Square Viger: Coderre confirme qu’«Agora» sera détruite

L’œuvre de Charles Daudelin sera détruite. Ne restera que Mastodo, une fontaine qui n’est aujourd’hui plus en fonction.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’œuvre de Charles Daudelin sera détruite. Ne restera que Mastodo, une fontaine qui n’est aujourd’hui plus en fonction.

Les grands musées montréalais auront beau protester contre la destruction d’Agora au square Viger, Denis Coderre n’entend pas changer d’avis. Le maire a confirmé lundi matin que l’oeuvre de Charles Daudelin sera démolie, comme son administration l’avait annoncé le mois dernier.

« La décision est prise. Ça fait 30 ans que ça dure. Alors, à un moment donné, il faut que ça se fasse », a indiqué le maire Coderre lors d’une mêlée de presse.

Le 19 juin dernier, les directeurs de quatre musées montréalais — parmi lesquels le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée d’art contemporain de Montréal — ainsi que Phyllis Lambert, directeur fondateur du Centre canadien d’architecture, avaient écrit au maire Coderre pour lui demander de surseoir à la décision de son administration de détruire Agora et ses structures de béton.

Les institutions muséales réclamaient une « véritable consultation » sur le réaménagement du square afin de préserver l’oeuvre de Charles Daudelin, décrite comme une « réalisation majeure de l’un des pionniers modernes de l’intégration de l’art à l’architecture au Québec comme au Canada ». Elles jugeaient que la destruction d’Agora semblait en contradiction avec la désignation de Montréal comme une ville UNESCO de design.

Autre étape

« Je les remercie de leur point de vue. Je prends note, mais ils le savaient déjà », a commenté Denis Coderre. « Il y a eu des rencontres qui ont été faites. On est rendus à une autre étape. »

« Il y a une réalité de sécurité publique, a poursuivi M. Coderre. J’investis beaucoup dans le culturel et dans l’art public. On veut même protéger la mémoire de Daudelin avec le Mastodo. […] Si la famille ne veut pas embarquer, vous savez ce que je vais faire. Pour moi, ce qui est important, c’est de penser aux citoyens. Il va y avoir 20 000 personnes qui vont passer là [avec le nouveau CHUM]. J’ai des décisions à prendre, alors c’est ça. »

Rappelons que le 5 juin dernier, l’administration Coderre avait dévoilé les plans de réaménagement du square Viger qui prévoient la destruction d’Agora et l’intégration de la fontaine Mastodo dans un nouvel aménagement de cet espace public situé au-dessus de l’autoroute Ville-Marie. Le coût des travaux est évalué à 28,3 millions.

Aux yeux de l’opposition à l’Hôtel de Ville, le maire Coderre fait preuve d’« entêtement » dans ce dossier, alors que quatre musées et de nombreux artistes, architectes, urbanistes et citoyens se sont mobilisés pour lui demander de considérer d’autres options que la démolition. Projet Montréal suggère qu’Agora soit intégrée au futur aménagement du square Viger.

De son côté, la famille Daudelin est toujours en réflexion quant aux recours qu’elle pourrait entreprendre pour contrer la destruction d’Agora, a indiqué l’avocate qui représente la succession de Charles Daudelin, Vivianne de Kinder.

Labeaume à Raynaud: «Tant mieux pour lui, qu’il se soigne.»

La rivalité Coderre-Labeaume prend parfois de drôles de tournures. Pendant que le maire de Montréal s’entête à défendre l’éventuelle destruction d’Agora, oeuvre située au square Viger, son vis-à-vis de Québec agit de manière semblable dans une autre controverse d’art public.

Régis Labeaume a été interpellé lundi par une reporter du Journal de Québec au sujet du démantèlement de Dialoguer avec l’histoire, oeuvre du Français Jean-Pierre Raynaud.

« Est-ce que vous craignez une mauvaise publicité pour Québec ? [L’artiste] n’en revient pas de [la démolition] », lui a-t-on signalé.

« Tant mieux pour lui, qu’il se soigne », a répondu le maire de Québec.

Agora (1983), de Charles Daudelin, et Dialoguer avec l’histoire (1987), qu’on pouvait voir dans le Vieux-Québec, semblent vouées au même destin.

Dès leur inauguration, les deux oeuvres sont rejetées par l’opinion publique. L’incapacité des autorités à bien les défendre se reflète aujourd’hui dans l’attitude des premiers magistrats.
Jérôme Delgado
7 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 6 juillet 2015 12 h 23

    L'éléphant

    Notre maire se «trompe» mais ne nous «trompe» pas. Il nous confirme son approche fantasque et éléphantesque se bombant le torse au-dessus de l'intelligentia montréalaise. Décidément, ce maire n'en a que pour le déroulement de nouvelles pelouses incolores et sans saveur et beaucoup de verbatim pour ses 15 minutes de gloire quotidienne devant la caméra. Soudainement ce n'est plus l'argent qui manque et en démonstration de richesse, 28,3 millions pour un nouvel aménagement au-dessus d'une autoroute, il faut le faire.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 6 juillet 2015 13 h 01

    La beauté de l'art est dans l'oeil

    La beauté de l'art est dans l'oeil de celui qui regarde, mais quand c'est laid, et que presque tout le monde dit que c'est laid, et que c'est mal entretenu, et que c'est nuisible à l'ensemble du quartier, et que ça empêche l'avancement de travaux majeurs pour la ville, alors ça doit tomber.
    Merci, les photos sont prises, c'est dans l'abum de famille, on l'a vu, ciao bye.
    De toutes façons, la forêt qui se trouvait là avant Maisonneuve était une bien plus belle pièce d'Art selon moi et on a bâti Montréal dessus.

