Projet Montréal part en croisade contre un mégacentre commercial

Le maire de Mont-Royal affirme qu’il ira de l’avant avec le projet « Quinze40 », à l’angle des autoroutes 15 et 40, qui prévoit la construction d’un hôtel, d’un centre de congrès et d’espaces commerciaux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Mont-Royal affirme qu’il ira de l’avant avec le projet « Quinze40 », à l’angle des autoroutes 15 et 40, qui prévoit la construction d’un hôtel, d’un centre de congrès et d’espaces commerciaux.

Alors que les élus de Projet Montréal sont prêts à se lancer dans une bataille contre la construction d’un mégacentre commercial à l’angle des autoroutes 15 et 40, le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, affirme que son administration ira de l’avant avec la modification de zonage qui permettra la réalisation du projet.

« Le projet va avoir lieu. La décision politique est prise. C’est un super projet […] pour tous les gens de Montréal autant en termes de retombées économiques que de création d’emplois », a indiqué le maire Philippe Roy.

Un peu plus tôt lundi, le chef de Projet Montréal, Luc Ferrandez, a dénoncé le projet de mégacentre commercial qui doit être construit à la jonction des autoroutes 15 et 40, dans un secteur industriel de Mont-Royal. Le projet du promoteur Carbonleo — qui avait réalisé le Quartier DIX30 de Brossard — prévoit la construction d’un hôtel, d’un centre de congrès et d’espaces commerciaux. Selon M. Ferrandez, le projet du « Quinze40 » aura un effet dévastateur sur l’économie montréalaise et sur la vitalité des artères commerciales qui traversent des moments difficiles.

« Montréal ne peut pas se permettre d’ajouter du pied carré en ce moment ni dans la restauration, ni dans l’hôtellerie, ni dans le commerce de détail », a soutenu le maire du Plateau Mont-Royal. Projet Montréal déposera une motion le 23 février pour demander au conseil municipal de se prononcer contre le projet.

Les élus de Projet Montréal ne comptent pas se limiter à cette motion. « On est un parti de militants. On va aller militer dans Ville Mont-Royal. On va aller frapper sur chaque porte. On va demander aux citoyens d’exiger un référendum et de voter contre ce projet », a expliqué Luc Ferrandez.

Inquiétudes justifiées ?

Les déclarations de Luc Ferrandez ont fait sourciller le maire de Mont-Royal. « Je trouve ça curieux de la part d’un maire d’arrondissement de venir dire qu’il va se mêler de la gestion d’une autre ville, a commenté Philippe Roy. J’avoue que c’est un peu cavalier. »

M. Roy estime que les inquiétudes exprimées sont exagérées. « Les gens réagissent sans avoir vu le projet, a-t-il indiqué. Les gens disent que c’est un DIX30, mais ce n’est pas le cas. C’est quelque chose de très différent. Comme Montréalais, on va tous être heureux d’avoir ça en plein coeur de l’île. »

Selon lui, l’offre commerciale de ce centre de divertissement ne nuira pas aux artères commerciales montréalaises. Le maire Roy n’a cependant pas voulu chiffrer le nombre d’emplois qui seront créés disant vouloir laisser le promoteur dévoiler les détails du projet lorsqu’il serait prêt à le faire.

Le changement de zonage sera effectué au plus tard au début de l’été. D’ici là, des consultations publiques seront menées, a-t-il dit : « Ce que je comprends, c’est que les gens de Mont-Royal sont très favorables au projet. »

Denis Coderre est demeuré prudent. « Je suis sceptique, mais je vais parler à tout le monde », a expliqué le maire qui entend rencontrer le promoteur et les représentants des artères commerciales. « Il y a déjà des centres d’achats un peu partout, dont le Marché central. Est-ce que ça aura un impact sur le centre-ville et les artères commerciales ? Je pense qu’il faut se demander si le jeu en vaut la chandelle », a-t-il expliqué.

De son côté, le promoteur Carbonleo n’a pas voulu faire de commentaires.

13 commentaires
  • Christian Methot - Abonné 10 février 2015 08 h 44

    La cour du voisin

    Projet Montréal devrait peut-être s'attaquer aux problèmes dans ses propres arrondissements, plutôt que d'aller chercher des puces à Ville Mont-Royal. Évidemment, lorsque ça va mal chez vous, il est toujours facile d'aller blâmer le voisin qui réussit. Voilà exactement ce que fait Projet Montréal.

