Bâtir la Silicon Valley québécoise, un projet à la fois

Le directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal, Damien Silès
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal, Damien Silès

Là où plusieurs voient un échec de planification urbaine, le directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal imagine la future Silicon Valley québécoise. Damien Silès est persuadé qu’en dépit des critiques, Griffintown et ses alentours deviendront d’ici quelques années une plaque tournante de l’innovation et un terreau fertile pour notre matière grise.

Dans un enchaînement d’explications, de rappels historiques et d’anecdotes, Damien Silès explique pourquoi le Quartier de l’innovation (QI), dont il assume la direction depuis l’été dernier, est un « diamant » qu’il faut maintenant polir. Il sait que le chantier lancé il y a bientôt deux ans est méconnu, et il a l’intention que ça change.

« Depuis quelque temps, on parle beaucoup de Griffintown en disant que des erreurs ont été faites du point de vue de l’urbanisme. Mais je veux qu’on sache qu’il se passe autre chose. Les citoyens, les entreprises, les artistes et les étudiants travaillent ensemble pour améliorer un quartier qui va devenir une plaque tournante québécoise et internationale »,lance-t-il avec assurance.

« Les gens ont peur que le quartier soit une cité-dortoir, et on est en train de tout faire pour que ça ne le soit pas. »

L’idée d’un quartier de l’innovation montréalais germait depuis 2009, mais c’est en mai 2013 que l’École de technologie supérieure et l’Université McGill lancent officiellement le projet. Dès le départ, les deux institutions d’enseignement y voient une occasion de mettre en commun leurs efforts pour contribuer à l’essor économique de Montréal et du Québec. Aujourd’hui, l’objectif est « d’accompagner les talents » et de « rassembler l’audace », affirme M. Silès.

Le QI se veut un « écosystème » qui chevauche Griffintown, Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles et la Petite-Bourgogne. Il abrite de 200 à 300 start-up et 5 incubateurs d’entreprises. « On veut leur donner les moyens de réussir avec l’encadrement universitaire et la recherche, mais avec l’aide des entreprises qui sont installées dans le quartier ou ailleurs à Montréal », explique le directeur général.

Avec l’ajout de l’Université Concordia, qui officialisera sous peu son partenariat avec le QI, le quartier peut compter sur un bassin de près de 100 000 étudiants.

« Je suis convaincu qu’avec toute la matière grise qu’on a, on pourra se positionner au même niveau que les autres villes qui ont un quartier de l’innovation, comme Boston, Barcelone ou New York, sinon plus, souligne M. Silès. Ce qui nous différencie, c’est que notre quartier est une zone de vie. On y mange, on y dort, on y étudie, on y travaille. »


L’oeuf ou la poule ?

Quelques années après son lancement, le QI doit maintenant démontrer que ses grandes idées fondatrices peuvent se concrétiser. Dans les pages du Devoir, le professeur de l’Université de Rennes 1 Raphaël Suire se demandait, en août dernier, s’il est possible de « fabriquer » un quartier de l’innovation. « Trop souvent, on pense avant tout à faire savoir que l’on existe plutôt que d’exister avant de le faire savoir », soulignait-il.

« Dans la philosophie du QI de Montréal, la brique et le mortier suivent la créativité, le génie et l’audace, et non l’inverse », répliquait M. Silès quelques jours plus tard.

Lorsqu’on lui demande aujourd’hui de mesurer le chemin parcouru, il répond que le meilleur est à venir. « Je suis en poste depuis six mois. Les choses avancent bien, mais pas aussi vite que je le voudrais », concède-t-il, tout en précisant qu’un quartier de l’innovation arrive à maturité après 10 ans, voire 15.

Il espère malgré tout que son QI obtiendra une reconnaissance « à tout le moins nationale » d’ici deux à cinq ans. Et pour y arriver, les prochains mois seront déterminants : plusieurs projets présentés dans le cadre de l’événement Je vois Montréal, en novembre dernier, seront lancés en 2015.

Le Dow comme porte d’entrée

L’un des plus importants consiste à redonner vie à l’ancien planétarium Dow, rue Saint-Jacques Ouest, pour en faire la « porte d’entrée » du QI. À l’intérieur, M. Silès promet un « hub de créativité » permettant de faire le pont entre les entreprises, les universitaires et les citoyens. Une « vitrine montréalaise » permettra également de mettre en valeur des produits créés localement.

À l’extérieur, M. Silès voit déjà la « signature » du quartier : le parc qui remplacera l’actuel stationnement au sud de l’édifice fera « renaître l’histoire du quartier » grâce aux conseils du président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre. Les travaux devraient débuter au printemps, pour se terminer un an plus tard.

Il est également question du Salon 1861, un « laboratoire social et culturel » qui pourra accueillir des expositions, des événements, des ateliers d’artistes et des organismes communautaires. Il devrait montrer signe de vie dès avril, estime M. Silès.

L’École d’innovation citoyenne, fondée il y a un an et demi, devrait par ailleurs permettre d’améliorer la qualité de vie des citoyens du quartier grâce à des projets imaginés par des organismes locaux et des entreprises, en collaboration avec des étudiants.

Damien Silès parle de tous ces projets au futur, et non au conditionnel. Il est surtout persuadé que les six milliards de dollars d’investissements envisagés dans tout le quartier donneront à la métropole québécoise l’élan dont elle a besoin. « Il faut un coeur, une base et, à partir de là, unir le savoir-faire pour parler d’une seule voix à Montréal. »

Le Quartier de l'innovation en cinq dates

2009 L’École de technologie supérieure lance l’idée de créer un quartier de l’innovation montréalais.

2010 L’Université McGill se joint au projet.

Mai 2013 Lancement officiel du Quartier de l’innovation de Montréal.

Juillet 2014 Damien Silès (notre photo) est nommé directeur général du QI.

2016 Inauguration prévue de la place « signature » du QI.
3 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 2 mars 2015 06 h 14

    que veut dire start-up ? ...

    Est-ce que ça veut dire que tout se passe en anglais dans ce nouveau quartier?

    • Christian Méthot - Inscrit 2 mars 2015 07 h 37

      Et il ne manque plus que de lancer sur un ton nasillard et énervant "En français s'il-vous-plaît!".

      J'espère que les jeunes entrepreneurs qui travailleront dans ces start-up parlent anglais, sinon ils risquent d'avoir de difficulté à vendre leurs produits à l'étranger, surtout aux États-Unis et dans le ROC, qui constituent quand même un bassin de consommateurs importants.

      Ceci dit, rien ne les empêche de travailler "en français s'il-vous-plaît".

    • Cyr Guillaume - Inscrit 3 mars 2015 01 h 27

      Vous avez bien raison ici monsieur de souligner ce fait! Surtout qu'ils appelent encore là ''Griffintown''. Personne n'a dit de ne pas parler en anglais aux investisseurs étrangers, mais je crois que c'est un gros minimum de pouvoir parler notre langue ici chez nous. Si on commence à faire les carpettes, comme trop ont souvent cette habitude de larbin, le français disparaitra en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

      Il faut être vigilant et proactif!