Des bougies pour Jean Doré et son RCM

L’ex-maire de Montréal Jean Doré fêtait aussi son 70e anniversaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’ex-maire de Montréal Jean Doré fêtait aussi son 70e anniversaire.

Plongés brutalement dans l’urgence par l’annonce de la maladie de leur ancien chef, les sympathisants du défunt Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) se sont réunis dimanche pour fêter Jean Doré et inviter les Montréalais à se souvenir des réalisations de leur parti.

« Il aura fallu l’annonce de ma maladie, et le touchant mouvement de sympathie qu’elle a généré, pour que l’on constate à quel point, après la défaite de 1994, rien n’avait été fait pour le bilan de nos réalisations, des changements fondamentaux que le RCM a apportés à Montréal », a regretté l’ancien maire Doré devant quelque 350 anciens partisans, élus et hauts fonctionnaires réunis à l’UQAM pour fêter le 40e anniversaire de fondation du Rassemblement des citoyens de Montréal et les 70 ans de son ancien chef aux prises aujourd’hui avec un cancer grave.

Accompagné de sa famille et guidé précautionneusement à travers la foule jusqu’à l’avant de la salle, l’ancien maire de Montréal de 1986 à 1994 n’a plus eu l’air d’un homme malade aussitôt qu’il a été invité au micro. De la voix ferme et grave qu’on lui connaît, il a rappelé les idéaux démocratiques et progressistes qui ont présidé à la création du RCM, en 1974, mais surtout le bilan de ses huit années de pouvoir après presque trois décennies avec Jean Drapeau à la barre de la ville. Retrouvant ses réflexes de chef de parti, il a salué la contribution des uns et la perspicacité des autres qui l’ont entouré.

Urbanisme

Démocratisation et décentralisation du pouvoir politique, adoption du premier plan général d’urbanisme de la métropole, défense active de la place des femmes et des communautés ethniques à tous les niveaux de l’appareil municipal, revitalisation des quartiers résidentiels et industriels, grands projets d’infrastructures, désenclavement du Vieux-Montréal, amélioration de l’accès au fleuve, à des espaces verts et à des pistes cyclables, développement de logements sociaux, rôle grandissant de la ville sur la scène mondiale… « Les réalisations [ont été] nombreuses. Le RCM a agi sur tous les plans, ce qui lui a valu beaucoup de critiques. Il y avait tant à faire », a souligné à son tour Léa Cousineau, première femme présidente du Comité exécutif de la Ville de Montréal, de 1990 à 1994.

Selon elle, il ne fait pas de doute que cette modernisation de Montréal a été une « véritable révolution tranquille » et que « la part du RCM au développement de la ville n’a pas été suffisamment reconnue. Il fallait sans doute laisser le temps au temps. »

Joyeuses retrouvailles et coeurs serrés

À son ancien chef, elle a dit, les trémolos dans la voix devant un auditoire au coeur serré : « Tu mènes en ce moment l’un de tes plus grands combats. Tu le mènes comme tu as mené les grandes expériences de ta vie : avec lucidité, détermination et courage. »

Sportif et apparemment en pleine santé, Jean Doré a appris au mois d’août qu’il était atteint d’un cancer du pancréas incurable. « Je vis cela avec sérénité, a-t-il déclaré aux journalistes. Je réagis positivement à la chimiothérapie et je souhaite que cela me permette de prolonger ma vie aussi longtemps que possible. »

Grandes retrouvailles, 15 ans après la dissolution définitive du RCM, l’événement de dimanche a été le théâtre de nombreuses embrassades, évocations du passé et discussions à bâtons rompus. On y a eu droit à quelques témoignages, à un hymne interprété par un personnage envoyé par le président du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, et même à un gâteau d’anniversaire.

Sachant Jean Doré rendu extrêmement vulnérable au moindre microbe à cause de ses traitements, son entourage a bien essayé de le garder à distance prudente de la foule. Ils n’ont toutefois rien pu faire contre l’élan de sympathie qui a poussé les gens à se presser autour de lui, à la fin de son discours, pour le saluer en personne, lui parler et le toucher.

« Vous m’avez permis de réussir ma vie au-delà de mes espérances, leur avait-il dit, la seule fois où on l’a vu se laisser submerger par l’émotion. Et honnêtement, je vous en serai toujours reconnaissant. »