    Ce complexe est une belle opportunité pour le maire du Plateau et ses acolytes de faire oublier qu'ils sont eux-mêmes les artisans du malheur de leurs commerçants. En livrant une guerre sans merci aux automobilistes, en les démonisant, les élus de Projet Montréal ont fait fuir la clientèle des commerces de leur arrondissement. Ils voudraient maintenant s'attaquer à leurs voisines.

    D'ailleurs, qui nous dit que le 15-40 n'attirera pas de la clientèle de Laval? Montréal a besoin d'activité économique pour augmenter les revenus de l'État et faire diminuer le chômage, ce qui diminue aussi, assez directement, la pression sur les finances publiques.

    Projet Montréal semble aussi oublier que tous ne peuvent pas ou ne veulent pas vivre d'un emploi dans le secteur public, et qu'il faut bien qu'il y ait de l'activité économique non-subventionnée pour supporter le travail des élus et des fonctionnaires.

    Comprennez-moi bien, je ne suis pas contre le travail de la fonction publique, en autant que celle-ci ne fait pas office d'éteignoir qui s'oppose bêtement à tout projet de développement privé. Carbonleo est visiblement loin d'être un imbécile, et il comprend bien les tendances du marché: s'il juge que ce centre sera rentable, c'est qu'il y a de fortes chances qu'il le soit. Sinon, il ne perd que des capitaux privés. Si, comme l'avance Ferrandez, son centre est inutile, il sera sanctionné par le marché et devra fermer.

    Je doute que ce soit ce qui se produise et c'est plutôt ceux qui n'auront pas saisi l'évolution du marché qui seront pénalisés (i.e. les élus de Projet Montréal et les commerçants des vieilles artères commerciales).

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2015 10 h 33

      Au contraire, lutter contre des mégacentres commerciaux qui ne sont accessibles qu'en voiture (et au coin de deux autoroutes payées par l'État -- et vlan pour l'activité économique non-subventionnée -- et déjà surchargées) s'inscrit tout à fait dans la ligne de pensée des membres de ce parti.

      Et en quoi serait-ce mieux d'attirer des clients lavallois? Ne doit-on toujours se développer en dépouillant les voisins?

    • Christian Methot - Abonné 10 février 2015 12 h 13

      Évidemment, j'aurais dû employer le terme "activité économique directement subventionnée" pour m'éviter ce genre de critique. De toute manière, en suivant votre réflexion, 100% de l'activité économique est subventionnée, puisqu'elle bénéficie des investissements des gouvernements dans les infrastructures, en santé et en éducation, en justice, etc. C'est justement à cela que servent les taxes et les impôts et c'est pour cette raison qu'il est important de générer des activités économiques productives. Donc non, ce centre n'est pas directement subventionné par des fonds publics.

      En passant le centre sera accessible via le Métro de la Savane.

      Ensuite, l'activité économique génère de la richesse (elle en crée de la nouvelle qui n'existait pas avant), et ne se calcule pas nécessairement exclusivement en termes de "pertes" pour l'un et de "gains" pour l'autre. Ce nouveau centre fera peut-être perdre de l'argent à certains compétiteurs, mais globalement il risque de générer plus de valeur que de pertes.

      Finalement, il n'est pas question de dépouiller les lavallois. L'idée que je voulais avancer est que ce centre ne fera peut-être pas totalement compétition au magasin de vêtements sur St-Laurent ou St-Denis par exemple, mais qu'il pourrait attirer des lavalois qui avaient auparavant à se rendre au 10-30 auparavant. Par exemple, une connaissance à moi de Laval devait se rendre au 10-30 pour assiter à un congrès: il a passé une nuit à l'hôtel au 10-30, comme d'autres personnes qui assistaient au congrès; il ne s'est pas fait dépouiller par le 10-30. Exactement de la même manière, le 15-40 pourrait héberger des congrès, et sera plus près des lavalois ou des gens de la Rive-Nord, ou même d'une partie de ceux qui habitent à Montréal.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 10 février 2015 12 h 14

      @ M. Methot

      Vous avez tort sur toute la ligne, ce qui fait beaucoup.

      En décembre, le taux d'innoccupation des locaux sur Mont-Royal n'était que de 3,4%. De façon plus large, les secteurs qui ont bénéficié des transformations de Projet Montréal (Laurier, des Pins) ont connu une hausse de fréquentation des commerces, et une baisse des accidents, ce qui est aussi à prendre en compte, surtout dans les secteurs scolaires.

