Outremont change son règlement sur la «Souccot»

Depuis des années, Outremont permet que ces cabanes temporaires soient érigées pendant quinze jours à l’occasion de la fête de Souccot, l’une des trois fêtes de pèlerinage prescrites par la Torah, qui dure neuf jours, sans préciser de date de début et de fin.
Photo: Christian Aubry Depuis des années, Outremont permet que ces cabanes temporaires soient érigées pendant quinze jours à l’occasion de la fête de Souccot, l’une des trois fêtes de pèlerinage prescrites par la Torah, qui dure neuf jours, sans préciser de date de début et de fin.

« C’est la dernière chose dont Outremont avait besoin ! », a lâché la mairesse Marie Cinq-Mars au début de la séance du conseil d’arrondissement. Des conseillères en ont toutefois décidé autrement : elles ont formellement rouvert le débat sur l’installation de « souccas », ces cabanes construites chaque automne à côté des résidences d’un millier de familles juives hassidiques du quartier. Puis, tard lundi soir, une majorité d’élues d’Outremont a fini par voter en faveur de modifications au règlement, qui encadre plus strictement la construction de souccas.

« Outremont détient désormais le règlement le plus restrictif au monde à l’égard des souccas. Ceci est un outrage », a déclaré la conseillère Mindy Pollak, de Projet Montréal, sous une pluie d’applaudissements. Selon la conseillère, Outremont pourrait désormais être la cible de poursuites en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Depuis des années, l’arrondissement permet que ces abris temporaires soient érigés pendant un total de quinze jours à l’occasion de la fête de Souccot, l’une des trois fêtes de pèlerinage prescrites par la Torah, qui dure neuf jours, et ce sans préciser de date de début et de fin, donnant ainsi le loisir à certaines familles de prendre, par exemple, quatre jours pour construire la soucca puis deux jours pour la démonter, ou vice-versa.

Ce « flou » complique l’application efficace du règlement municipal, faisait valoir plus tôt cette année le service de l’urbanisme de l’arrondissement, proposant d’étendre à 23 jours — sept jours avant, neuf jours pendant et sept jours après — la durée autorisée.

C’était sans compter sur la conseillère Céline Forget, qui a proposé — et obtenu — que l’on limite les délais à trois jours avant et trois jours après la fête.

« Trop peu »

Bien trop peu, selon des citoyens, hassidiques ou non, qui ont souligné que l’an prochain, entre la semaine de travail, le sabbat le samedi et l’interdiction d’effectuer des travaux bruyants les dimanches à Outremont, il serait impossible pour la population hassidique de construire ces cabanes à temps tout en respectant le règlement.

Au long d’un débat houleux ponctué de témoignages poignants de citoyens, les élues en sont arrivées à un certain compromis : le règlement précise désormais que les résidents disposent de « trois jours ouvrables » pour ériger leurs cabanes. Ainsi, même si la fête de Souccot tombe un lundi l’an prochain, les familles pourront construire leur soucca dès le mercredi.

Pour Mindy Pollak, issue de la communauté juive hassidique, il n’en demeure pas moins que le règlement dans sa forme amendée pose problème. « Il n’y a aucune autre ville qui précise avec autant de détail les limites imposées. Cela devient beaucoup moins flexible pour les citoyens », a-t-elle fait valoir.

L’avocat Steven Slimovitch, anciennement président de la section québécoise de l’organisation juive B’Nai Brith, a aussi fait valoir devant l’assemblée que l’arrondissement s’exposait ainsi à des poursuites.

Les délais sont selon lui trop stricts et trop courts. « Quelques heures ne suffisent pas à construire un soucca. C’est une véritable construction : certaines peuvent accueillir vingt à trente personnes. Ça prend pratiquement des dessins d’architectes. On ne peut pas s’attendre à ce que les gens les construisent en deux ou trois heures. »

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