Montréal déploie des guêpes exotiques pour mater l’agrile

Les bûchettes contenant les larves de guêpes sont suspendues à des frênes malades. Elles pondront leurs œufs dans les larves d’agrile (dans le flacon sur notre photo).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les bûchettes contenant les larves de guêpes sont suspendues à des frênes malades. Elles pondront leurs œufs dans les larves d’agrile (dans le flacon sur notre photo).

Les agriles qui déciment les frênes montréalais ont un nouvel ennemi : une minuscule guêpe originaire d’Asie. Au cours des dernières semaines, la Ville de Montréal a lâché des centaines de spécimens de guêpes Tetrastichus planipennisi sur deux sites choisis dans l’espoir de freiner les ravages de l’insecte.

La guêpe Tetrastichus mesure à peine quelques millimètres. De la taille d’une mouche à fruits, elle est beaucoup plus petite que l’agrile, qu’elle parasite.

Dans la frênaie du Jardin botanique de Montréal, Maryse Barrette et Nicolas Dedovic, qui sont à l’emploi du Service de l’environnement de la Ville de Montréal, s’affairaient jeudi à lâcher dans la nature des spécimens fraîchement arrivés des États-Unis.

L’opération n’est pas périlleuse car il s’agit de pupes — stade intermédiaire entre la larve et la guêpe adulte — dissimulées dans des petites bûches de bois qu’il suffit d’accrocher à des arbres déjà sélectionnés. C’était la troisième opération du genre depuis la fin mai.

Chaque bûche contient environ 150 femelles qui, dans les prochaines semaines, émergeront et partiront à la recherche de larves d’agrile.


La stratégie de Tetrastichus est simple. La guêpe détecte les larves d’agrile sous l’écorce des frênes infestés. Malgré sa petite taille, elle perce l’écorce pour pondre des œufs dans des larves d’agrile qui se transforment alors en garde-manger pour la progéniture de la guêpe. Dévoré de l’intérieur, l’agrile mourra et une nouvelle génération de guêpes ira parasiter d’autres larves d’agrile. Chaque larve d’agrile peut héberger jusqu’à 130 œufs de guêpes. « C’est un peu comme un film d’horreur. Si on veut savoir à quoi ressemble le cycle vital d’un parasitoïde, Alien est un bon comparatif », reconnaît Maryse Barrette.

Originaire d’Asie, comme l’agrile, Tetrastichus planipennisi a été introduite pour la première fois aux États-Unis en 2007. Depuis, ces guêpes ont été relâchées dans 20 États américains ainsi qu’en Ontario et dans le sud du parc de la Gatineau. Les observations américaines ont démontré que la guêpe avait exercé un certain contrôle sur les populations d’agriles.  


Les Montréalais n’ont pas à craindre cette guêpe exotique, insiste Mme Barrette. La Tetrastichus est sans danger pour l’humain et elle ne pique pas. De plus, elle est très spécialisée et ne s’attaque qu’à l’agrile. Elle ne deviendra donc pas incontrôlable comme la coccinelle asiatique introduite dans les années 1970 aux États-Unis et qui a fini par envahir l’Amérique du Nord et menacer les espèces indigènes.

« Dans un monde utopique où il n’y a plus d’agriles, ces guêpes mourraient parce qu’elles ont absolument besoin de trouver des larves d’agrile pour compléter leur cycle vital. Donc, les risques pour l’écosystème sont vraiment très minimes », explique Maryse Barrette.

Pas de solution miracle

Le recours à la guêpe Tetrastichus est plus approprié dans les boisés où l’injection de biopesticide ne peut être envisagée. « La lutte biologique ne sera pas une solution miracle, mais c’est un outil de plus dans l’arsenal pour combattre l’agrile », fait valoir Maryse Barrette.

