Le départ de Marc Parent suscite des questions

Marc Parent
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marc Parent

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, a renoncé à son poste d’une manière inexpliquée.

M. Parent a rencontré son état-major en matinée pour lui annoncer qu’il ne sollicitera pas un second mandat de cinq ans à la tête du SPVM. Il quittera ses fonctions le 1er septembre. Il a l’intention de relever de nouveaux défis de nature inconnue, mais ce ne sera « ni en politique ni au ministère de la Sécurité publique », assure-t-il.

Le chef Parent et le maire de Montréal, Denis Coderre, ont démenti les informations selon lesquelles le lien de confiance entre eux avait été brisé.

« J’avais une excellente relation autant avec la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, qu’avec le maire Denis Coderre », a dit M. Parent au Devoir. « Je pars sans aucune amertume, et je laisse une organisation en bonne santé, en bonne posture, et avec une relève compétente autour de moi », a-t-il ajouté.

Le maire Coderre a qualifié de « balivernes » les informations selon lesquelles M. Parent avait perdu sa confiance. « Marc Parent est presque devenu un ami. C’est quelqu’un d’un grand professionnalisme qui a décidé de relever d’autres défis, a dit M. Coderre. Il n’y a pas de game à gauche et à droite. […] La réalité, de façon factuelle, c’est que j’aurais souhaité le renouveler. Personne ne bloquait quoi que ce soit. »

M. Coderre a annoncé une première fois le renouvellement du mandat de Marc Parent, en février 2014. C’est cependant la ministre Thériault qui devait publier le décret officialisant son retour à la tête du SPVM, pour un mandat de cinq ans (de septembre 2015 à septembre 2020). Le décret devait être publié en mai l’an dernier, mais la décision a été sans cesse retardée. Les raisons du report demeurent inexpliquées.

Un épisode difficile

En août dernier, le saccage de l’hôtel de ville a refroidi les relations entre le chef Parent et l’administration Coderre. Les policiers sont restés les bras croisés pendant que des employés municipaux en colère, principalement des pompiers et des cols bleus, mettaient l’hôtel de ville sens dessus dessous. Le maire avait même dû se réfugier dans son bureau pour échapper à la grogne des employés.

Les négociations difficiles avec la Fraternité des policiers de Montréal n’ont pas aidé la cause de Marc Parent. Il serait à couteaux tirés avec le nouveau directeur général, Alain Marcoux. MM. Parent Coderre ont tous deux nié cette information. « Il n’y a aucune anicroche, il n’y a aucun problème », a assuré M. Coderre.

Dans un geste révélateur, la Fraternité des policiers de Montréal s’est abstenue de tout commentaire à la suite du départ de Marc Parent. En d’autres circonstances, le président, Yves Francoeur, s’était porté à la défense de Marc Parent, entre autres lorsque l’ancien directeur général, Guy Hébert, avait voulu avoir la tête du chef du SPVM. Des négociations difficiles et l’échec d’un projet pilote sur les horaires de travail ont mené à l’éloignement de Marc Parent et Yves Francoeur.

 

Profilage politique

À l’Hôtel de Ville, le critique de Projet Montréal en matière de sécurité publique, François Limoges, a blâmé ouvertement le maire Coderre pour le départ de Marc Parent. « On dirait que le maire a de la difficulté à travailler avec des personnalités fortes et des gestionnaires expérimentés. Il a une propension à faire le vide autour de lui », a dit M. Limoges.

Le conseiller du district de Saint-Édouard déplore le départ de Marc Parent, bien qu’il se montre critique de son bilan.

Nommé à la direction du SPVM par l’administration Tremblay en 2010, Marc Parent a donné un sérieux coup de barre à l’organisation pour lutter contre le profilage racial. « La lutte contre le profilage social et politique, c’est la partie sombre de son bilan », estime M. Limoges.

Trois itinérants ont été abattus par la police sous le règne de Marc Parent (Mario Hamel, Farshad Mohammadi et Alain Magloire). Ses troupes ont également été critiquées pour la répression et des gestes de brutalité commis lors des manifestations du printemps érable.

Sa relation avec l’ancienne directrice des ressources humaines du SPVM, Geneviève Beauregard, a également laissé de mauvais souvenirs. Cette relation a d’abord été cachée au personnel, à une époque où le SPVM vivait d’importantes tensions et transformations organisationnelles. Des employés et des cadres ont regretté amèrement de s’être confiés, à leur insu, à la conjointe du grand patron.

À Québec, le premier ministre, Philippe Couillard, a salué le travail de Marc Parent à la tête du SPVM. Le critique du PQ en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, a indiqué qu’il espérait en apprendre davantage sur les circonstances du départ de Marc Parent.

Je pars sans aucune amertume, et je laisse une organisation en bonne santé, en bonne posture, et avec une relève compétente autour de moi