Pas de répit pour les contribuables montréalais

L’administration Coderre veut abolir 2200 postes d’ici 2019.
Photo: Michael Monnier Le Devoir L’administration Coderre veut abolir 2200 postes d’ici 2019.

Les Montréalais ont reçu deux mauvaises nouvelles mercredi : une majorité d’entre eux subiront une hausse de taxes l’an prochain et ils devront payer plus cher pour utiliser les transports en commun. En revanche, le budget déposé par l’administration du maire Coderre mercredi révèle que la Ville de Montréal réduira ses dépenses de 0,3 % en 2015.

Denis Coderre avait promis que la hausse du fardeau fiscal des Montréalais ne dépasserait pas le taux d’inflation de 2 %, c’est pourquoi l’augmentation imposée par la ville centre se limitera à 1,8 % pour le secteur résidentiel — et à 2 % pour le non résidentiel.

Mais les taxes locales décrétées par les arrondissements feront grimper à 2,2 % en moyenne les taxes foncières des Montréalais. Pour une propriété évaluée à 418 480 $, cette hausse correspondra à un montant de 77 $ de plus sur le « compte de taxes ».

Les résidants du Plateau-Mont-Royal sont ceux qui subiront les hausses de taxes les plus importantes avec une augmentation moyenne de 4,5 %, suivis de ceux du Sud-Ouest (4 %), de Rosemont–La Petite-Patrie (3 %) et de LaSalle et Saint-Laurent (2,9 %). Les hausses moyennes les moins élevées seront enregistrées à Montréal-Nord (0,5 %), L’île-Bizard–Sainte-Geneviève et Saint-Léonard, tous deux à 0,9 %.

L’administration Coderre a toutefois réussi à réduire les dépenses de la Ville, une prouesse qui n’avait jamais été réalisée depuis les fusions municipales de 2002.Le budget 2015 s’élèvera donc à 4,88 milliards de dollars, soit une baisse de 0,3 % par rapport à l’année précédente. « C’est la preuve de notre volonté de mettre fin à l’expansion sans limites des budgets municipaux qu’ont vécue les Montréalais durant trop d’années », a fait valoir le maire Coderre.

Denis Coderre a reproché à certains maires d’arrondissement, dont ceux du Plateau-Mont-Royal et du Sud-Ouest, d’être « tombés dans la facilité » en imposant des taxes locales malgré la hausse du rôle foncier.

Transport

L’an prochain, la rémunération globale des employés atteindra 2,4 milliards, soit 49,2 % du budget de la Ville, mais l’administration Coderre soutient avoir réussi à abolir l’équivalent de 410 postes. Rappelons que son objectif est d’abolir 2200 postes d’ici 2019.

En matière de transport, Montréal augmentera sa contribution à la Société de transport de Montréal (STM) de 25 millions, la portant ainsi à 409,1 millions en 2015. La Ville versera par ailleurs un montant de 63,6 millions à l’Agence métropolitaine de transport (AMT) — notamment pour la mise en service du Train de l’Est —, soit 8,5 millions de plus que l’an dernier.

La Ville souligne que les bons rendements des régimes de retraite lui ont permis d’économiser 53 millions depuis 2012, et elle estime à 49 millions les économies supplémentaires que lui procurera l’adoption du projet de loi 3 du gouvernement.

Le chef de l’opposition, Luc Ferrandez, a reconnu l’effort de compression de l’administration Coderre, mais selon lui, la réduction de dépenses provient essentiellement des économies obtenues grâce au projet de loi 3 sur les régimes de retraite.

Il a rejeté les critiques du maire Coderre qui dénonçait l’imposition d’une taxe locale dans l’arrondissement qu’il dirige, le Plateau-Mont-Royal : « La réforme du financement des arrondissements coupe dans les services aux citoyens, mais pour nous, il n’en était pas question. »

M. Ferrandez estime par ailleurs que l’augmentation des investissements prévue par l’administration risque de mettre la Ville à risque face à la corruption et à la collusion, car les coupes d’effectifs limiteront sa capacité à effectuer une surveillance des chantiers.