    • Pierre Cousineau - Abonné 6 juillet 2015 19 h 52

      Pas seulement dans l'oeil, dans le porte-feuille aussi!

      Quelqu'un m'a déjà raconté l'anecdote suivante: Les richissimes Rockefeller avaient convié chez eux des invités à un dîner élégant pour les impressionner. Ils avaient demandé à Salvatore Dali de décorer leur salle à manger pour l'occasion.

      Le Grand Artiste, saisissant le propos de la commande, décida de tapisser les murs de la salle à manger de gros T-Bones bien épais et bien sanguinolents.

      Les hôtes et les invités pénétrèrent dans la salle à manger pour découvrir l'oeuvre dégoûtante du Grand Artiste. Évidemment, tout le monde fut ébloui devant tant de génie et ils durent supporter ce décor pendant tout cet interminable dîner, sourire aux lèvres et compliments assortis, devant des hôtes tout aussi souriants et n'en pouvant plus d'être les pions de la sinistre mascarade ou les avait convié le Grand Artiste.

      Voilà pour l'anecdote. Parlons de Picasso. Un oeil au milieu du front et un nez de profil sur la joue gauche, franchement, Quelle Horreur!

      Pourtant, chez Christie's ou Sotheby, on paie des dizaines de millions pour accrocher ces laideurs sur des murs, gardés jour et nuit.

      Faites donc venir le New York Times. Le public mondial ignore tout de notre Giuliani local et d'un artiste comme Charles Daudelin.

      C'est tout ce qui manque à l'Agora. L'Oeil International. Vous verrez, les nouveaux propriétaires de l'édifice de l'ancienne Gare Viger, en face, se battront pour qu'on la rénove et le remette en marche.

    • Jean-Claude Richard - Abonné 7 juillet 2015 08 h 09

      À vous lire, il semble que vous avez la vue obstuée par vos préjugés. Qu'est-ce que la laideur?

    • Pierre Marcotte - Inscrit 7 juillet 2015 14 h 28

      Gris béton, noir moisissure, beige urbain, c'est laid. Si, après 30 ans de cohabitation, la population n'aime toujours pas l'oeuvre, c'est laid. Si la seule valeur de l'oeuvre est de permettre à des SDF de trouver refuge (sans vouloir offenser ces gens), c'est laid. Si l'oeuvre est tellement obtuse que son sens est perdu sauf à une minorité de soi-disants "experts", c'est laid.
      L'art est bien subjectif, certainement, mais alors pourquoi justement forcer le regard de toute une communauté sur une "beauté" subjective douteuse?
      L'artiste a été grassement payé, qu'il passe à autre chose. Comme nous.

    • Pierre Cousineau - Abonné 7 juillet 2015 19 h 19

      OK! c'est laid.

      Je ne le pense pas une seconde, mais bon, si là est le problème, c'est laid. L'Agora, je crois, est une invitation généreuse de Charles Daudelin, lancée aux Montréalais, à venir palabrer sur leur ville, comme dans la Grèce antique, et ce à deux pas de l'Hôtel-de-ville. Il avait conçu cette fontaine basculante pour illustrer la force des éléments qui nous entourent. Et pour nous enjouer par ce spectacle.

      Le problème, c'est que le lieu n'était pas fréquenté parce que les Montréalais n'avaient plus affaire dans ce coin de la ville. Il y avait le Bureau des Permis et Inspections, en face sur Saint-Antoine, mais il fut fermé suite à la décentralisation vers les arrondissements de ce service,à la fin des années '80.

      Rafaîchissez les lieux, remettez en marche la fontaine, ouvrez un café, installez les tables, laissez les Montréalais discuter entr'eux sur le bien-fondé d'une dépense de $28 millions pour détruire une réelle attraction, bien que laide, on s'entend, et je vous gage $100, que si on fait un sondage et que le choix est: 1. c'est laid,et 2. j'adore, c'est la deuxième option qui l'emportera haut la main.

  • Simon Parent-Pothier - Abonné 6 juillet 2015 17 h 00

    Trop tard

    Cette Agora a clairement été conçue pour être abondamment fréquentée. Sa décrépitude et son occupation par des gens démunis est une conséquence de la dévitalisation du secteur et non sa cause. La présence du CHUM aurait clairement pu enfin vitaliser l'oeuvre et le square, à condition d'y apporter quelques changements pour y augmenter la sécurité et la visibilité à partir de la rue et des trottoirs.

    L'analyse menant à sa destruction ressemble à une rumeur, on en entend parler, mais personne ne l'a vue.