      La rue principale du Plateau a plafonné, puis a connu un été 2014 très dynamique. L'idée de base de Projet Montréal est de mettre l'accent sur la vie de proximité, avec les moyens de transport liés.

      Ensuite, en aucun cas le fait de faire venir des clients de Laval ne va "augmenter les revenus de l'État et faire diminuer le chômage". L'argent ne va pas apparaître, il va cesser d'être dépensé dans des commerces de proximité, faisant vivre les habitants des quartiers, permettant de se nourir ou de s'acheter des vêtements sans nécessairement prendre sa voiture. En outre, les commerces de proximité sont des PME possédés par des habitans du quartier, pas de grosses multinationales qui embaûchent au salaire minimum. L'argent qu'on y dépense a donc moins de chance de quitter la province.

      La question n'est pas de choisir entre un emploi dans la fonction publique et un centre commercial, mais de choisir entre la multiplication des banlieues dortoirs et du "tout à l'auto" et les quartiers résidentiels bien desservis en commerces. Si les Montréalais pouvaient le comprendre, je suis convaincu qu'ils préfèreraient ce modèle et mettraient leur bouffon à la porte...

    • Julien-Félix Carrier - Inscrit 10 février 2015 12 h 38

      Je ne me prononcerai pas sur l'intelligence d'un promoteur, j'ai un biais plutôt négatif à leur égard, étant incapable de ne me fier qu'à la mesure du succès. J'aurais cependant tendance à croire que le seul soucis de celui concerné est avant tout de faire de l'argent, en faisant fi des conséquences. Le maire de Mont-Royal semble abonder dans le même sens, j'entends ici son intérêt manifeste pour généreusement gonfler ses revenus de taxes.

      Sans appuyer M. Luc Ferrandez dans toutes ses décisions, dans le cadre de ce dossier sa position m'apparait beaucoup plus avancée, plus au fait de ce vers quoi Montréal semble vouloir évoluer, que celle du maire de Mont-Royal. Il est déjà aberrant d'avoir une ville à l'intérieur d'une ville. Il y a un manque choquant d'uniformité et de concensus entre les différents arrondissements, tout le temps perdu en tractations entre différentes municipalités et élus incapables de moduler leur 'vision'. Le maire de Mont-Royal ne me semble pas avoir pris le temps d'évaluer les besoins réels, ni l'évolution de l'urbanisme qui tend à s'éloigner des banlieux et des 'power center' ou autres abominations du genre.

      Les pressions exercées par M. Ferrandez sont-elles uniquement dans un soucis de protéger les précieux commerces du Plateau? À ma connaissance les espaces commerciaux en difficulté sur St-Denis, St-Laurent, St-Hubert et autres, s'étendent bien au-delà du Plateau.

      Vous parlez de création d'emplois et de génération de revenus. J'ose croire que vous êtes conscient que la plupart des détaillants des centres commerciaux sont généralement des franchises ou bannières américaines, écoulant leurs produits notamment fabriqués au Bangladesh, Chine et autres...et rappatriant leurs profits chez eux évidemment. Vous devez savoir que ces détaillants paient des salaires de misères, salaires convenables pour des étudiants probablement, encore faudra-t-il que ceux-ci devront se procurer une auto pour s'y rendre!

    • Christian Methot - Abonné 10 février 2015 14 h 26

      Eh bien, si le Plateau fonctionne si bien et que ses commerces sont si dynamiques et prospères, il n'a rien à craindre de ce nouveau centre... Ce serait plutôt le contraire! En tout cas ce n'est pas ce qu'avait l'air de croire M. Ferrandez, dont certains propos alarmistes sont rapportés dans l'article plus haut.

      D'ailleurs, je ne crois pas à l'idée qu'il soit mal que l'argent quitte la Province pour importer des biens: en général, les pays qui commercent sont plus riches que ceux qui ne le font pas. Nul doute que l'argent reste d'avantage dans les pays qui vivent en autarcie, et je suis certain que vous en connaissez, mais disons que je préfère vivre dans un pays qui ne limite pas le commerce.

      D'ailleurs, le Québec exporte beaucoup - une chance que les gens qui achètent des jeux vidéos, du matériel aéronautique, des produits pharmaceutiques ou du bois d'œuvre ne sont pas obsédés à l'idée que l'argent reste chez eux.

