Régis Labeaume espère un nouveau modèle de défense du français

Le poète louisianais Zachary Richard a appelé ses compatriotes à sortir du «bon attentisme» et à revendiquer leurs droits.
Photo: Sébastien Auger Le poète louisianais Zachary Richard a appelé ses compatriotes à sortir du «bon attentisme» et à revendiquer leurs droits.

Les défenseurs de la langue française nuisent à leur cause en opposant le fait français à l’utilisation d’autres langues comme l’anglais, a estimé dimanche le maire de Québec, Régis Labeaume.

La protection du français au Québec et ailleurs ne peut se faire en opposition à d’autres cultures, a-t-il dit lors d’un passage à Ottawa, au cours duquel il a réitéré sa volonté de créer un Réseau nord-américain des villes francophones et francophiles.

« Le militantisme francophone contre le bilinguisme, ça ne marche pas. Ça va prendre un militantisme culturel francophone plus moderne, plus ouvert », a indiqué le maire Labeaume, jugeant le message de revendication actuel « éculé, usé, érodé car approprié à des fins politiques », par exemple par le mouvement souverainiste. « On ne peut défendre notre culture en levant le pont-levis et en restant dans notre forteresse. Tu baisses le pont, et tu vas conquérir. C’est sûr qu’on va perdre [sinon]. »

M. Labeaume s’exprimait en marge d’un panel sur l’avenir de la francophonie auquel participait également le chanteur cajun Zachary Richard, dans le cadre de la quatrième édition de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques, qui se tient depuis samedi et jusqu’à vendredi prochain à l’Université d’Ottawa.

Exceptionnellement en Ontario

Ce sommet bisannuel rassemble une quarantaine de participants, universitaires et professionnels, originaires de douze pays. L’événement, qui se déroule habituellement au Québec mais qui se déplace cette année à Ottawa à l’occasion des 400 ans de la présence française en Ontario, propose de jeter un regard critique sur la nature des échanges caractérisant le développement de la francophonie des Amériques.

Le poète louisianais, tête d’affiche du Festival franco-ontarien qui se terminait samedi, a quant à lui rappelé que de nombreux progrès ont été effectués en Louisiane au cours des dernières années, où près de 4600 élèves fréquentent aujourd’hui des programmes d’immersions françaises calqués sur le modèle canadien. « Ça ne paraît peut-être pas comme beaucoup, mais il y a dix ans, il y en avait zéro », a-t-il souligné.

Il a toutefois déploré un certain « bon attentisme » de la part de ses compatriotes cajuns. « On a passé cent ans à se cacher dans les bois, on veut être amis avec tout le monde. Il n’y a pas [une] revendication aussi importante que je voudrais la voir. »

Des commentaires qui font échos à d’autres critiques du maire Labeaume, cette fois à l’égard de la secrétaire générale de la francophonie, Michaëlle Jean.

Le maire Labeaume, qui souhaite mettre sur pied un réseau francophone à l’échelle de l’Amérique du Nord estime que Mme Jean ne fait pas suffisamment pour la défense de langue française à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). « [L’OIF] défend de moins en moins la langue française. On se préoccupe du développement économique, de la relation nord-sud, mais on oublie de défendre la langue et la culture. […] Comment se fait-il que l’OIF ne la défende pas ? »

Il dit espérer que le réseau des villes francophones, dont le secrétariat serait éventuellement basé à Québec, pourra contribuer à faire avancer la cause du français ailleurs en Amérique du Nord. La Ville de Québec a entrepris en août dernier la mise en place d’un réseau de villes francophones et francophiles avec la collaboration des villes de Lafayette et de Moncton. Près d’une quarantaine de gouvernements locaux auraient manifesté un intérêt. M. Labeaume tiendra en octobre un « sommet » fondateur du réseau.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 15 juin 2015 04 h 46

    Donc...

