Des élues montréalaises réclament une meilleure conciliation travail-famille

Selon la conseillère Elsie Lefebvre, les élus municipaux, hommes et femmes, devraient pouvoir prendre une pause de plusieurs mois pour s’occuper de leur nouveau-né. Mais ils n’ont pas droit à des congés parentaux.
Photo: IPG Gutenberg Selon la conseillère Elsie Lefebvre, les élus municipaux, hommes et femmes, devraient pouvoir prendre une pause de plusieurs mois pour s’occuper de leur nouveau-né. Mais ils n’ont pas droit à des congés parentaux.

Fonder une famille tout en s’acquittant de ses fonctions politiques peut s’avérer problématique. Des élues montréalaises ont réclamé mardi une révision des règles encadrant le travail des membres du conseil afin de faciliter la conciliation travail-famille.

La conseillère d’Ahuntsic Émilie Thuillier, qui a donné naissance à son 2e enfant en décembre dernier, n’a pas assisté aux séances du conseil municipal des deux derniers jours. Or, une absence non justifiée peut entraîner une pénalité de 100 $ à un élu. Un mariage, une naissance ou une réunion importante figurent parmi les motifs jugés valables, mais pas les soins donnés à un nourrisson.

Il faut que ça change, estiment les conseillères de Projet Montréal Valérie Plante et Érika Duchesne, qui ont demandé que les règles soient modernisées. « Ce qu’on questionne, c’est le flou artistique », a signalé Mme Plante lors d’un point de presse en marge de l’assemblée du conseil.

Le président du conseil municipal, Frantz Benjamin, a indiqué qu’aucune pénalité ne serait imposée à Émilie Thuillier. Et il se dit tout à fait disposé à ce que la commission qu’il préside se penche sur la question pour demander à Québec — de qui relève la Loi sur le traitement des élus — les modifications législatives nécessaires.

Congés parentaux

La conseillère Elsie Lefebvre mène la bataille depuis cinq ans pour améliorer la conciliation travail-famille. Selon elle, les élus, hommes et femmes, devraient pouvoir prendre une pause de plusieurs mois pour s’occuper de leur nouveau-né. Mais à l’instar des députés de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes, les élus municipaux n’ont pas droit à des congés parentaux.

Lorsqu’elle a donné naissance à son 2e enfant en 2010 alors qu’elle venait d’être élue, Elsie Lefebvre avait pris la décision de prendre trois mois de congé. « Mais je vivais même une culpabilité de n’avoir pris que trois mois, raconte-t-elle. Il y a des femmes qui font le choix de ne pas avoir d’enfant pendant un mandat. Mais je crois qu’on ne devrait pas avoir à faire ce choix. On peut concilier travail et famille. De toute façon, ça prend des élus qui vivent des situations familiales pour adopter des politiques qui reflètent ces réalités. »

Halte-garderie

En 2013, la Commission de la présidence s’était penchée sur les enjeux de conciliation travail-famille. Elle avait notamment recommandé de rendre plus flexibles les règles encadrant les présences aux assemblées, de faciliter le travail à distance et suggéré l’aménagement d’une halte-garderie à l’hôtel de ville.

Au fil des ans, plusieurs gestes ont été posés. À titre d’exemple, les élues disposent depuis quatre ans d’une salle d’allaitement à l’hôtel de ville et les séances du conseil municipal se terminent désormais à 22 h au lieu de 23 h.

Le Conseil des Montréalaises suit de près l’évolution du dossier et souhaite se pencher au cours des prochains mois sur l’enjeu des congés parentaux des élus pour faire des recommandations à la Ville. La présidente du Conseil des Montréalaises, Cathy Wong, note par ailleurs que les femmes sont désormais bien présentes sur la scène politique montréalaise. « On est une des villes les plus paritaires au Québec. On a un rôle de modèle à jouer au niveau de la province », avance-t-elle.

Le président du conseil municipal, Frantz Benjamin, se dit favorable à l’idée que les élus aient droit à des congés parentaux. « C’est notre devoir et notre responsabilité d’agir en ce sens », a-t-il indiqué mardi.

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