L’appui de Montréal à un déjeuner religieux dérange

Cette controverse survient alors qu’en début d’après-midi, mercredi, le maire Coderre accueillait à l’hôtel de ville une vingtaine de leaders religieux représentant les confessions chrétienne, musulmane, juive et sikhe.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Cette controverse survient alors qu’en début d’après-midi, mercredi, le maire Coderre accueillait à l’hôtel de ville une vingtaine de leaders religieux représentant les confessions chrétienne, musulmane, juive et sikhe.

Alors que le maire Denis Coderre recevait, mercredi à l’hôtel de ville, près d’une vingtaine de leaders spirituels de diverses confessions, des élus se questionnent sur l’appui accordé par la Ville de Montréal à un événement à caractère religieux qui réunira des gens d’affaires au printemps.

Le 2 avril prochain, des dirigeants d’entreprises et « chefs de file » se retrouveront à l’hôtel Reine Élizabeth pour un « Déjeuner fraternité et prière ». L’événement est organisé par la Fondation A.D.V. dirigée par l’homme d’affaires J.-Robert Ouimet, président du conseil d’administration de Holding O.C.B. (Ouimet-Cordon Bleu), un chef d’entreprise qui n’a jamais caché sa foi catholique.

La journée débutera avec un « partage de la parole de Dieu » qu’animera le cardinal Gérald C. Lacroix, archevêque de Québec. Un déjeuner suivra avec des prières, prononcées par Louis Roquet, président du CA d’Investissement Québec, et par Thomas d’Aquino, président du CA du Musée des beaux-arts du Canada. Les participants auront aussi droit aux témoignages personnels de David Johnston, gouverneur général du Canada, et de Paul Desmarais fils, président du conseil et cochef de la direction de Power Corporation.

« Ces rencontres se déroulent dans la plus grande simplicité, sans table d’honneur et sans aucun applaudissement. Elles sont un témoignage discret de la confiance que nous avons en Dieu, Notre Père, notre meilleur Ami, notre Ami le plus fidèle », souligne le dépliant d’invitation.

Un logo qui dérange

L’événement s’appuie sur une tradition qui remonte à 1971. Au fil des ans, ces déjeuners ont notamment été coprésidés par les ex-maires Jean Drapeau et Gérald Tremblay. « En l’absence de Denis Coderre », le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, sera présent le 2 avril prochain.

L’invitation, qui a été envoyée aux élus municipaux, arbore le logo de la Ville de Montréal, ce qui dérange plusieurs d’entre eux. « On est censé avoir une séparation entre l’Église et l’État dans notre système démocratique », estime le conseiller de Projet Montréal Alex Norris. « Il est totalement inapproprié que le logo de la Ville soit utilisé pour promouvoir un événement à caractère religieux. Tout élu a le droit de participer à une activité religieuse et d’afficher sa foi à titre personnel, mais pas au nom de la municipalité », dit-il.

Au cabinet de Denis Coderre, on signale que la Ville de Montréal ne verse pas de contribution financière pour cet événement, mais qu’on ne voyait pas d’inconvénient à ce que son logo soit utilisé. L’association entre la Ville et la fondation s’inscrit dans une tradition qui remonte à plusieurs décennies, a-t-on fait valoir. « L’utilisation du logo a été autorisée parce que M. Desrochers participe à la rencontre, mais il n’y a pas de financement par la Ville de Montréal », a expliqué Catherine Maurice, attachée de presse du maire Coderre.

 

« Ce n’est pas une commandite », confirme Lorraine Felton, une bénévole de la Fondation A.D.V., au sujet du logo de la Ville de Montréal. « La Ville nous a donné l’autorisation [d’utiliser le logo], mais [l’événement] n’a rien à voir avec la Ville de Montréal », a-t-elle reconnu.

