Les trottoirs glacés expédient plusieurs Montréalais à l’hôpital

Les sels de déglaçage perdent en efficacité lorsque le mercure descend sous les -10 degrés Celsius. La Ville a donc utilisé la pierre concassée lundi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les sels de déglaçage perdent en efficacité lorsque le mercure descend sous les -10 degrés Celsius. La Ville a donc utilisé la pierre concassée lundi.

Alors que les trottoirs s’étaient transformés en patinoires, expédiant plusieurs piétons dans les services d’urgence des hôpitaux, la Ville de Montréal s’est affairée, lundi, à les déglacer. Mais les opérations d’épandage d’abrasifs et de fondants ont connu un succès limité, compte tenu du froid qui persiste.

Le verglas et le vent ont également entraîné la chute de nombreuses branches un peu partout sur le territoire, sans toutefois causer autant de dégâts qu’en 1998.

« Les écarts de température ainsi que la combinaison de neige, de pluie et verglas ont complexifié les opérations pour les employés », a indiqué le porte-parole de la Ville de Montréal, Philippe Sabourin.

Les sels de déglaçage perdent beaucoup d’efficacité en bas de -10 degrés Celsius, a-t-il précisé. « Il a fallu changer notre stratégie. À des températures comme ce matin, à -15 degrés, on a dû utiliser 90 % de pierre concassée et 10 % de fondants », a-t-il expliqué.

Sur le territoire des 19 arrondissements, 90 chenillettes ont été mobilisées afin de poursuivre l’épandage d’abrasifs au cours des prochaines journées, d’autant que d’autres nuits froides, avec un mercure oscillant autour de -20 °C, sont prévues d’ici la fin de la semaine.

Le maire Denis Coderre a pressé les Montréalais de faire preuve de patience. « Il y a eu une fluctuation [de température] de 20 degrés, si ce n’est pas plus. Je demande aux gens d’être patients. […] On travaille tous ensemble. »

Parallèlement aux opérations de déglaçage, la Ville a poursuivi le déneigement et le chargement de la neige.


Piétons blessés

Déjà aux prises avec une recrudescence des cas de grippe, les hôpitaux montréalais ont dû composer avec une hausse du nombre de piétons blessés à la suite d’une vilaine chute sur les trottoirs glissants. À l’Hôpital général de Montréal, le directeur du programme de traumatologie, le Dr Tarek Razek, a dénombré une quarantaine de cas de blessure importante liés aux chutes sur les trottoirs, de dimanche à lundi.

Commotions cérébrales, côtes fracturées et hanches brisées font partie des blessures importantes répertoriées. Les fractures d’une côte peuvent avoir des effets dévastateurs pour les personnes âgées, en réduisant la capacité pulmonaire des patients et en entraînant une pneumonie, a rappelé le Dr Razek. « Il y a une mortalité qui peut y être associée », a-t-il dit.

Selon lui, ces blessures peuvent être évitées : « Les jeunes prennent trop de risques et les personnes âgées, qui en prennent aussi, ne s’aperçoivent pas du danger. En voulant sortir pour prendre l’air, on omet de prendre les bonnes bottes », soutient le Dr Razek.

Il s’est toutefois gardé de jeter la pierre à la Ville de Montréal. « Selon moi, c’est une responsabilité partagée. La Ville tente de sécuriser autant que possible les trottoirs, mais ce n’est pas possible de le faire rapidement dans toutes les petites rues et ruelles. C’est la responsabilité de tout le monde de prendre les bonnes décisions. C’est triste, parce que c’est évitable et que, dans certains cas, les séquelles sont vraiment majeures. »

D’autres hôpitaux ont également accueilli des piétons blessés. Lundi midi, les trois établissements du CHUM avaient enregistré près de 25 cas.

Arbres endommagés

Le verglas et le vent ont par ailleurs provoqué de nombreuses chutes de branches. L’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie dit avoir reçu 80 requêtes pour des interventions en rapport avec des branches tombées, mais aucun arbre n’a été couché au sol, a indiqué France Lebrun, chargée de communication à l’arrondissement.

Le Service des parcs de la Ville n’a pas été en mesure de préciser le nombre d’arbres endommagés, car il est trop tôt pour dresser un bilan, mais il a cependant indiqué que Lachine, Rosemont, Le Plateau-Mont-Royal et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve étaient les arrondissements les plus touchés.

La Ville assure que les dommages ne sont pas suffisamment importants pour avoir des impacts sur la santé des arbres.

Si les trottoirs sont glacés, la majorité des patinoires extérieures ne sont pas encore prêtes à accueillir des patineurs. Plusieurs arrondissements ont toutefois promis que celles-ci seraient ouvertes dans les prochains jours.

8 commentaires
  • Jean Laporte - Inscrit 6 janvier 2015 07 h 15

    Crampons....

