Rénovations majeures en vue au Parc olympique

Le toit du Stade a atteint sa fin de vie utile et se dégrade rapidement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le toit du Stade a atteint sa fin de vie utile et se dégrade rapidement.

Le Stade olympique prend de l’âge. Les indices d’état des infrastructures publiés dans le budget Leitão jeudi dernier témoignent du vieillissement du Parc olympique qui aurait besoin d’investissements de 220 millions de dollars, une évaluation qui ne tient pas compte du toit qu’il faudra remplacer. Ce diagnostic peut paraître affolant, mais le p.-d.g. de la Régie des installations olympiques (RIO), Michel Labrecque, est formel : les structures de béton des installations olympiques sont en bon état et la sécurité des personnes qui travaillent au Stade ou qui le fréquentent n’est pas en péril, assure-t-il.

Le Stade, avec ses gradins et ses coursives, ainsi que la Rotonde et l’Observatoire au sommet de la Tour ont obtenu une cote peu reluisante, soit D, et affichent un déficit de maintien d’actifs de 149,2 millions. Mais l’Esplanade et la Dalle promenade autour du Stade se sont vu décerner la pire cote, soit E, accordée aux infrastructures présentant un « niveau très élevé de dégradation ».

Inutile de dire que le toit du Stade, qui a atteint sa fin de vie, a reçu la cote E. Son remplacement est dans les cartons depuis des années, mais Québec n’a toujours pas annoncé ses intentions à ce sujet.

Quant aux stationnements souterrains, ils font meilleure figure avec une cote moyenne de B.


« Ce n’est pas relié à des notions de sécurité. L’état des structures primaires est bon, qu’il s’agisse du béton, des poutres et des fléaux. On est un des bâtiments publics les plus étudiés », s’empresse d’expliquer Michel Labrecque. Dans certains cas, il s’agit de travaux nécessaires en raison de la dégradation de certains équipements vieillissants ou de problèmes d’infiltration d’eau. Dans d’autres cas, une mise à niveau s’avère nécessaire pour respecter les nouvelles normes en matière de consommation d’énergie.

Ainsi, l’Esplanade qui accueille des activités depuis 2012 ne risque pas l’effondrement, même si elle porte la cote E, assure M. Labrecque. « Ce n’est pas relié aux charges et aux structures de bétons portantes, mais essentiellement aux membranes d’étanchéité. Ces membranes ont 40 ans et laissent passer les eaux pluviales », explique-t-il. Même chose pour la Dalle promenade qui entoure le Stade. Certaines sections ont été refaites, mais les travaux devront se poursuivre au cours des prochaines années.

« Il y a eu l’effondrement d’une dalle de béton au-dessus d’un stationnement en 2012, mais cela avait été causé par l’entreposage illégal d’un entrepreneur. La charge était trop grande. Ce n’était pas dû à une faiblesse structurelle », indique Michel Labrecque.

En attendant le remplacement de ces membranes, les infiltrations d’eau se multiplient, inondant les bureaux et les stationnements souterrains de façon récurrente. Même M. Labrecque a été chassé pendant plusieurs mois de son bureau en raison d’une inondation.

La liste des problèmes du Stade est longue. Avec le temps, les lucarnes de la Rotonde sont devenues opaques et l’eau s’infiltre, mais elles ne représentent pas un danger pour les visiteurs, explique M. Labrecque. L’Observatoire situé au sommet de la Tour devra aussi faire l’objet de travaux, car ses parois vitrées doivent être remplacées, tout comme le système électrique. Un nouveau funiculaire sera aussi nécessaire.

L’enceinte du Stade a également besoin d’une cure de rajeunissement. L’écran géant a été remplacé, mais les sièges des gradins dessinés par Roger Taillibert s’érodent et le système de sonorisation date d’une autre époque. Enfin, la centrale thermique aura besoin d’investissements majeurs estimés à 33,2 millions.

En 2010, Québec avait annoncé un investissement de 95 millions pour cinq ans. Des négociations ont été entreprises pour poursuivre les travaux d’entretien nécessaires, dit M. Labrecque.