      De plus, les compagnies américaines que vous dénoncez, et bien nous en sommes actionnaires: via des fonds de placement, des fonds de retraite, etc. et l'argent des profits retournent aussi au Québec. D'où viennent une partie des rendements de la caisse de dépôts et des épargnants à votre avis?

      Et oui, c'est un principe économique - créer de nouveaux services (exemple: hôtel, spa, construction, etc.) crée de la valeur!

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 10 février 2015 17 h 00

      @ M. Methot

      "créer de nouveaux services [...] crée de la valeur!"

      Superbe exemple de la mythologie libérale (au sens économique). Alors, plutôt que de couper, il faudrait que le gouvernement crée des hôtels, spas, ponts, écoles, magasins, puisqu'à chaque fois de la richesse sera "créée" ex nihilo et on pourra commercer, summum de notre civilisation.

      Bien essayé tout de même.

  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 10 février 2015 10 h 02

    Fernandès a tellement raison

    C'est pas parce que Montréal et Québec sont devenus un état dans l'État dans l'État que tous les projets coûteux vont maintenant marcher !

    On est en aus-té-ri-té ! Les commerces de détails ferment à toutes les semaines. Le marché change et devient plus «virtuel». Et dans toutes les banlieues, il y a de plus en plus de gens qui se refusent désormais à traverser les ponts. (Encore bien moins quand faudra payer à nous seuls, les Québécois, le pont Champlain, voie internationale...!) Vous allez les trouver où vos clients ?

    Bref, ce sera un flop. C'est désolant. Juste au moment où dans les régions, on songe à se séparer nous aussi... Car, en plus la tourmente s'annonce.

    • Richard Coulombe - Inscrit 10 février 2015 11 h 21

      Les commerces et restaurants de l'île sont en eau trouble. Vrai, là où on fait la guerre aux automobilistes, consciemment (Plateau) ou inconsciemment (travaux mal coordonnés qui n'en finissent plus). Mais même sur l'île, les grand centres faciles d'accès avec stationnement gratuit (je pense au Fairview ou au Anjou), les stationnement débordent. Faites la guerre à l'auto, mais vivez avec les conséquences. Personne ne va faire ses emplètes ou ne va au restaurant en métro ou en autobus.

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2015 13 h 42

      Monsieur Coulombe,
      Je fais mes emplettes et je vais au resto à pied ou en autobus. Alors, les généralisations...

    • Martin Gingras - Inscrit 10 février 2015 16 h 35

      Bien evidement puisque vous faites vos petites courses a pieds ou en autobus, tout le monde le fait. Et si tout le monde ne le fait pas, tout le monde devrait le faire. Je trouve ca bien triste de voir tous ces gens ici qui detestent les automobilistes alors que c est grace a eux qu'on a tous ce qu'on a. Imaginez vous perdre toutes ces taxes sur l essence...Ne roulez pas trop votre voiture mais donnez nous toutes ces taxes sur vos plaques, pieces, entretiens, essence, permis assurances, contribution etc etc et....etc. C est de l hypocrisie.

      Le plus triste dans toute cette haine envers les autos, c est que quand on manque d'argent, on regarde les automobilistes et on leur dit...desole les amis, donnez nous plus d'argent encore...Mais on vous deteste et vous etes le cancer.

    • Benoit Fournier - Inscrit 10 février 2015 19 h 20

      Je fais mon épicerie à vélo hiver comme été. Avec le sourire en plus!

  • Claude Lafontaine - Abonné 10 février 2015 18 h 22

    Une Île, une ville

    Si les expériences des autres villes nord-américaines qui ont retenu cette formule de mégacentre d'achat semblable à celui-ci s'est avérée désastreuse pour l'économie et l'allure de ces villes, pourquoi mettre le pied là-dedans ? À qui ça profitera ? Est-ce qu'on peut qualifier ça de développement durable ?

    À laisser les investisseurs planifier le développement d'une ville en considérant uniquement ce qui les préoccupe eux : "la rentabilité économique de leurs investissement" les élus qui permettent / supportent ce genre de projet ne travaillent pas dans l'intérêt des collectivités qu'ils représentent.

    Si Montéal était "une Île, une ville" les chances que son développement se fasse de façon plus harmonineuse seraient meilleures à mon avis, mais les guerres de clochers et les politicailleux ont fait en sorte que ça n'arrive pas en défaisant malheureusemeent ce qui avait été amorcé dans ce sens là, comme résultat la cacophonie autour de ce projet par exemple.