Piétons: les rails jugés plus sécuritaires que les viaducs

À Montréal, la majorité des piétons sont blessés sur les artères achalandées telles que la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent. Les rails paraissent donc plus sécuritaires aux piétons même s’ils risquent un constat d’infraction.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Montréal, la majorité des piétons sont blessés sur les artères achalandées telles que la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent. Les rails paraissent donc plus sécuritaires aux piétons même s’ils risquent un constat d’infraction.

Les piétons préfèrent traverser illégalement les voies ferrées plutôt que d’emprunter les viaducs parce qu’ils s’y sentent davantage en sécurité et qu’ils n’aiment pas les détours. C’est ce qu’a fait valoir lundi un spécialiste en santé publique devant le juge de la Cour du Québec qui entend la cause d’une citoyenne ayant reçu un constat d’infraction de 146 $ pour s’être trouvée à proximité des voies ferrées qui séparent le Plateau Mont-Royal et Rosemont-La Petite-Patrie.

Nathalie Casemajor s’était fait épingler par un policier du Canadien Pacifique (CP) le 26 février 2011 alors qu’elle circulait sur l’emprise du CP dans le secteur du Mile-End. Cofondatrice du Collectif pour les passages à niveau, Mme Casemajor a soutenu que, ce jour-là, elle cherchait à documenter la nécessité d’une traverse piétonne dans ce secteur du Mile-End.

Lors de la deuxième journée d’audience lundi, Mme Casemajor a fait témoigner deux experts favorables à l’aménagement de passages à niveau.

Médecin spécialisé en santé communautaire à la Direction de la santé publique de Montréal, le Dr Patrick Morency a expliqué que les piétons choisissaient leur itinéraire en fonction de la durée du chemin à parcourir, mais que le sentiment d’insécurité guidait aussi leur décision. À Montréal, la majorité des piétons sont blessés sur les artères achalandées telles que la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent. Les rails paraissent donc plus sécuritaires aux piétons même s’ils risquent un constat d’infraction, a-t-il soutenu.

Accidents rares

De son côté, Jean Décarie, urbaniste à la retraite de la Ville de Montréal, a rappelé qu’à l’époque industrielle les passages de trains étaient fréquents dans le secteur du Mile-End et que les ouvriers traversaient les voies constamment sans entraves. Aujourd’hui, les trains sont moins nombreux, mais les piétons ne sont plus libres de circuler. Pourtant, les accidents sont rares et, dans ce secteur de la ville, le dernier incident remonterait à plus de 15 ans lorsqu’un adolescent avait eu la jambe sectionnée alors qu’il tentait de peindre des graffitis sur un wagon.

Le juge Louis Duguay a rappelé à plusieurs reprises qu’il n’avait pas à se prononcer sur la pertinence ou non d’aménager des passages pour piétons, mais qu’il devrait déterminer si Nathalie Casemajor avait une « excuse légitime » pour justifier sa présence sur le terrain du CP.

Mme Casemajor espère que, dans sa décision — qui doit être rendue le 4 juin prochain —, le juge fera des commentaires sur l’implantation d’un passage piétonnier dans le secteur.

Rappelons que la Ville réclame depuis des années des passages à niveau. En février dernier, lors d’un voyage à Toronto, le maire Denis Coderre avait rencontré le chef de la direction du CP, Hunter Harrison, pour discuter de cet enjeu.

60 000 $ et des possibles

Une entente pourrait bientôt être officialisée entre le CP et la Ville de Montréal au sujet de la remise en état du Champ des possibles, situé dans le Mile-End, dont une portion avait été rasée par erreur par la compagnie ferroviaire en octobre dernier. L’entreprise ferroviaire avait utilisé le terrain qui appartient à la Ville pour effectuer des travaux. Elle avait par la suite admis son erreur et présenté ses excuses. L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a conclu une entente de principe avec le CP pour que celui-ci verse 60 121,32 $ pour la réhabilitation du terrain qui appartient à la Ville. Le comité exécutif devra approuver la proposition.
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 17 mars 2015 10 h 23

    La loi et le danger

    On dirait parfois que les lois incorporent une évaluation du danger complètement erronnée. Par exemple, il est sans doute moins dangereux de traverser une rue entre deux croisements qu'à un croisement. Il est sans doute moins dangereux de traverser une voie ferrée (vide la plupart du temps, et avec des trains ne roulant qu'à 30 km/h) que de marcher sur un trottoir. Je connais des endroits où il est moins dangereux pour un piéton de traverser au feu rouge qu'au feu vert, vu qu'il ne partage l'espace de la rue que lorsque le feu est vert!