Le satané toit

Mais le problème majeur, c’est le toit du Stade qui a atteint sa fin de vie utile et qui se dégrade rapidement. Si Michel Labrecque souligne que le Stade a pu connaître 180 jours d’occupation au cours de la dernière année, ce toit demeure un handicap important. Toute accumulation de 3 cm de neige rend impossible la tenue d’un événement. Malgré les microdéchirures qui se multiplient, Michel Labrecque balaie du revers de la main les scénarios catastrophes : « La grande dramaturgie avec une fissure complète [dans le toit], on oublie ça. Ce sont des panneaux qui se détériorent. On les répare. »

Le dossier du nouveau toit pourrait connaître une évolution au cours des prochains mois. Michel Labrecque compte présenter un dossier d’opportunité au conseil d’administration du Parc olympique en avril et mai, puis au gouvernement, afin de détailler les options possibles avec leurs coûts, leurs avantages et leurs inconvénients. Cinq scénarios seront proposés : un toit fixe ou rétractable, souple ou rigide, ou… pas de toit du tout.

M. Labrecque estime qu’il faudra prévoir 65 mois entre la décision gouvernementale et la mise en service d’un nouveau toit. Encore faudra-t-il qu’en cette ère d’austérité, le gouvernement accepte d’aller de l’avant.

Quant à détruire le Stade, Michel Labrecque ne veut pas en entendre parler. « Ce n’est pas seulement une question de coûts en argent, mais aussi en termes de réputation. Les gens qui démoliraient le Stade ne réfléchissent pas plus que 140 caractères. »

Entré en fonction à la RIO en février 2014 après avoir dirigé pendant quatre ans la Société de transport de Montréal (STM), Michel Labrecque parle du Stade avec enthousiasme même s’il le sait mal-aimé. « C’est un bâtiment unique au monde. Hyper-compliqué. Il n’y a pas un morceau pareil », dit-il.

Mais devenir « fiduciaire » d’un tel équipement ne va pas de soi. « À la STM, j’étais un enfant dans un magasin de bonbons, dit-il. Ici, on n’a pas forcément le coup de foudre. Mais c’est incroyablement séduisant. »

Au moment du passage du Devoir, des employés s’affairaient à préparer le terrain pour les matchs préparatoires qui opposeront les Blue Jays de Toronto aux Reds de Cincinnati vendredi et samedi. En attendant un avenir meilleur pour le Stade, la fièvre du baseball fera un bref retour à Montréal, le temps d’une fin de semaine.

«C’est un bâtiment unique au monde. Hyper-compliqué. Il n’y a pas un morceau pareil.»

Michel Labrecque, p.-d.g. de la RIO

E

C'est la cote décernée à l’Esplanade et à la Dalle promenade autour du Stade, soit la pire cote accordée aux infrastructures présentant un «niveau très élevé de dégradation». Idem pour le toit du stade, qui a atteint sa fin de vie utile et qui se dégrade rapidement, confirment Québec comme la RIO.
5 commentaires
  • François St-Pierre - Abonné 31 mars 2015 08 h 51

    Pourrions-nous obtenir des chiffres prospectifs?

    On sait que le stade a coûté et coûte encore une fortune. Mais a-t-on une idée de ce que coûteront les prochains — et vraisemblablement rares — événements qu'on y présentera? Il ne faudrait pas mettre de l'argent dans cet éléphant blanc pour la seule raison qu'on en a déjà mis beaucoup. Throw good money after bad, comme le veut l'expression.

  • Pascale Legault-Rioux - Inscrite 31 mars 2015 09 h 07

    Mmm...

    Ce cher M. Labrecque balaie du revers de la main tous les dangers du stade en déterioration... Si ce n'est pas dangeureux pourquoi autant d'argent est-il nécessaire d'être investi dans la réparation? C'est simple... Parce que c'est dangeureux! Pourquoi nier de la dangerosité? Ils n'auront pas l'argent cette année avec toutes ces couputes budgétaires en plus... Dommage.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 14 h 01

      Si votre toit coule, allez-vous le réparer? En quoi est-il dangereux?

    • Pascale Legault-Rioux - Inscrite 31 mars 2015 15 h 13

      Oui... Mais ça peut devenir dangeureux si on retarde trop longtemps....

  • Jean-Luc Malo - Abonné 31 mars 2015 19 h 26

    Des rénovations qui seraient efficaces?

    Si la RIO met autant de temps et d'hésitation à faire ces rénovations qu'elle en a mis pour la rénovation du centre sportif, ça risque d'être long...
    Le centre sportif a fermé en octobre 2013 et n'est toujours pas ré-ouvert. On nous l'avait promis pour février 2015 et là c'est rendu le 25 mai.
    J'imagine que c'est une infrastructure déficitaire et qu'il n'y a aucun intérêt à l'ouvrir...

    Jean-Luc Malo
    abonné