De son côté, le chef de Coalition Montréal et maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, a souligné que si l’administration était parvenue à réduire les dépenses de la Ville, c’était notamment grâce à la réforme du financement des arrondissements qui a dégarni les budgets de plusieurs d’entre eux.

Lors d’une séance extraordinaire du conseil municipal en après-midi, l’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a donné un appui sans équivoque au budget de l’administration Coderre. « Le 10 décembre, je vais voter pour le budget. Pas parce que je suis obligé en tant que recrue récente du comité exécutif, mais parce que j’ai l’intime conviction que c’est un bon budget », a-t-il affirmé.

Il a même dit que s’il avait été maire, il aurait imposé des mesures encore plus « brusques » pour réformer l’appareil administratif, plaidant en faveur d’un regroupement administratif des arrondissements — « 5 ou 6 unités » au lieu de 19 arrondissements — afin d’éviter la multiplication des postes de directeurs de services à l’échelle de la ville. M. Bergeron a eu droit à des applaudissements nourris de la part des élus de l’équipe Coderre, mais pas de ses anciens collègues de l’opposition.

La STM

De son côté, la Société de transport de Montréal (STM) a décrété une hausse de ses tarifs. À compter du 1er janvier 2015, la carte autobus-métro (CAM) mensuelle passera de 79,50 $ à 82 $, soit une hausse de 3,1 %. La variation est encore plus importante pour la CAM à tarif réduit qui passera de 47,25 $ à 49,25 $, soit un bond de 4,2 %.

Quant au tarif pour un passage ordinaire, qui était gelé à 3 $ depuis 2011, il grimpera à 3,25 $. Le coût du billet à tarif réduit, qui était de 2 $, augmentera à 2,25 $. Pour 10 passages, il en coûtera désormais 26,50 $ au lieu de 25,50 $.

Ces hausses de tarifs surviennent après que les hauts dirigeants de la STM se sont octroyé des hausses de salaire moyennes de 3,9 % en 2014.

L’année a été difficile pour la STM qui avait dû réduire ses services de 3,1 % en 2014, effectuer des compressions et abolir 180 postes.

En 2015, elle bénéficiera d’une contribution accrue de la Ville. Son budget atteindra 1,4 milliard, une hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. Elle prévoit d’ailleurs d’améliorer son offre de services, notamment dans le métro où elle ajoutera des trains sur les lignes orange et verte aux heures de pointe. Elle augmentera aussi le nombre de départs pour certaines lignes d’autobus. Elle croit ainsi pouvoir hausser l’achalandage dans son réseau de 0,4 % en 2015.

 

Les principales dépenses de la Ville de Montréal

STM 409,1 millions
Voirie 218,7 millions
Déneigement 155,7 millions
Gestion de l’eau 376,9 millions
Matières résiduelles 163,4 millions
Service de police 686,6 millions
Sécurité incendie 360,5 millions
Culture et loisirs 505,7 millions
375e anniversaire 10 millions

Variation moyenne des charges fiscales entre 2014 et 2015

Immeubles résidentiels
  • Ahuntsic-Cartierville    1,9%
  • Anjou    1,3%
  • Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce    2,7%
  • Lachine    1,9%
  • LaSalle    2,9%
  • L'Île-Bizard–Sainte-Geneviève    0,9%
  • Mercier–Hochelaga-Maisonneuve    1,6%
  • Montréal-Nord    0,5%
  • Outremont    2,8%
  • Pierrefonds-Roxboro    1,1%
  • Plateau-Mont-Royal    4,5%
  • Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles    0,6%
  • Rosemont–La Petite-Patrie    3,0%
  • Saint-Laurent    2,9%
  • Saint-Léonard    0,9%
  • Sud-Ouest    4,0%
  • Verdun    1,8%
  • Ville-Marie    1,9%
  • Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension    2,4%

Ville de Montréal    2,2 %