Des préretraites à plein salaire

En date du 30 mars dernier, 123 policiers syndiqués et 7 cadres étaient déjà en préretraite ou en voie de l’être en vertu de cette mesure.<br />
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir En date du 30 mars dernier, 123 policiers syndiqués et 7 cadres étaient déjà en préretraite ou en voie de l’être en vertu de cette mesure.

Le cumul des heures supplémentaires est un marché avantageux au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), permettant à 130 policiers de prendre leur préretraite à plein salaire, au coût de 7,4 millions de dollars.

Des données obtenues par Le Devoir lèvent le voile sur un aspect peu connu de la convention collective des policiers de Montréal.

Bon an mal an, ceux-ci peuvent mettre en banque un maximum de 195 heures supplémentaires. Ces heures fructifient comme le ferait un bon placement boursier. En effet, la valeur de cette banque de temps supplémentaire gonfle au fur et à mesure que le policier progresse dans l’échelle salariale.

Au SPVM, les échelles vont de 40 800 $ à 79 400 $ pour un simple constable ou agent senior. Les sergents, lieutenants et capitaines peuvent gagner des salaires variant de 85 500 $ à 102 500 $.

À l’âge de la retraite, les policiers peuvent puiser dans leur banque de temps accumulé et avancer la date de leur départ, pour une période maximale d’une année.

En date du 30 mars dernier, 123 policiers syndiqués et 7 cadres étaient déjà en préretraite ou en voie de l’être en vertu de cette mesure.

Ces 130 policiers ont cumulé des heures supplémentaires d’une valeur de 6,8 millions. Si l’on tient compte de la prime de métropole (4 %) et du boni d’ancienneté après 25 ans de service (3,8 %), le total grimpe à 7,3 millions.

Cela revient à dire que 1 % du budget annuel du SPVM, qui est de 687 millions, sert à payer des policiers qui se la coulent douce à la maison.

Les données obtenues par Le Devoir indiquent que 27 policiers, dont un cadre inspecteur-chef, profiteront d’une pleine année de salaire avant de prendre leur pleine retraite.

La durée moyenne de la préretraite est de 31 semaines. Le salaire moyen de ces 130 préretraités est de 56 700 $.

Certains policiers partent avec aussi peu qu’une semaine ou deux de salaire, l’équivalent de 1600 $ et 3300 $.

La palme de la préretraite d’or revient à un inspecteur-chef, qui a accumulé 52 semaines de temps supplémentaire. Il sera payé quelque 150 000 $ durant l’année de sa préretraite.

Cette banque de temps de préretraite n’a rien de répréhensible en soi, et elle existe dans de nombreux syndicats de la fonction publique. Le principe du cumul du temps supplémentaire a été négocié de bonne foi entre la Fraternité des policiers de Montréal et la Ville, et il fait partie d’une lettre d’entente de la convention collective.

À l’heure des bilans, il y a lieu de s’interroger sur cette pratique. Les dépenses du SPVM sont en progression constante. Le budget est passé de 599 millions à 687 millions entre 2010 et 2015, en hausse de 15 %.

En 2015 seulement, des clauses négociées par les policiers ont entraîné une hausse de 18,2 millions de la masse salariale du SPVM. La direction espérait cependant réaliser des économies de 13,5 millions grâce à une gestion serrée des départs et des embauches.

Les heures supplémentaires sont par ailleurs en hausse au SPVM, entre autres en raison des déploiements de sécurité occasionnés par les manifestations.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 mai 2015 07 h 53

    Bonjour la Police

    Ne doit-on pas rémunérer justement ceux qui ont le courage d'arrêter les délinquants de tous poils lors des manifestations étudiantes et qui "rétablissent l'ordre"?
    Bonjour la Police !

  • Jean-Yves Arès - Abonné 3 mai 2015 10 h 58

    Hum !

    «la valeur de cette banque de temps supplémentaire gonfle au fur et à mesure que le policier progresse dans l'échelle salariale».

    Mais n'est-ce pas ce qui se produit avec les prestations déterminées de retraite qui sont calculées sur la base des 5, quand ce n'est pas 3, dernières ou meilleures années ?

    Et dans le cas des régimes a prestation déterminées le gonflement ne s'applique pas une fois, mais est récurent année après année, et peut durer 20, 30, 40 ans et plus...

    Pourtant le principe qui fonde ces régimes n'est jamais questionné, jamais discuté. Tout est dans l'opportunisme que permet la charmante interprétation que fait la Cour Suprême sur le droit d'association et qui permet de se tailler en toute discrétion des privilèges sociaux tout ce qu'il y a de plus déraissonable et de socialement inéquitables.

    Et il ne faut surtout pas compter sur nos ''sociologues'', eux-mêmes jouissant de ce genre de privilège déraissonable pour mettre en évidence les abus qui découlent de ce suprême droit d'association...

    Bref il faudrait avoir une capacité de se scandaliser moins sélective et plus constante. Être moins accommodant pour soi et sa gagne, et moins complaisant pour la classe sociale auquel on s'identifie (en attente d'un retour d'ascenseur).