À l’instar d’Alex Norris, la conseillère indépendante d’Outremont, Céline Forget, trouve inapproprié que la Ville soit associée à l’événement. Selon elle, la présence du logo de la Ville prête à confusion, d’autant que l’invitation n’explique pas clairement le rôle joué par la Ville ni ce qu’est la Fondation A.D.V. « Je trouve qu’une ville doit faire attention à l’utilisation de son logo. Il ne s’agit pas nécessairement d’une mauvaise fondation, mais ça n’a rien à voir avec la Ville de Montréal. »

Symbole

Cette controverse survient alors qu’en début d’après-midi, mercredi, le maire Coderre accueillait à l’hôtel de ville une vingtaine de leaders religieux représentant les confessions chrétienne, musulmane, juive et sikhe. Le maire a soutenu que dans la foulée des gestes de violence commis en France, notamment à Charlie Hebdo, il importait de présenter un front uni pour dénoncer l’intégrisme et le fanatisme. « C’est un symbole très important », a-t-il dit à l’issue de la rencontre.

Un comité informel sera mis sur pied pour maintenir la communication entre la Ville et les leaders religieux et deux ou trois rencontres auront lieu chaque année, a expliqué M. Coderre. Montréal n’est pas à l’abri des attentats, a reconnu le maire. « Mais on n’est pas en mode panique. On est en mode communication et ouverture », a-t-il affirmé.

50 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 29 janvier 2015 02 h 06

    Chose certaine...

    Si des mises au point sont à faire sur les limites, à savoir où se situe les lignes de liberté des uns vs les droits des autres, et quantité d'autres points sur le sujet religieux, il vaut beaucoup mieux le faire au moment où le dialogue est possible et beaucoup plus facile, que tenter de le faire après que des évènements malheureux se soient produit et rendent le dialogue difficile et sous l'effet d'émotions. Surtout que la chose ne débute pas mais existe depuis les années '70!

    Ne pourrait-on pas y voir une autre particuliarité de la culture Québécoise, ouverte au dialogue et au partage d'opinions, au respect des autres dans la diversité, mais sachant aussi qu'elle a une liberté culturelle a défendre et auquel elle tient "mordicus", tout en étant prête à acceuillir tous ceux et celles étant prête à l'adopter dans son intégralité (culture).

    Et je crois qu'il sera facile de s'entendre (au conseil de ville de Montréal), à savoir si pour les rencontres qui vont suivre, le logo de la ville doit y être enlevé.

    Mais chose certaine, le dialogue, et ce dans un climat de respect mutuel et de partage, elle la meilleure arme... de paix.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 29 janvier 2015 07 h 05

      Oui, bien qu'athée je suis assez d'acord avec votre commentaire. Sauf que le dialogue dans un climat de paix et de respect mutuel, c'est un peu étroit comme vision, et le respect de l'autre ne saurait être réduit au religieux.

      C'est bien beau la religion mais quand on fait venir ici des immigrants fortement instruits avec un passé en témoignant et qui se retrouvent sur l'aide sociale, amenés à se demander ce qu'il arrivera de leurs enfants plus tard, mais se questionnant aussi sur comment leurs enfants perçoivent cette situation et comment eux même sont considérés par leurs paires, on ne peux que réaliser que le dialogue est affecté sinon absent, le partage inexistant et la paix sans aucun doute menacée à court ou long terme.

      Oui, c'est bien beau la religion, mais ce n'est pas ce qui nous donne une vie honorable, un avenir réjouissant. D"ailleurs les religions n'ont-elles pas été longtemps source de guerre? - y compris les religions chrétiennes?

    • Johanne St-Amour - Abonnée 29 janvier 2015 08 h 16

      Les religions: un des derniers remparts du patriarcat! À voir ces représentants masculins de congrégations religieuses qui interdisent aux femmes le sacerdoce ou tout autre statut dominant, force est de constater qu'on a encore du chemin à faire avant d'accéder à une réelle égalité.

      Si on ne peut changer les lois des religions afin qu'elles cessent leurs pratiques discriminatoires, les représentants politiques ne sont pas obligés de s'y associer!

      J'espère sincèrement que le présent débat sur la laïcité fera enfin prendre conscience de cette incongruité. Et que par le fait même, tous privilèges, subventions ou "accointances" cesseront!