    Je ne cromprends pas qu'avec les hivers québécois que l'on n'ait pas le réflexe de fixer des crampons à nos bottes....pour 4.99$ on peut courir et faire des pirouettes sur les troitoirs glacés et éviter les premiers soins!

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 janvier 2015 09 h 45

      J'allais le dire. Il y a du verglas chaque année, et la solution est simple.

    • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2015 10 h 19

      Ces crampons amovibles tels qu'ils sont conçus sont loin d'être la panacée aux problèmes du verglas. Ils tiennent mal à plusieurs types de semelles de bottes.

      Mais ce n'est là qu'une partie du problème. Imaginez par exemple que leur usage devienne plus répandu sans que l'on ne change l'environnement dans lequel ils sont utilisés. Imaginez l'état des planchers des autobus de la STM si les dizaines de milliers de Montréalais qui empruntent chaque jour les transports en commun le faisaient en portant des bottes à crampons métalliques. Imaginez la gueule des commerçants si les planchers de leurs boutiques étaient quotidiennement foulés par des milliers de bottes à crampons.

    • Jean Laporte - Inscrit 6 janvier 2015 10 h 39

      Mes crambons sont de bandes élastiques avec attaches velcro...idéal pour toutes les bottes et enlevés facilement. Fini les chutes...et les inconvénients.

    • Sylvie Nault - Inscrite 6 janvier 2015 13 h 53

      Bonjour, pourriez-vous me dire où vous avez acheté ces crampons svp? Merci d'avance, Sylvie de Montréal

    • Jean Laporte - Inscrit 7 janvier 2015 07 h 27

      Mme Nault....J'ai trouvé mes crampons dans une cordonnerie dans un centre commercial dont j'oublie l'emplacement malheureusement, le temps oblige.

  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2015 11 h 04

    Le point de fusion de l'intelligence

    Qu'est-ce qui gèle en premier l'hiver, l'eau ou l'intelligence ? Entendons ici par intelligence la capacité de survivre en maîtrisant les rapports que nous entretenons avec notre environnement.
    Montréal doit composer avec un environnement climatique particulièrement difficile. À mi-chemin entre le pôle nord et l'équateur, elle se retrouve souvent sur ce qu'on pourrait appeler la ligne de front entre les masses d'air froid cherchant à descendre du nord et les masses d'air chaud et humide venant du sud. Ce sont les contrastes de température qui crée l'essentiel des dépressions atmosphériques (et non l'inverse). Plus le constraste est élevé, plus les dépressions sont intenses. À sa position géographique s'ajoute l'orographie à l'échelle continentale. La vallée du Saint-Laurent ressemble à un immense entonnoir ouvert sur les régions froides de l'océan Atlantique.

    Des bordées de neige de 20 centimètres, des épisodes de verglas, de la pluie et des redoux marqués suivis d'écarts de température de plus de 30 °C en moins de 24 heures, ça n'a rien d'anormal à Montréal (ou à Québec). L'environnement climatique de Montréal aurait dû se réfléter dans l'aménagement urbain. Or, c'est loin d'être le cas. Montréal veut ressembler à Miami, à Los Angeles, à San-Fransisco – car on l'a construite à l'été sans penser à l'hiver. C'est peut-être que l'hiver, l'intelligence fait comme l'eau qui franchit son point de fusion, elle se congèle.

    Le climat de Montréal et de Québec suppose un modèle urbain proprement québécois. Or, ce modèle québécois, qu'est-ce qu'on attend pour lui donner naissance ? D'accord, pour certains, c'est suspect un modèle québécois et pourtant, ça fait partie de l'instinct de survie.

    On peut toujours tenter de chasser l'hiver en garrochant des tonnes de sel sur les trottoirs : à -15 °C, ça ne fait que rendre ces derniers plus glissants. Le refus de l'hiver se traduit par une panne de créativité (fut-elle technologique) et un engourdissement de l'intelligence.

  • Douglas Steyr - Inscrit 6 janvier 2015 18 h 11

    Toujours étonné

    Je suis toujours étonné du retour de cette nouvelle, année après année. Un peu comme si l'on nous disait "les routes glacées envoient à l'hôpital, les automobilistes dont les voitures sont chaussés de pneus d'été". Il est de notre devoir de faire en sorte que nos sorties sur les surfaces glacées se fassent dans des conditions sécuritaires. Je me souviens que l'on a crucifié le frère du maire il y a quelques années parce qu'il avait osé nous dire de nous munir de crampons. Pourtant il avait raison sur toute la ligne. Une bonne paire de crampons acheté à petit prix chez Lee Valley ou autre peut vous sauver la vie, pourquoi ne pas le faire? Après tout, lorsqu'il pleut les gens utilisent un parapluie, lorsque la route est enneigée les gens utilisent des pneus à clous...Pourquoi lorsque tout est glacé n'utilise-t-on pas des crampons?