Montréal dévoile l’étendue de ses ambitions

La stratégie présentée jeudi par l’administration Coderre prévoit des investissements de 23 millions de dollars sur trois ans.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La stratégie présentée jeudi par l’administration Coderre prévoit des investissements de 23 millions de dollars sur trois ans.

Dans la salle, l’accès aux réseaux Internet sans fil de la municipalité ne fonctionnait pas. C’est toutefois là que l’administration Coderre a dévoilé jeudi matin, en grande pompe, sa stratégie 2014-2017 pour faire de Montréal la ville le plus intelligente et la plus numérique au monde d’ici deux ans. Son plan repose en partie sur le déploiement de l’Internet sans fil gratuitement partout sur le territoire de la ville, de la fibre optique dans chaque résidence et sur une « libération apolitique » de données ouvertes. 23 millions de dollars vont être consacrés à cette mutation majeure sur trois ans. C’est cinq fois le montant consacré au colmatage des nids de poule pour 2015.

« C’est une très grande journée pour Montréal, a indiqué Harout Chitilian, responsable des technologies de l’information et de la Ville intelligente au comité exécutif. Montréal est déjà une ville intelligente et numérique, mais elle va le devenir davantage ».

En substance, la stratégie vise à accroître la qualité de la bande passante — la capacité du tuyau par lequel les données numériques circulent — sur l’ensemble de l’île de Montréal. Comment ? En étendant l’accès aux réseaux Wi-Fi gratuits, mais également en encourageant la multiplication de la fibre optique — la Cadillac pour circuler sur le Net — dans les quartiers résidentiels. La Ville ne chiffre pas cet engagement, mais dit vouloir agir comme levier pour encourager la communauté tout comme le secteur privé à prendre en charge ce développement.

À titre d’exemple, depuis 2003, l’organisme Île sans fil tente de généraliser l’accès gratuit à Internet sur le territoire, avec un résultat pour le moins modeste. En 13 ans, à peine 260 points d’accès ont été créés, couvrant une infime partie du territoire de la ville.

L’administration Coderre met également la gestion en temps réel de la mobilité des citoyens au coeur de sa stratégie pour 2017. Cela comprend la mise en commun d’informations sur le déplacement des autobus, des vélos ou voitures en libre partage, sur la disponibilité de places de stationnement… La Ville compte également sur la refonte de son architecture numérique — ordinateurs et logiciels — afin de favoriser le partage d’information et la création de services numériques pour les citoyens.

Des services localisés

« Les sondages l’indiquent, dit M. Chitilian, 60 % de la population trouve que la Ville n’offre pas assez de services en ligne. » La création d’outils offrant des services localisés, comme l’application INFO-Neige MTL permettant de suivre presque en temps réel le déneigement dans une poignée d’arrondissements, devrait être encouragée à l’avenir par la Ville, qui souhaite libérer plus de données ouvertes, mais également s’assurer que ces données soient pertinentes et « valorisées pour faciliter la visualisation, l’analyse et l’interprétation » par les citoyens.

Stéphane Goyette, directeur du Bureau de la ville intelligente et numérique (BVIN), reconnaît qu’« un changement de culture est important dans l’administration publique » pour concrétiser ce plan, a-t-il indiqué au Devoir. Changement en cours et qui va se poursuivre de manière progressive, ajoute-t-il.

Cet idéal numérique est exposé par Montréal quelques mois après le renouvellement de plusieurs contrats informatiques qui ont favorisé l’acquisition par la ville de systèmes numériques privatifs et coûteux, comme les systèmes Windows 7 et les suites Office de Microsoft, aux dépens du logiciel libre que l’administration Coderre dit pourtant vouloir favoriser dans sa ville intelligente, mais n’a pas envisagé dans l’octroi de ces contrats, a fait remarquer jeudi Marc-André Gadoury, leader parlementaire du parti d’opposition Projet Montréal. « Il n’y a rien de très impressionnant dans cette stratégie 2014-2017 présentée en 2015, soit un an après son adoption. » Preuve, selon lui, que la Ville est finalement en retard sur la modernité.

2 commentaires
  • Robert Léger - Inscrit 30 janvier 2015 08 h 45

    île sans fil : des résultats modestes.

    Vous êtes très généreux en affirmant que l'organisme Île sans fil a obtenu des résultats modestes jusqu'ici. Il n'y a pas de progression depuis de nombreuses années et une bonne proportion des points d'accès ne sont même pas opérationnels.

  • Jean Richard - Abonné 30 janvier 2015 10 h 56

    Des mots qui font sourire

    M. Coderre sait-il de quoi il parle quand il nous lance ces propos à saveur de bonbons en période électorale ?

    2017, c'est dans deux ans. Deux ans, c'est vite passé et quand on sait à quelle vitesse les choses évoluent, on peut rester très sceptique face aux ambitions de notre maire.

    Le monde des communications internet autres que celles très coûteuses du cellulaire est contrôlé par deux géants, un qui utilise encore une technologie en fin de carrière, le gros câble coaxial, et l'autre qui raboute des pans de réseau de cuivre, un réseau délabré, avec la fibre optique, raboutage pas toujours réussi. Et il ne faut pas se leurrer, les petits fournisseurs sont clients des géants. Ainsi, ils ne pourront vous offrir mieux que le géant lui-même.

    Le client, le Montréalais lambada, on lui offre quoi ? Pour 60 $ et plus par mois, il navigue à une vitesse digne de la fin des années 90, une vitesse qui cause souvent des interruptions lorsqu'il est question de faire autre chose que lire des courriels. Et pour ce montant minimal, on lui offre une capacité de tout au plus quelques dizaines de Go par mois, capacité qui sera vite dépassée si on se permet un peu de webtélé ou de films HD. Le dépassement de ces maigres cotas se traduira par des suppléments vertigineux sur la facture à la fin du mois.

    Si on comparait l'internet au réseau d'eau potable, nous aurions de l'eau qui sort des robinets comme un maigre filet, nous devrions éviter les douches et les bains de crainte d'une dissuasive surfacturation, et il faudrait s'attendre à des coupures de cette eau en plein milieu d'une douche.

    Comment M. le maire fera-t-il pour que d'ici deux ans, l'information circule aussi efficacement dans la fibre optique que l'eau potable dans le réseau de la ville ? Fera-t-il comme le frère André, des miracles ?

    Rappelez-vous des belles promesses de la carte Opus. Or, après plusieurs années, on est toujours incapables d'acheter des titres de transport à partir de chez soi... Incroyab