Les prises d’eau potable à haut risque

Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.

Un déversement de produits pétroliers émanant du futur pipeline Énergie Est dans la rivière des Outaouais pourrait non seulement nuire aux écosystèmes aquatiques, mais également priver d’eau potable une part importante de la population de la région de Montréal, selon une étude réalisée pour le compte de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

La firme Savaria Experts Environnement avait reçu pour mandat d’examiner les impacts d’un déversement de pétrole provenant de l’oléoduc que TransCanada entend construire dans la région de Montréal. Le pipeline traversera neuf municipalités, dont Mirabel, Mascouche et L’Assomption, avec un pipeline secondaire se rendant jusqu’à Montréal-Est, sur l’île de Montréal.

Transportant des produits du pétrole brut de l’Alberta, il aura une capacité maximale de 175 millions de litres par jour.

13 ou 60 minutes

Deux scénarios ont été examinés. Le premier s’appuie sur une intervention rapide, soit la fermeture des vannes dans un délai de 13 minutes. Le second scénario tient compte d’un temps de réaction de 60 minutes, comme celui enregistré à Terrebonne en mai 2011 lors d’un déversement de produit pétrolier d’Enbridge.

Présidente de Savaria Experts Environnement, Chantal Savaria estime que le scénario d’un temps de réaction de 13 minutes est « très optimiste » et qu’il est difficilement envisageable dans la réalité.

L’eau potable

Une conduite sectionnée dans l’oléoduc Énergie Est laisserait échapper 1,15 million de litres de pétrole en 13 minutes alors que, en 60 minutes, ce sont 7,5 millions de litres qui seraient dispersés dans l’environnement, soit deux fois plus que le déversement survenu en juillet 2010 dans la rivière Kalamazoo au Michigan.

Le pipeline de TransCanada franchira trois cours d’eau importants, soit la rivière des Outaouais, la rivière des Mille-Îles et la rivière L’Assomption, de même que des marais et des tourbières.

Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille-Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.

Et si le délai d’intervention pour récupérer le pétrole écoulé dépasse 4 heures, celui-ci atteindrait la première prise d’eau potable située dans le secteur d’Oka. Après 8 heures de propagation sans intervention efficace, plus de 10 prises d’eau seraient touchées dans la couronne nord et dans l’ouest de l’île de Montréal. Après 12 heures, ce sont 26 prises d’eau qui seraient menacées, touchant une bonne part des 3,8 millions de résidants de la région de Montréal.

La firme s’est également penchée sur le cas des rivières des Mille-Îles et L’Assomption et y décrit les impacts d’un déversement. En se basant sur le cas de la rivière Kalamazoo, l’étude estime à plus d’un milliard de dollars les coûts de nettoyage d’un déversement dans l’un des trois cours d’eau étudiés.

Le projet de loi C-46 prévoit déjà l’instauration d’un régime de responsabilité, mais Savaria recommande qu’une garantie minimale de 1 milliard soit exigée de TransCanada.

L’étude examine aussi les effets potentiels d’un déversement dans la tourbière de L’Assomption, les marécages de Mirabel et le marais de Terrebonne. L’impact serait « potentiellement irréversible », souligne-t-on.

Inquiétudes

La quantité de pétrole qui pourrait s’échapper de l’oléoduc en quelques minutes, soit plus d’un million de litres, est importante, souligne Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace. « À Lac-Mégantic, c’est 100 000 litres qui se sont retrouvés dans la rivière Chaudière », rappelle-t-il.

L’étude ne mentionne pas l’éventualité d’une rupture de l’oléoduc en hiver, note-t-il.

« C’est préoccupant. Pourquoi courir ces risques quand on sait qu’essentiellement, cet oléoduc servira à l’exportation du pétrole bitumineux et apportera très peu de bénéfices au Québec ?, se demande-t-il. Avec Kalamazoo, on le voit, ça fait cinq ans et le nettoyage n’est pas terminé. »

De son côté, TransCanada fait valoir que l’oléoduc construit au Québec sera « un des pipelines les plus sécuritaires au monde ». « Nous faisons notamment appel à des techniques de surveillance par satellite, qui transmettent, toutes les 5 secondes, des données en provenance de milliers de points de contrôle. En cas de baisse de pression, nous sommes en mesure d’isoler à distance et en quelques minutes toute section affectée », explique le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce.

