Les sacs de plastique au banc des accusés

Chaque année, 500 milliards de sacs de plastique à usage unique sont distribués dans le monde.
Photo: Chung Sung-Jun Getty Images Chaque année, 500 milliards de sacs de plastique à usage unique sont distribués dans le monde.

Les sacs de plastique devraient-ils être bannis à Montréal ? C’est la question à laquelle devra répondre la Commission sur l’environnement au terme de la consultation publique qui a débuté mardi soir.

Chaque année, 500 milliards de sacs de plastique à usage unique sont distribués dans le monde. On estime qu’ils sont utilisés 20 minutes avant d’être jetés ou mis au recyclage.

Ces sacs mettent plus de 450 ans à se dégrader lorsqu’ils sont enfouis, a rappelé Pierre Gravel, chef de division au Service de l’environnement de la Ville de Montréal, lors de la première consultation mardi.

Lorsque lâchés dans la nature, ces sacs ont des impacts importants sur les écosystèmes marins et terrestres. Ils forment des îles de plastique dans les océans et laissent des contaminants persistants dans l’environnement.

En 2008, Québec avait opté pour un code volontaire afin d’inciter les citoyens à réduire le recours aux sacs de plastique. Entre 2007 et 2010, le nombre de sacs utilisés au Québec est passé de 2,2 milliards à 1 milliard par année. Le taux de récupération de ces sacs via le recyclage demeure tout de même très bas, soit 5,2 % en 2010, selon les données fournies par Recyc-Québec.

Des exemples ailleurs

Plusieurs villes dans le monde ont banni les sacs de plastique au cours des dernières années. C’est notamment le cas des villes américaines de San Francisco, Los Angeles, Long Beach et Portland. Dans plusieurs villes, les consommateurs peuvent se procurer des sacs de papier moyennant un tarif. Au Québec, Sainte-Martine, Huntington et Saint-Anselme ont aussi interdit les sacs de plastique.

Dans toutes ces villes, le bannissement des sacs de plastique a entraîné une hausse importante des sacs réutilisables de plastique ou de coton. Quant à la résistance des citoyens, elle s’est avérée généralement plutôt faible dans les villes étudiées, a souligné Pierre Gravel. Les protestations les plus vives sont venues de l’industrie du plastique.

Toronto avait banni les sacs de plastique avant de reculer sous l’administration de l’ex-maire Rob Ford en 2012.

Des citoyens divisés

« Je trouve qu’à Montréal, on a assez de problèmes sans s’en créer de toutes pièces », a commenté une citoyenne, exaspérée par les intentions de la Ville. À ses yeux, les sacs de plastique ont plusieurs usages. Les bannir forcerait les citoyens à s’acheter des sacs pour leurs ordures, ce qui ne réglera pas le problème, a-t-elle fait remarquer.

D’autres participants à la soirée d’information de mardi sont intervenus pour presser la Ville à aller de l’avant avec l’interdiction des sacs de plastique ou d’être plus restrictive, l’un d’eux suggérant notamment de faire passer de 0,5 à 0,15 $ le coût des sacs dans les épiceries.

C’est le maire Denis Coderre qui, en novembre dernier, avait évoqué l’idée d’interdire les sacs de plastique. « Personnellement, je pense qu’on devrait les bannir », avait-il déclaré. Ses propos ont fait leur chemin jusqu’au conseil municipal, qui a demandé à la Commission sur l’environnement, présidé par la conseillère Elsie Lefebvre, de se pencher sur la question et de faire des recommandations à l’administration.

« À l’échelle planétaire, on est en train d’être submergés par le plastique. On s’en va vers une catastrophe », estime pour sa part Alfred Jaouich, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM.

Selon lui, les autorités devraient mettre en place davantage d’incitatifs pour convaincre les citoyens de recycler ces sacs. Il croit aussi que l’industrie devrait s’assurer de l’uniformité du plastique utilisé dans la fabrication des sacs, car, a-t-il rappelé, la présence de sacs dits « oxobiodégradables » — qui se défont en petits morceaux après un certain temps — peut rendre les objets recyclés moins résistants.

2 commentaires
  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 13 mai 2015 12 h 50

    Sacs à ordures

    Je répondrais à la citoyenne exaspérée que les sacs d'épicerie font de très mauvais sacs à ordure. Qu'ils se détruisent avant le passage des camions de vidanges, laissant leur contenue se répondre sur les trottoirs.

    Une fois sur le trottoir, les ordures n'appartiennent plus à personne n'est-ce pas?

  • Louise Martin - Abonné 13 mai 2015 13 h 42

    Au Rwanda

    En Afrique, au Rwanda, les sacs de plastique sont interdits depuis quelques années. C'est vrai que le pays ne se heurte pas aux grandes compagnies de production du plastique!
    Louise Martin
    abonnée