En mars 2014, en entrevue au Devoir, Jacques Brodeur, professeur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal, avait suggéré l’introduction de la guêpe Tetrastichus à Montréal. Maryse Barrette l’a eu comme professeur et lorsque la Ville l’a embauchée il y a deux ans, elle a entrepris, avec son collègue Nicolas Dedovic, de convaincre les autorités de la Ville de recourir à la guêpe.

Pour mener à bien le projet, la Ville de Montréal a conclu une entente avec les gouvernements américain (United States Department of Agriculture, ou USDA) et canadien (Service canadien des forêts). L’USDA fournit gratuitement des guêpes à la Ville qui, en contrepartie, devra partager les résultats de l’expérience. Montréal est le site nord-américain le plus urbanisé où Tetrastichus a été introduite, souligne Mme Barrette.

Cette année, l’administration Coderre compte consacrer 12,9 millions de dollars pour la plantation d’arbres et la lutte contre l’agrile. Depuis 2012, elle utilise le biopesticide TreeAzin pour traiter les arbres encore sains. Un champignon pathogène a aussi été mis à l’essai l’été dernier par Robert Lavallée, entomologiste à Ressources naturelles Canada.

Il faudra attendre plusieurs années avant de voir si la guêpe Tetrastichus a réussi à s’implanter à Montréal et mesurer son efficacité. Au cours de l’été 2015, des milliers de parasitoïdes seront libérés sur les deux sites visés.

C’est un peu comme un film d’horreur. Si on veut savoir à quoi ressemble le cycle vital d’un parasitoïde, Alien est un bon comparatif

3 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 26 juin 2015 06 h 45

    Un produit de la recherche fondamentale

    Pour les politiciens qui lèvent le nez sur la recherche fondamentale et refusent d'y allouer des fonds sous prétexte que ça n'apporte pas de bénéfices immédiats sur le plan économique, voilà un exemple de son rôle essentiel.

    Aucune entreprise n'est intéressée à investir dans la recherche de solutions qui ne peut pas lui apporter des bénéfices à long terme. Dans un cas comme celui-là, elle va plutôt concentrer ses recherches sur des pesticides comme le fait Monsanto par exemple. Ces compagnies n'ont nullement besoin de subvention pour faire ces recherches et malheureusement là que le gouvernement fédéral actuel concentre ses subventions.

    L'introduction de cette guêpe vient couper l'herbe sous les pieds de ces compagnies, ce qui ne plait pas au gouvernement fédéral actuel parce que contre-productif sur le plan industriel.

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 juin 2015 11 h 19

    Les conséquences dans combien d'année?

    « C’est un peu comme un film d’horreur. Si on veut savoir à quoi ressemble le cycle vital d’un parasitoïde, Alien est un bon comparatif »

    « Dans un monde utopique où il n’y a plus d’agriles, ces guêpes mourraient parce qu’elles ont absolument besoin de trouver des larves d’agrile pour compléter leur cycle vital. Donc, les risques pour l’écosystème sont vraiment très minimes »

    La mutation n'existe pas pour pour ces espèces... les films qu'on voit souvent avec des espèces créés de toute pièces et qui soudainement après quelques mutations menacent la santé ou la vie des gens ça arrive juste dans les films. Espéront qu'ils savent ce qu'ils font avec le peu d'argent pour des études poussés à long terme avant d'introduire des parasites innofensifs.

  • Madeleine Chandonnet - Abonnée 26 juin 2015 20 h 39

    Et si la guêpe Tetrastichus nous menaçaient...

    Je me méfis de ces importations de poissons, d'insectes de l'Asie qui solutionnent des problèmes au Canada, aux États-Unis. Après quelques années ce sont eux qui nous envahissent. Trouver une solution rapide à des problèmes grandissants s'avère une décision hasardeuse. Il faut respecter l'écosystème de notre Québec.. À ce jour je suis envahie par des coccinelles asiatiques dans ma maison neuve en campagne. Il n'existe aucun moyen pour les détruire. Sinon la balayeuse.