Il affirme que l’entreprise se dotera de plans d’urgence dans toutes les municipalités traversées. Quant au tracé de l’oléoduc, il n’est pas définitif, dit-il. Ainsi, les scénarios évoqués dans l’étude de Savaria demeurent « hypothétiques », selon lui.

12 h
Le temps qu’il faudrait au pétrole pour atteindre les prises d’eau de la région de Montréal.
6 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 mai 2015 06 h 14

    Hypothétiques

    Il n'y a qu'une seule façon que ces scénarios demeurent hypothétiques : Ne pas le faire ! Car toute autre procédure ne fera qu'augmenter les occasions que ces hypothèses se concrétisent. Ce ne sera pas «si» ça va arriver, ce sera «quand» cela va arriver.

    Une assurance d'une garantie minimale de 1 milliard ??? Mais tout le monde sait qu'une garantie ou une assurance ne protège de rien; vu qu'elle entre en vigueur qu'après que le malheur est accompli, qu’on le sache 5 secondes ou 5 mois après, y a pas de différence, il sera trop tard.

    Mais qui leur a donné le droit de jouer à la roulette russe avec nos vies à ces requins? Allons-nous donner le droit de vie ou de mort sur nos enfants contre de l’argent hypothétique ?

    «On va pouvoir vous le dire 5 secondes après que vous ne pourrez plus boire d’eau.» Mais quand cessera cette folie abominable ? C’est quoi leur «spin» : «Au moins vous allez mourir les poches pleines» ?

    «De l’argent ça se boit pas et ça n’se mange pas !»

    PL

  • François Boucher - Abonné 19 mai 2015 07 h 07

    Les déversements ne sont pas hypothétiques

    Quand il y aura rupture de cet oléoduc, cela "prendra quelques minutes pour isoler toute section affectée". C'est exactement ce que la firme Savaria a pris comme donnée de départ: 13 minutes. Effectivement, il reste encore du pétrole qui flotte à la surface de la rivière Kalamazoo, ce n'est pas "hypothétique". On a récemment eu l'expérience à Longueuil: un petit réservoir de diesel s'est déversé dans la prise d'eau de la municipalité. Résultat réel et non hypothétique: 300 000 personnes privées d'eau potable pendant plusieurs jours. Comparez maintenant un déversement d'un petit réservoir d'huile avec celui d'un oléoduc qui crèverait et déverserait 1.15 millions de litres de pétrole, en 13 minutes? Après le dégât, pedant combien de temps souhaitez-vous être privé d'eau potable?

  • Christian Foisy - Abonné 19 mai 2015 08 h 22

    Et la ligne 9B d'Enbridge: 957,000L en juin 2015 ?

    L'autorisation pour la mise en service de l'oléoduc ligne 9B de la compagnie Enbridge est toujours attendue en juin de cette année, à moins d'avis contraire de l'Office National de l'Énergie. Une vingtaine de municipalités, 5 MRCs et la CMM ont votés des résolutions exigeant des tests hydrostatiques pour s'assurer de l'intégrité de ce vieil oléoduc de 40 ans.

    Pour mettre les choses en perspective, qu'est-ce qui est le plus dangereux ? Un déversement de 1,15M de litres d'un oléoduc qui n'existe pas encore, ou 957,000L d'un oléoduc existant qui peut redémarrer le mois prochain ?

    Une carte des déversements maximaux tout le long de la ligne 9B peut être consultée à http://faitspipelines.com/trace

  • Claude Smith - Abonné 19 mai 2015 08 h 49

    Ce n'est pas parce que ce pipeline sera un des plus sécuritaires au monde qu'il n'y a aucun risque de fuite. Je ne fais aucunement confiance en TransCanada d'autant plus qu'il y a un écart considérable entre les résultats de la fime Savaria et ce qu'affirme la compagnie. Les conséquences sont trop grave pour prendre ce risque. Quand aux plans d'urgence, c'est de la foutaise particulièrement pendant la saison hivernale.

    Claude Smith

  • François Dugal - Inscrit 19 mai 2015 08 h 49

    Les "vraies affaires"

    Bienvenue dans la civilisation des "vraies affaires".