Une question éthique fait de l’ombre au lancement de la consultation

C’est sur fond de controverse que Montréal a attribué mercredi un mandat de consultation sur les enjeux du bannissement des sacs de plastique dans les commerces de détail de l’île. Projet Montréal demande l’intervention du commissaire au lobbyisme, Me François Casgrain, puisque l’ami et codirecteur de campagne du maire Denis Coderre, Pierre Bélanger, a été embauché par l’industrie du plastique.

Le quotidien La Presse a révélé mercredi matin que Pierre Bélanger, « ami de 20 ans » du maire, a entamé à l’automne dernier « un mandat rémunéré de “50 000 à 100 000$” pour le compte de l’Association canadienne de l’industrie des plastiques ». Il tentera de convaincre le « maire » ainsi que les « conseillers municipaux » de ne pas bannir la distribution des sacs d’épicerie.

« C’est dommage que […] Pierre Bélanger [et] l’administration Coderre se soient placés dans cette situation de conflit d’intérêts. Ils doivent corriger la situation le plus rapidement possible, commente Alex Norris, porte-parole de Projet Montréal. S’il y a une brèche dans la loi qui permet une telle situation, alors il faut la colmater. Projet Montréal a l’intention d’interpeller le commissaire au lobbyisme à ce sujet. »

Le porte-parole du Commissaire au lobbyisme du Québec, Daniel Labonté, a indiqué au Devoir que cette situation ne va pas à l’encontre des lois sur le lobbyisme. « M. Bélanger a agi dans la transparence, comme l’exige la loi. » Le bureau du Commissaire au lobbyisme n’a pas prévu d’étudier ce dossier d’un point de vue éthique, mais ses porte-parole ne cachent pas que la question de la proximité entre le lobbyisme et la politique est analysée dans le but, potentiellement, de bonifier le code déontologique ou la loi.

M. Coderre a tenu à rappeler que « c’est [lui] qui a décidé » de mener une consultation sur le bannissement des sacs de plastique. En novembre dernier, avant que son « ami » obtienne un contrat de lobbyisme, le maire avait effectivement affirmé vouloir tenir une consultation publique sur ce sujet. Il avait alors pris position, indiquant « qu’on devrait bannir [les sacs de plastique], mais on va faire les choses correctement ».

Pour un bannissement graduel

Le comité exécutif de la Ville de Montréal a mandaté la Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs pour organiser une consultation publique en mai prochain afin d’étudier les enjeux et les impacts du bannissement des sacs de plastique. « On veut entendre les producteurs, les gens du commerce de détail, […] les groupes écologistes et les consommateurs », a précisé Réal Ménard, membre du comité exécutif.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a indiqué ses craintes quant à un bannissement trop rapide des sacs de plastique dans les commerces de détail et se demande si les citoyens sont prêts pour cette transition.