Guy Laliberté convoite l’île Sainte-Hélène

Sur le terrain convoité par Guy Laliberté se trouve notamment la Grande Poudrière, un bâtiment dont la construction remonte à la première moitié du XIXe siècle. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sur le terrain convoité par Guy Laliberté se trouve notamment la Grande Poudrière, un bâtiment dont la construction remonte à la première moitié du XIXe siècle. 

Guy Laliberté convoite un terrain sur l’île Sainte-Hélène afin d’y réaliser son projet Pangéa, soit créer un espace commémoratif visant à redéfinir le rapport à la mort et à la mémoire des personnes disparues, a appris Le Devoir.

Le fondateur du Cirque du Soleil a dans sa mire une zone située au sud du pont Jacques-Cartier sur cette île montréalaise. Le projet Pangéa s’étendrait sur une superficie de 130 000 m2, selon nos informations.

Guy Laliberté souhaite créer une place publique d’environ 10 000 m2 sur la rive ouest de l’île. Cet espace comprend à l’heure actuelle une partie du stationnement P8. Il serait relié à un parcours piétonnier qui s’étendrait sur une portion de 120 000 m2 du parc.

Pangéa est un projet mené par la compagnie Lune Rouge Innovation, une entreprise détenue par Guy Laliberté, et c’est sa branche immobilière, Lune Rouge Immobilier, qui pilote la création de l’espace commémoratif sur l’île.

L’île Sainte-Hélène, qui avait accueilli Expo 67, appartient à la Ville de Montréal depuis 1908. En 2007, le conseil municipal avait cité l’île comme site du patrimoine, la soumettant dès lors à des règles précises quant à sa préservation.

Guy Laliberté veut concrétiser ce projet à temps pour les fêtes du 375e de Montréal. Ce lieu devrait devenir le phare, le premier jalon d’une série de sites commémoratifs que le patron du Cirque du Soleil cherche à implanter partout dans le monde.

La réalisation du projet Pangéa pourrait donc impliquer l’achat d’un terrain public à vocation récréative et culturelle pouvant atteindre 130 000 m2, soit l’équivalent de 24 terrains de football américain. Les détails de la transaction financière et des conditions d’occupation de ce territoire par l’entreprise de Guy Laliberté ne sont pas connus.

Selon nos informations, le projet aurait fait l’objet d’au moins une rencontre entre des représentants du promoteur et le maire Denis Coderre, mais lundi soir, le cabinet du maire n’a pas voulu commenter le dossier.

Musée et restaurant

La place publique du projet Pangéa offrirait un accès au fleuve et une vue sur le centre-ville de Montréal. L’aménagement d’un bâtiment emblématique, d’un restaurant, d’un musée, mais également d’un espace pour des célébrations funéraires privées est envisagé dans et aux abords de cette place.

Cet espace consacré à la mémoire et à la redéfinition des rites mortuaires comprendrait un large « parc nature » situé à l’est de la place publique et englobant la Poudrière, la Tour de Lévis ainsi que l’étang de la Poudrière. Les éléments préliminaires de ce projet évoquent la création d’une promenade circulaire dans les espaces boisés comportant plusieurs lieux de mémoire, de souvenirs, de détente et de contemplation, ainsi que la mise en place d’un éventuel cimetière pour animaux de compagnie.

L’ensemble du projet s’articule autour des quatre éléments de la cosmologie : le feu, l’eau, la terre et l’air. Il devrait comprendre une structure artistique emblématique en forme de tour de plusieurs mètres de haut placée sous le thème du feu.

Controverse en vue

La possible vente d’une partie d’un parc public par la Ville de Montréal est de nature à susciter une vive controverse. Au cours des dernières années, plusieurs projets empiétant sur les parcs municipaux ont fait les manchettes. En 2009, les critiques avaient eu raison du projet de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles de construire une maison de la culture et des bureaux d’arrondissement dans le parc René-Masson. En 2010, c’était au tour de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension de renoncer à l’agrandissement du poste de police 31 dans le parc Jarry en raison des protestations citoyennes. Et en 2012, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys avait dû abandonner le projet de construction d’une école dans un parc de l’île des Soeurs.

En 2012, la mise en vente de l’ancien Planétarium de Montréal, qui incluait un terrain zoné parc, avait attiré les critiques de l’opposition à l’hôtel de ville. La Ville avait finalement fait don de la propriété à l’École de technologie supérieure (ETS).

Baptisée Sainte-Hélène par Samuel de Champlain en 1611 en hommage à son épouse Hélène Boullé, l’île avait été concédée à Charles Le Moyne en 1657. Lorsqu’ils en prennent possession en 1818, les Britanniques y construisent des installations militaires pour se protéger des invasions américaines.

Après avoir acquis l’île en 1906, la Ville de Montréal a confié à l’architecte-paysagiste Frederick G. Todd l’aménagement de routes, de sentiers et la construction de la Tour de Lévis.

Patrimoine

Pour créer l’île Sainte-Hélène telle qu’on la connaît aujourd’hui, trois îles ont été réunies, soit l’île Sainte-Hélène, l’île Ronde (qui accueille désormais La Ronde) et l’île aux Fraises. À l’occasion d’Expo 67, plusieurs bâtiments y sont érigés, dont le pavillon des États-Unis (l’actuelle Biosphère) et la Place des Nations. Les travaux d’excavation du métro permettent d’élargir l’île et contribuent à la création de l’île Notre-Dame, que la Ville a cédée au gouvernement du Québec en 2003 en échange d’un chèque de 240 millions de dollars.

