Montréal a du chemin à faire pour devenir une ville intelligente

Au cours des dix dernières années, trois études réalisées par des firmes externes ont révélé que le Service des technologies de l’information n’était pas en mesure de gérer avec efficacité les systèmes informatiques de la Ville.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au cours des dix dernières années, trois études réalisées par des firmes externes ont révélé que le Service des technologies de l’information n’était pas en mesure de gérer avec efficacité les systèmes informatiques de la Ville.

L’administration Coderre pourra-t-elle réaliser son rêve de faire de Montréal la ville la plus intelligente du monde en 2017 ? Le rapport du vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, soulève certains doutes sur la capacité de la Ville d’atteindre cet objectif.

L’un des chapitres du rapport du V.G. rendu public lundi est consacré à la gouvernance des technologies de l’information. Au cours des 10 dernières années, trois études réalisées par des firmes externes ont révélé que le Service des technologies de l’information n’était pas en mesure de gérer avec efficacité les systèmes informatiques de la Ville.

Un plan directeur élaboré à la suite des deux premières études n’a jamais été entériné. Et en 2008, le départ abrupt du directeur des systèmes d’information et de l’ensemble des contractuels à la suite d’allégations de surfacturation et de collusion « a créé un état de crise qui a duré plusieurs mois », souligne le rapport.

Améliorations requises

La troisième étude, réalisée en 2012, a conclu que le niveau de maturité de la Ville en matière de technologies de l’information atteignait un maigre 1,5 sur une échelle de 5. « À un niveau 1,5, c’est un mode réactif. On est vraiment dans une shop informatique de bas niveau », a expliqué Jacques Bergeron lors d’une conférence de presse mardi pour présenter son rapport annuel. « C’est un système opérationnel, pour gérer le système de payes ou les ressources humaines, mais pas nécessairement une architecture qui permettrait d’intégrer de nouvelles applications à la mode, au goût du jour. »

Au cours des derniers mois la Ville a créé le Bureau de la ville intelligente et mis en place plusieurs mesures pour améliorer la gouvernance du Service des technologies de l’information, mais le V.G. estime qu’il est trop tôt pour juger de leur efficacité. Il recommande donc à la Ville d’adopter un plan stratégique avec des objectifs et des échéanciers détaillés.

« Il faut dire que le rapport porte un jugement sur la situation qui prévalait en 2014 », a rétorqué le responsable de la ville intelligente du comité exécutif, Harout Chitilian, qui a soutenu qu’à son arrivée en poste l’an dernier, il avait fait les mêmes constats que le vérificateur général. Depuis, plusieurs gestes ont été faits pour moderniser les structures du Service des technologies de l’information et améliorer sa gouvernance avec, notamment, la nomination d’un nouveau directeur en novembre dernier, a-t-il rappelé.

Suivi des recommandations

Le rapport annuel du V.G. s’est penché sur une douzaine de dossiers. Jacques Bergeron a déploré que la Ville n’applique pas avec plus de diligence les recommandations faites au fil des ans. Alors que la Ville avait pour cible la mise en place de 70 % des recommandations du V.G., ce taux n’a atteint que 44 % l’an dernier.

Le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, a assuré que les recommandations du V.G. étaient prises au sérieux. « Ça fait partie de notre processus d’amélioration continue, a-t-il dit. Fondamentalement, on a un désir de répondre à chacune des recommandations. »

2 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 17 juin 2015 08 h 16

    On ne devient pas intelligent du jour au lendemain c'est sûr

    Je trouve que traduire le terme «smart» par «intelligent», est un mauvais choix.

    Cela ne peut qu'amener de la confusion dans les esprits. Est-ce que les jeunes ne risquent pas d'en arriver à la conclusion que l'intelligence ne serait pas propre à l'être humain et que par conséquent les êtres humains pourraient très bien alors être remplacés par des machines.

    Beaucoup de gens ont l'air d'oublier que ce n'est pas qu'à l'école qu'on apprend sa langue maternelle. On l'apprend aussi dans la vie de tous les jours. Par conséquent, si l'on veut que les nouvelles générations apprennent correctement le français, est-ce que nous n'avons pas tous la responsabilité de veiller à ce que la langue qu'on utilise soit autant que possible de bonne qualité.

    Nous avons aujourd' hui des appareils qui permettent comme jamais les échanges entre les êtres humains mais si ces appareils sont très sophistiqués je trouve qu'on ne se préoccupe pas suffisamment de la qualité de la langue française qui y est utilisée. Trop souvent ce sont des traductions littérales de l'anglais qu'on y trouve. Ce n'est pas de cette façon-là que nous allons améliorer notre français à nous Québécois qui pourtant en aurait bien besoin d' amélioration.

    C'est un désastre. Il faudrait y voir parce que j'ai peur que notre français se dégrade encore davantage.

    Je suis d'avis que nous en sommes tous victimes et que par conséquent nous avons tous la responsabiité d'y voir mais d'abord le gouvernement du Québec.

  • Jean Richard - Abonné 17 juin 2015 10 h 10

    Entre la méfiance et la prudence

    La hâte de l'administration Coderre à se ruer vers les technologies de l'information et de la communication a de quoi soulever un peu de méfiance. Il y a derrière ces technologies une industrie très puissante, tentaculaire, qui pourrait bien tôt ou tard prendre la relève de l'industrie de la construction, si ce n'est pas déjà fait. Comprenons par là que l'industrie des TIC est probablement en train de placer ses billes (c'est probablement déjà fait) dans les engrenages du pouvoir politique et que les effets pervers ne tarderont pas à se manifester. On peut imaginer une commission Carbonneau 2.0, analysant les rapports suspects entre les administrations publiques et l'industrie des TIC...

    Tous les Montréalais ne sont pas dupes. L'histoire récente nous apprend parfois des choses. Prenons le cas des transports en commun. L'implantation de la carte Opus devait révolutionner le monde des transports urbains à Montréal. À la STM, la mise en service de cette super-carte révolutionnaire a coûté plus de 100 millions $. Ce n'est pas rien. Or, en quoi cette carte a-t-elle amélioré le service – sinon en ralentissant le service aux guichets car le temps de recharge est particulièrement lent, et idem pour le contrôle à l'entrée des autobus. Les possibilités pourtant nombreuses de la technologie des cartes Opus n'ont jamais été exploitées, et maintenant, cette technologie commence déjà à souffrir de son âge.

    Toujours dans les transports, les Montréalais ont vu des abribus remplacés par des super-abribus, pas plus grands, pas mieux situés, pas mieux dégagés l'hiver, mais qui ont coûté plusieurs milliers de dollars chacun – et une majorité d'usagers ignore encore qu'il y a un système d'information qui y est parfois disponible. Ces super-abribus ont coûté cher sans rien améliorer au transport urbain. Quel sera le prochain gadget à nous échanger des millions $ contre la lune ?