    Rendormez-vous tous au lieu de vous défendre, dit Monsieur Labaume.
    Soyez attaqués, laissez votre langue et votre culture être broyées, faites vous marcher dessus par des élus illusionistes, riez de la lutte désespérée de vos propres Anciens, eux déjà trop isolés pour renouveler leur parler, acceptez que la seule langue qui compte dans votre propre pays soit l'anglais. Et surtout, surtout, d'abord et avant tout, pour aucune raison, ne revendiquez plus !
    Ah! mais c'est vrai qu'il a raison ce "plus aimé des Québécois" de maire de cette belle Capitale française d'Amérique où le français disparaît pourtant depuis vingt ans à une vitesse folle...
    Ce que n'importe quel touriste francophone qui la fréquente de manière ponctuelle depuis vous le confirmera (bensûr, s'il accepte l'idée de vous faire un peu de peine).
    Quelle comédie que cette pièce de théatre à Ottawa ! Se servir du prétexte de la présence quatre fois centenaire du français en Ontario pour délocaliser cet événement n'est que la confirmation de la stratégie politique déterminée du Canada d'en finir avec le symbole historique de la langue française au Québec. Rien d'autre, selon moi.
    Et le très valeureux et francophile Monsieur Labaume de critiquer Madame Jean pour montrer à tous que ses solutions personnelle peuvent redresser les choses... On dirait Tartuffe qui communique pour nous réduire à être des bourgeois gentilhommes...
    Mais le pire pour moi n'est pas les politiciens qui donnent des leçons de culture française à tous. Le pire, c'est que des artistes comme Monsieur Richard et, la semaine dernière, François Morel dans un commentaire diffusé sur France-Inter, nous montrent qu'ils en sont eux-mêmes à participer sans le voir, au jeu de casser la volonté des Québécois à faire ce qu'il faut pour vivre en français.
    Dans ce brouillard volontaire, les appuis naturels d'un Québec français sont donc rendus bien bas en vol.
    Reste plus qu'une montagne cachée pour nous arrêter net.
    Bel espoir canadien !

  • Jacques Boulanger - Inscrit 15 juin 2015 07 h 24

    Dans vos rêves M. Labeaume

    Mais de quoi parle-t-il ? « Le militantisme francophone contre le bilinguisme » ... « le message de revendication actuel « éculé, usé, érodé car approprié à des fins politiques », par exemple par le mouvement souverainiste. »

    Première nouvelle : le mouvement souverainiste s'oppose au bilinguisme ? C'est quoi là ? Vous êtes allé à l'école de Jeff Fillion ? Revendiquer un visage français pour le Québec serait une revendication éculée, usée, érodée ? Où êtes-vous rendu, M. Labeaume ? On croirait entendre les chantres des radios-poubelles de Québec. Vous seriez rendu un de ceux-là que ça ne m'étonnerait pas.

    Vous êtes le maire de la première ville française en amérique du nord et votre seule ambition est d'en faire une ville de Hockey. Pitié Seigneur. Même le dernier des bouseux de son fond de terroir a plus de prestance et de fierté que vous.

  • Bernard Morin - Abonné 15 juin 2015 08 h 53

    Moi aussi je suis très étonné d'apprendre qu'il y aurait au Québec "un militantisme francophone contre le bilingjuisme". J'aimerais bien connaître les responsables de ce mouvement.

  • Jean Richard - Abonné 15 juin 2015 09 h 46

    Populisme, quand tu nous tiens

    « Le militantisme francophone contre le bilinguisme, ça ne marche pas. » – Le plus fréquent et le plus agressif militantisme contre le bilinguisme, il ne vient pas des francophones mais bien des anglophones. Il suffit de fréquenter des anglophones (et je le fais) pour se rendre compte de cette réalité. Il y a bien de jeunes anglophones qui, issus de mariages mixtes, parlent français et anglais avec aisance. Mais même chez les jeunes, on retrouve encore un nombre impressionnant d'anglophones qui sont parfaitement étanches au français (et à d'autres langues). Vous êtes incrédule ? Je peux vous en présenter. J'en ai rencontré il n'y a pas plus que deux jours. En contre partie, je ne connais aucun jeune francophone de moins de 30 ans qui n'ait pas au moins une connaissance élémentaire d'une autre langue, en particulier de l'anglais. Alors, M. Labeaume, enlevez vos œillères et changer votre récepteur radio de fréquence. Vous connaissez bien mal les anglophones et leur culture impérialiste. Ou sinon, vous assumez votre statut de colonisé.

    « Tu baisses le pont, et tu vas conquérir. » – Suis-je bien réveillé pour lire une telle chose ? Je me demande bien quelle conquête vise M. Labeaume en prononçant ce cri de ralliement. À quelques jours du Quebec City Summer Festival, avec ses ponts bien orientés vers le commerce culturel anglosaxon, on peut se demander de quoi parle M. Labeaume quand il veut faire de sa ville le nœuds d'un réseau de villes francophones.

  • Monique Bisson - Abonné 15 juin 2015 14 h 02

    La poutre dans l'œil de M. Labeaume

    Mes commentaires vont exactement dans le même sens que ceux qui apparaissent ci-dessus. Aussi, je me demande : où M. Labeaume va-t-il chercher de telles inepties?

    Pour le ramener les deux pieds sur terre, je l'invite à venir séjourner, à Gatineau, pour un certain temps et il ne pourra que constater par lui-même que nos revendications linguistiques ne sont ni éculées, ni usées, ni érodées, mais « criantes d'actualité ».

    Monique Bisson, Gatineau