Le Règlement sur la constitution du site du patrimoine de l’île Sainte-Hélène précise que tous les travaux d’aménagement doivent assurer la conservation des valeurs caractéristiques du site, dont le paysage historique du site militaire et les aménagements conçus par Frederick G. Todd. Toute nouvelle construction doit faire l’objet d’une étude d’impact visuel « démontrant la qualité de son intégration au paysage et aux composantes bâties du site ».

Plusieurs bâtiments de l’île sont ainsi protégés en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, dont la Grande Poudrière, la Tour de Lévis et le Pavillon des baigneurs. L’île comporte en outre plusieurs oeuvres d’art public, dont L’homme de Calder. Le terrain de La Ronde, qui fait l’objet d’un bail emphytéotique, est exclu de la zone protégée.

Les principaux attraits du projet Pangéa

– Restaurant

– Musée

– Bâtiment emblématique

– Promenade circulaire

– Espace pour célébrations funéraires privées

– Cimetière pour animaux de compagnie
Photo: Valerie Macon Agence France-Presse

Guy Laliberté veut concrétiser ce projet à temps pour les fêtes du 375e de Montréal. 
17 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 26 mai 2015 01 h 00

    Franchement

    Il y a des esprits qui n'attendent pas mourir pour nous envahir.
    Aire protégée. Point à la ligne.

  • Gaston Bourdages - Abonné 26 mai 2015 05 h 26

    Au lieu de mettre de l'huile sur un possible...

    ...feu de la «controverse», je préfère attendre pour obtenir plus de détails.
    S'il se trouve que ce projet en est un de justice citoyenne, toutes les couches de celle-ci confondues et que cette même justice citoyenne y recevra sa quote-part d'éventuelles retombées, pourquoi monter tout de suite aux barricades ?
    J'ai lu dernièrement que depuis la tenue de La Commission Charbonneau, les affaires se font selon l'éthique. Au mot «éthique», j'attribue les qualités de propreté, de vérité, de transparence, de clarté, de justice, de probité. Bref «quelque chose» de propre. Et si le projet de monsieur Laliberté répond à ces critères....pourquoi pas?
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier et payeur de taxes...pas d'impôts, je ne gagne pas assez pour ce faire.

    • André Bastien - Abonné 26 mai 2015 09 h 52

      La réponse est NON! Un point c'est tout.

      L'ILe Ste-Hélene est unique et doit rester un parc public.

      S'il se cherche un endroit, qu'il s'intègre au projet Quinze40 ou ailleurs, ce ne sont pas les endroits privés qui manquent.

      Pourquoi "monter aux barricades tout de suite"? Parce que les négociations sont déjà commencées (et probablement très avancées) en catimini, ce n'est déjà pas transparent.

    • Robert Beauchamp - Abonné 26 mai 2015 12 h 39

      Effectivement les négocitions sont déjà commencées. Pourquoi n'aurait déjà pas une idée, un profil quelconque du projet? Nous jugerait-on incapable d'en évaluer la pertinence? Non mais cette idée de s'accaparer
      les sites pour lesquels les contribuables ont tant investi par leurs taxes et impôts? Ne peut-on pas garder un espace de verdure sur le territoire de Montréal sans devenir l'objet de convoitise? Évidemment on est dirigé par un amuseur public recherchant son 15 min. de gloire quotidien; raison de plus pour se méfier. On va encore nous faire avaler ce proet pour un 375e? Pourquoi pas quelque chose de grandiose «à la mémoire» de ces géants qui ont fondé cette ville, ce pays? Faites appel à Lepage sacrebleu.

  • Christian Montmarquette - Abonné 26 mai 2015 06 h 18

    Non ! à la privatisation de l'île Sainte-Hélène!


    Si la Guy Laliberté ne sait plus quoi faire de son argent...

    Qu'il se paye un voyage dans la lune et qu'il y reste.

    On lui construire un beau site commémoratif avec un nez de clown géant en hommage à sa mégalomanie.

    Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 26 mai 2015 09 h 17


      En complément de commentaire:

      Je ne sais pas ce qu'il a de travers dans le coco celui-là..

      À chaque fois qu'il propose quelque chose c'est une connerie; entre autres choses.. Comme de s'associer dans le déménagement du Casino dans un secteur pauvre comme celui de Pointe Saint-Charles.

      Si Laliberté cherche tant à se rendre utile..

      Au lieu d'essayer d'acheter un espace public pour le rendre privé..

      Qu'il d’achète donc des espaces privés pour les rendre publics.

      Ça rendra service à toute la communauté.

      - Cm

      Référence :

      «A-t-on réellement besoin d’un nouveau casino ? »:

      http://www.lecouac.org/spip.php?article47

      .

  • Gilles Delisle - Abonné 26 mai 2015 08 h 19

    Insensé!

    L'Ile Ste-Hélène est un territoire public, un poumon pour Montréal. L'idée de voir arriver un projet privé sur cette aire paradisiaque pour les Montréalais dont l'accessibilité est libre depuis toujours, demeure inacceptable. Pour une fois, que l'administration municipale défende avec vigueur ce joyau vert qui nous appartient tous.

  • François St-Pierre - Abonné 26 mai 2015 08 h 58

    Curieux projet

    On dirait une idée conjointe de Walt Disney et Urgel Bourgie. Pas sûr que j'y passerai beaucoup de temps.