    • Christian Fleitz - Inscrit 29 janvier 2015 10 h 06

      @Céline A. Massicotte- Vous avez parfaitement raison, ''la religion ne se mange pas en salade''... Il faudrait que les conditions d'accueil et d'insertion y compris professionnelle soit suffisante pour éviter que le religion devienne une béquille pour supporter la vie, au lieu de vivre celle-ci.

    • ginette lamontagne - Inscrite 29 janvier 2015 14 h 54

      les religieux n'ont pas leur place. La religion est une affaire personnelle qui n'a pas a etre imposee sur la place publique.
      Honteux de voir les politiques a leur pieds.
      G lamontagne

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 29 janvier 2015 15 h 44

      M. Fleitz, les gens qui immigrent au Canada le font de leur propre initiative. Ils soumettent leur demande, se conforment aux procédures, mais aucune garantie n'est faite qu'en à leur chance de réussite professionnelle et d'insertion. Tout comme les citoyens canadiens qui investissent dans des études très onéreuses parfois, sans aucune garantie de décrocher l'emploi qu'ils méritent et dans leur champ de spécialisation. Ou encore, les salariés qui changent d'emploi et perdent leur nouvel emploi peu de temps après et se retrouve sur le chômage. TOUS les travailleurs du monde entier vivent dans l'insécurité et une certaine précarité. De croire que nous l'extrémisme trouve sa source dans la frustration des nouveaux arrivants face aux défis d'une nouvelle vie qu'ils ont choisie de leur propre gré est erroné et ce raisonnement néglige le reste de la population qui fait face aux mêmes défis professionnels et économiques.

  • Marcel Bernier - Inscrit 29 janvier 2015 03 h 07

    Les dieux sont avec nous...

    Belle brochette de libéraux qui ne se défilent pas, et prouvent, sans coup férir, que l'instrumentation du sentiment religieux à des fins politiques et économiques est toujours payante.
    De plus, n'est-ce pas une belle opportunité de réaffirmer devant l'ensemble de la communauté montréalaise que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu.
    Et puis, au diable, ceux et celles de nos concitoyens et de nos concitoyennes montréalais qui sont du parti de l'humanisme athée et agnostique: la liberté de conscience doit céder face aux puissances de l'argent et à l'avidité du pouvoir.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 29 janvier 2015 11 h 32

      En effet,

      De plus, la religion catholique considère le vol, l'escroquerie, les malversations, l'exploitation des autres, la manipulation des peuples et le mépris des infortunés comme des tares graves. Tout compte fait, ces riches croyants libéraux devraient plutôt organiser des confessions massives assorties de processions de pénitences et de demande de pardon vêtus de bure avec cendres sur la tête. Mais comme ces aveux ne sont pardonnés qu'à ceux qui jurent de ne jamais recommencer, je doute qu'ils obtiennent l'absolution, du moins, du grand Patron.

    • Francois Cossette - Inscrit 29 janvier 2015 12 h 12

      Mettez un kodak et une occasion de ramasser 2 ou 3 votes et vous allez voir arriver coderre. Pathétique que de voir cela. Ce personnage est vraiment le pire arriviste qu'on pouvait avoir.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 30 janvier 2015 03 h 46

      À Mme Lapierre

      "les gens qui immigrent au Canada le font de leur propre initiative. Ils soumettent leur demande, se conforment aux procédures, mais aucune garantie n'est faite qu'en à leur chance de réussite professionnelle et d'insertion." De leur propre initiative: facile à dire! Ceux ci viennent ici souvent pour fuir des dictatures souvent doubles, politiques et religieuses, ou pour donner à leurs enfants un véritable avenir et non pas une copie conforme de leur misère.

      Vous ignorez, volontairement ou non, deux choses: premièrement dans son commentaire M. Fleitz, qui me répondait, ne parlait pas du Canada mais bien du Québec, et en ce qui concerne la situation pénible des immigrants, majoritairement du Maghreb, confirmée par diverses intences, médias etc. et telle que M. Fleitz et moi la soumettons ici.

