L’homme qui a changé le visage de Montréal

Jean Doré avec Nelson Mandela en 1990, lors de la première visite de ce dernier à Montréal, après sa libération
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Jean Doré avec Nelson Mandela en 1990, lors de la première visite de ce dernier à Montréal, après sa libération

Une semaine avant de mourir, Jean Doré a réalisé un vieux rêve : il est allé à la pêche en hydravion avec son ami Gilles Duceppe et sa fille Amélie à La Manouane, au nord de La Tuque.

« C’est un rêve qu’il avait, il l’a accompli », raconte le chef du Bloc québécois, la voix nouée par l’émotion. Jean Doré et lui ont vécu une longue amitié de quatre décennies : Christiane, la femme de Jean Doré, est l’ex-conjointe de Gilles Duceppe. Jean Doré est le beau-père d’Amélie, la fille de Gilles Duceppe.

Jean Doré était en relative forme lors du court voyage dans un camp de pêche. Il était heureux et serein, malgré le cancer en phase terminale qui le rongeait. Puis, l’état de santé de l’ancien maire de Montréal s’est rapidement détérioré. Vendredi, il est entré à l’urgence. Samedi, il a été hospitalisé dans une chambre individuelle. Il est mort lundi, entouré de ses proches, à l’âge de 70 ans.

Gilles Duceppe et d’autres gens qui ont côtoyé Jean Doré ont salué lundi la mémoire d’un homme qui a « changé le visage de Montréal » au cours de ses deux mandats comme maire, de 1986 à 1994. « Il a sauvé le mont Royal, d’une certaine façon », dit le chef bloquiste.

« C’était un homme moderne, rigoureux, passionné et respectueux des autres », témoigne Gilles Duceppe.

« Le Montréal d’aujourd’hui doit beaucoup à Jean Doré », renchérit André Lavallée, qui a été élu dans l’équipe Doré en 1986.

Ils ont produit ensemble le premier plan d’urbanisme de la métropole. Par ses politiques, Jean Doré a aussi favorisé le retour vers le centre-ville. Montréal est une des rares villes nord-américaines dotées d’un centre-ville habité, rappelle M. Lavallée, qui est aujourd’hui sous-ministre associé à la Métropole.

Donner la parole

De l’avis de plusieurs, Jean Doré a littéralement ouvert les portes de l’Hôtel de Ville de Montréal : il a notamment instauré la période de questions lors des séances du conseil municipal et mis sur pied l’ancêtre de ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom d’Office de consultation publique de Montréal.

« Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il a donné la parole aux Montréalais », souligne Robert Perreault, qui s’est fait élire pour la première fois à titre de conseiller municipal sous la bannière du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) en 1982. L’administration du maire Jean Drapeau prenait trop souvent des décisions « sur un coin de table, avec des portes closes », ajoute-t-il. Mais l’arrivée en poste de M. Doré et de son équipe a changé la donne.

« Il croyait en la démocratie, sans être populiste ou démagogue, insiste M. Perreault, désormais directeur général de la Maison du développement durable. C’était un homme de conviction qui savait convaincre. »

L’ancien attaché de presse du maire Doré, Benoît Gignac, se rappelle cette soirée, au début des années 90, au cours de laquelle les cols bleus ont occupé l’hôtel de ville pour exercer de la pression sur les élus. « Jean n’acceptait pas qu’on trafique la démocratie de cette façon et qu’on empêche le conseil municipal de siéger, se souvient-il. Malgré les avis des gardiens de sécurité, nous sommes entrés dans la salle pour déclarer le conseil municipal ouvert. »

Comme d’autres, l’ex-secrétaire général de la Ville de Montréal Pierre Le François retient l’intégrité et l’enthousiasme de Jean Doré, un politicien curieux qui maîtrisait très bien ses dossiers. « Il était respectueux de la fonction publique et a réussi à en tirer profit, affirme-t-il. Il voulait une ville efficace, moderne et belle. »