Plaidoyer en faveur de passages à niveau

De nombreux citoyens préfèrent traverser les voies ferrées, même si le Canadien Pacifique l’interdit, plutôt que d’emprunter les viaducs, qui rallongent la route et inspirent un sentiment d’insécurité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De nombreux citoyens préfèrent traverser les voies ferrées, même si le Canadien Pacifique l’interdit, plutôt que d’emprunter les viaducs, qui rallongent la route et inspirent un sentiment d’insécurité.

Alors qu’elle contestait un constat d’infraction de 146 $ reçu pour avoir circulé à pied près des rails du Canadien Pacifique (CP), Nathalie Casemajor s’est livrée mardi, devant la cour, à un plaidoyer en faveur de l’aménagement d’un passage à niveau sur les voies ferrées qui séparent le Plateau-Mont-Royal et Rosemont–La Petite-Patrie.

Le 26 février 2011, Nathalie Casemajor, une résidante du Plateau-Mont-Royal, s’est fait intercepter par un policier du Canadien Pacifique qui lui a remis un constat d‘infraction de 146 $.

Devant Louis Duguay, juge de la Cour du Québec, Nathalie Casemajor a plaidé qu’elle avait une « excuse légitime » pour s’être retrouvée sur le terrain du CP dans le secteur du Mile-End. Comme de nombreux citoyens, elle préfère traverser les voies ferrées, même si le CP l’interdit, plutôt que d’emprunter le viaduc de la rue Saint-Denis, qui, en plus de lui imposer un détour d’une vingtaine de minutes, lui inspire un sentiment d’insécurité. C’est d’ailleurs sous le viaduc Saint-Denis que la cycliste Mathilde Blais a perdu la vie, a-t-elle rappelé.

Mme Casemajor, qui a cofondé le Collectif pour les passages à niveau, a fait valoir qu’il n’était pas raisonnable de la part du CP d’obliger les citoyens à faire un détour de 900 mètres pour franchir une distance de 10 mètres. De nombreux citoyens du Plateau optent donc pour l’illégalité quand ils se rendent au métro Rosemont, a-t-elle dit.

Le jour où elle a reçu un constat d’infraction d’un policier du CP, Nathalie Casemajor prenait des photos du site pour documenter un dossier visant à inciter les élus municipaux à réclamer du CP l’aménagement d’un passage à niveau — semblable à celui de Boucherville — afin que les piétons et les cyclistes puissent circuler de façon sécuritaire et légale entre le Plateau-Mont-Royal et Rosemont–La Petite-Patrie.

Deux policiers du CP sont d’ailleurs venus confirmer devant le tribunal que les clôtures qui bordent les voies ferrées étaient constamment endommagées par des piétons qui traversent les voies malgré l’interdiction. Les réparations sont éphémères, car dans les heures qui suivent, des brèches réapparaissent dans la clôture, ont-ils expliqué.

Une longue bataille

Cela fait des années que la Ville de Montréal tente de convaincre le CP d’aménager des passages à niveau, mais l’entreprise ferroviaire refuse net, invoquant des enjeux de sécurité. Malgré la menace de constats d’infraction, des centaines de citoyens continuent de traverser les rails chaque jour.

Appelé comme témoin, le conseiller du Mile-End, Richard Ryan, a expliqué au juge le concept de « ligne de désir », expression consacrée désignant le chemin que les piétons utilisent d’instinct pour se rendre du point A au point B, malgré les obstacles mis devant eux pour les en dissuader.

Un décompte effectué le 10 mai 2012, dans le cadre d’une étude réalisée pour le compte de la Ville, avait dénombré le passage de 289 piétons et de 81 cyclistes entre 7 heures et 19 heures, a-t-il relaté. L’étude avait par ailleurs recommandé l’aménagement de six passages à niveau le long de la ligne du CP.

Le conseiller Ryan a rappelé que, en 2011, l’ex-directeur général de la Ville, Louis Roquet, avait fait une demande formelle auprès du CP, mais sans succès. Le litige est maintenant devant l’Office des transports du Canada, qui devra trancher.

Les audiences se poursuivront le 16 mars et la défense fera entendre deux témoins experts, soit le Dr Patrick Morency, médecin spécialisé en santé publique, et Jean Décarie, urbaniste à la retraite de la Ville de Montréal.

9 commentaires
  • Michel Lemay - Inscrit 4 février 2015 02 h 21

    lutte citoyenne

    Bravo Madame Casemajor.
    La conviction personnelle est le véritable moteur de la démocratie

  • Richard Bérubé - Inscrit 4 février 2015 06 h 43

    Ces lois qui datent du début du chemin de fer!

    Rappellez-vous des supers pouvoirs de ces compagnies de chemin de fer depuis leur création, et bien ces compagnies continuent à vouloir règner en maitre partout ou elles passent...je conviens que se trouver très près des voies ferrées est absolument dangereux, mais d'installer un système de barrières avec lumières comme il en existe aux croisements des routes pour automobiles (passages à niveau) serait probablement très interessant sans avoir un coût financier trop prohibitif, aux endroits désignés par les parties impliquées...

    • Jacques Moreau - Inscrit 4 février 2015 22 h 12

      J'ai la drôle d'impression que quand les chemins de fer ont été construits, on voulait qu'ils déservent "nos villes", et qu'ils ont été construit en bordure des villes. Pas leur fautes si les villes se sont étendue, et que maintenant ils se trouvent en plein milieux des villes et villages. Je comprend bien que le piéton a préséance et que le train doit s'arrêter pour le laisser passer, mais faudrait que le piéton accorde l'espace requis pour arrêter le train (Lois de la physique).

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 4 février 2015 08 h 45

    dangereux?

    Voyons donc! Cessez de voir des dangers partout!
    En Inde 300 millions de personnes habitent à trois pieds de les voies ferrée, et il n'a pas plus d'accident là, que partout ailleurs au monde...

    • Jacques Moreau - Inscrit 4 février 2015 22 h 17

      Et ça existe aussi au Canada ces villages ou le train circule très près des villageois. Pas de clôture, et pas de police, et il est rare qu'on entende parler de personnes ou enfant écrasé par les trains. Information censurée peut-être?

  • Sylvain Auclair - Abonné 4 février 2015 08 h 53

    Raisons de sécurité?

    Combien de collisions entre un train et un piéton se trouvant illégalement sur une voie a-t-on recensées à Montréal ces dix dernières années? La seule dont je me souvienne (mais elle date peut-être de plus de dix ans) a eu lieu... à une gare.

  • Jean Richard - Abonné 4 février 2015 09 h 00

    Le CP, une entreprise voyou

    L'arrogance du CP dans cette affaire n'a qu'un nom : le mépris.

    Pourquoi un passage à niveau pour vélos et piétons est-il acceptable sur Crémazie (à l'est du Marché central) mais pas au bout de Henri-Julien ou près de la rue Saint-Hubert ?

    Le CP s'en fout d'enclaver la ville comme il le fait.

    Mais par dessus tout, il y a le gouvernement fédéral, celui qui pourrait trancher mais qui ne le fait pas. Il est probable qu'un problème identique aurait mené à une solution acceptable s'il s'était présenté à Ottawa ou à Toronto, mais à Montréal...

    Et, bien sûr, la Ville de Montréal a mené mollement cette affaire – qui dure pourtant depuis plusieurs années.

    • Daniel Bérubé - Abonné 4 février 2015 11 h 00

      À moins que le CP attende le bon moment pour annoncer une bonne nouvelle... (élections)