      De plus, il y a un certain bout de temps un immigrant qui n'arrivait pas lui non plus à se trouver d'emploi fit l'expérience suivante qui fut très concluante: il envoya deux c-v dans diverses compagnies, l'un au nom d'un immigrant et l'autre d'un de souche, et ceux du de souche furent acceptés et les autres systématiquement refusés, preuves irréfutables. Cela fut rapporté dans le Devoir, entre autres. Conclusion, vous (et quelques autres ici), refusez une réalité qui vous déplaît car elle donne du Québec un visage que vous refusez de voir. Il serait temps que vous ouvriez les yeux. Et en passant, je m'excuse, mais... le zéro que vous décrochez ici maintenant, entre vous et moi est bien mérité.

  • Philippe Wuidart - Abonné 29 janvier 2015 05 h 16

    A.D.V. ??

    Quelle est cette Fondation ? La Ville de Montréal n'a pas à être associée de quelque façon, par son logo en l'occurence, à un évènement dans lequel le milieu des affaires semble vouloir faire état de son appartenance religieuse (confiance en Dieu, notre père, ami, etc.). Je ne vois pas bien ce que Dieu vient faire dans une réunion d'affaires...

    • Claude FRÉGEAU - Inscrit 29 janvier 2015 10 h 04

      Il est impossible de renier nos racines à ce point. On a beau se dire athé ou agnostique, il n'en demeure pas moins qu'il y a une croix lumineuse qui domine le Mont-Royal depuis belle lurette.
      Le drapeau de la ville de Montréal contient une grande croix rouge. Le drapeau du Québec contient une grande croix blanche.
      L'hymne national contient des phrases peu équivoques: "Sous l'oeil de Dieu, près du fleuve géant...", "Car ton bras sait porter l'épée,
      Il sait porter la croix!", "Et ta valeur, de foi trempée," etc..., Le drapeau britannique, qui est un quartier du drapeau Ontarien, entre autres, contient une multitudes de croix superposées: croix de St-Georges, de St André (Écossais), de St-Patrick (Irlandais), tous ces canadiens immigrants qui ont peuplé cette colonie il y a plusieurs centenaires. Et que dire de nos villes et villages, doit-on débaptiser St-Henri, St-Colomban? Et nos montagnes, St-Hilaire, St-Sauveur, Ste-Anne...? Et nos fleuves et rivières: "St-Laurent, St-François, St-Maurice...?
      Bonne chance à celle ou celui qui veut renier et changer tout ça. On ne saurait ré-écrire l'histoire, on ne peut pas changer nos origines ni renier nos ancêtres, nos géniteurs. On a le droit de ne pas être d'accord, mais on doit se souvenir et respecter nos origines et nos aieux, qui ont tout donné pour que nous puissions vivre dans un monde libre et paisible, sans lesquels nous n'existerions pas!
      Réflexion, réflexion et respect.

    • Chantal Gagné - Abonnée 29 janvier 2015 13 h 50

      M.Frégault, ce que vous dites est vrai, nous sommes issus majoritairement de peuples chrétiens, mais ce n'est pas une raison pour oublier que religion et politique doivent vivre séparé. Le logo de la ville de Montréal n'a pas à apparaître sur des dépliants de rencontres parareligieuses.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 janvier 2015 14 h 26

      On ne parle pas de nier notre passé, monsieur Frégeau, mais de cesser de tout mélanger dans l'avenir. (En passant, la croix de Saint-George est aussi la base du drapeau de Montréal.)

  • Bernard Terreault - Abonné 29 janvier 2015 07 h 42

    Manque de représentativité

    Le maire Coderre aurait dû inviter aussi le président de la ligue athée et le chef du regroupement des sceptiques, et pourquoi pas les adorateurs de Satan. Et aussi les chefs des associations de banquiers, des économistes et du PLQ, qui n'ont pas d'autre Dieu que l'argent.

  • Hélène Gervais - Abonnée 29 janvier 2015 07 h 44

    C'est une bonne idée mais ...

    Ça me chicotte un peu, pas pour le logo en ce qui me concerne, mais pour la séparation entre le religieux et le civil. Qu'il y ait des rencontres et du dialogue entre les chefs spirituels de diverses obédiences, je n'ai rien contre, au contraire, mais attention à ce que le religieux ne vienne pas prendre la place du droit civil des individus.