant l’« itinérance cachée », c’est-à-dire celles qui ont accès à un toit temporaire dans une maison de chambres par exemple.

Le quart des personnes recensées, soit 784, étaient en situation d’itinérance chronique depuis quatre ans ou plus. Les femmes compteraient pour 24 % des itinérants. Les autochtones, les Inuits en particulier, seraient surreprésentés, à 10 %, alors qu’ils représentent moins de 0,6 % de la population montréalaise. Pour leur part, quelque 6 % des itinérants croisés par les bénévoles seraient d’ex-militaires.

L’étude révèle aussi que 41 % des itinérants sont âgés de 50 ans et plus alors que la tranche d’âge de 31 à 49 ans représente 39 % des sans-abri.

Le bout du tunnel

« Ce dénombrement était prioritaire, car pour établir une politique cohérente, il faut avoir des données solides », a expliqué Denis Coderre. Rappelons qu’en septembre dernier, le maire avait annoncé une série de mesures dans le cadre du plan montréalais de lutte contre l’itinérance. Il avait alors souligné que pour intervenir de façon plus efficace auprès de la population vulnérable, Montréal comptait rapatrier des pouvoirs supplémentaires en matière de développement social et d’habitation dans le cadre des négociations avec Québec pour l’obtention d’un statut de métropole.

Selon lui, les nouvelles données dressent un portrait plus fidèle à la réalité et contribueront à créer une mobilisation autour de l’enjeu de l’itinérance. « Quand on parlait de 30 000 itinérants, les gens pouvaient dire qu’il n’y a pas de lumière au bout du tunnel », a-t-il dit.

Portraits des villes

Montréal se compare à d’autres grandes villes canadiennes sur certains aspects. Ainsi, l’étude établit à 15,2 le nombre de personnes qui sont en situation d’itinérance à Montréal pour 10 000 habitants, contre 29,7 pour Calgary, 28,1 pour Vancouver et 18,8 pour Toronto, où le même type de recensement a été effectué. Mais proportionnellement, il y a plus d’itinérants qui dorment dehors à Montréal. Cette particularité pourrait amener la Ville à élaborer une stratégie d’intervention mieux adaptée à ces personnes réfractaires aux refuges traditionnels.

Réactions partagées

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) juge bien incomplet le nouveau portrait car il omet des données importantes, comme l’itinérance cachée et la situation des femmes. « Comment allons-nous orienter les ressources à partir d’un portrait aussi partiel ? À mon avis, c’est le danger le plus important », a commentéBernard St-Jacques, organisateur communautaire.

D’autres intervenants accueillent plus favorablement le portrait dressé. C’est le cas de Robert Beaudry, directeur de la ressource Le Pas de la rue. « On ne peut pas être contre l’idée d’avoir plus de données. Mais il ne faut pas que ça devienne une orthodoxie », a-t-il dit. Cette opération a aussi eu l’avantage de créer une mobilisation citoyenne autour de l’enjeu de l’itinérance, souligne-t-il.

De son côté, France Desjardins, directrice générale de la Maison du père, estime que le résultat de l’enquête correspond à la réalité constatée sur le terrain, en ce qui a trait notamment au vieillissement des itinérants.

Un autre volet du dénombrement sera réalisé en août prochain afin de vérifier certaines données à une autre période de l’année, mais il sera de bien moindre ampleur que celui mené en mars dernier.

Le maire Coderre a indiqué qu’il souhaitait que l’exercice soit répété tous les deux ans.

Personnes en situation d’itinérance

Montréal : 3016 

Vancouver : 1803 

Calgary : 3555 

Edmonton : 2307 

Toronto : 5253
2 commentaires
  • Gisèle Picard - Abonnée 8 juillet 2015 19 h 46

    niqab

    M. Nadeau, étonnante cette photo avec une femme recouverte d'un niqab mais cellulaire à la main, qui en croise une autre en tenue estivale et un itinérant qui semble, ma foi, apprécier l'été.... Composition fort intéressante.

  • Jean-Luc Malo - Abonné 8 juillet 2015 20 h 46

    A-t-on bien compté?

    Madame Corriveau,
    Difficile à croire que nous avons moins d'itinérants par unité de population que dans les autres villes canadiennes.
    La méthodologie utilisée par ces bénévoles n'est pas bien précisée. Comment s'assurer que l'on a pas oublié personne, que tous les itinérants ont participé et ne se sont pas esquivés, etc. Y a-t-il aussi un conflit d'intérêt possible en ce sens que la VdM n'a pas intérêt à ce qu'il y en ait plus qu'ailleurs, que le problème paraisse moins important que dans les autres villes, etc. donc, on cherche moins à inclure tout le monde...
    Jean-Luc Malo
    abonné