180 projets émergent de «Je vois Mtl»

Le maire de Montréal, Denis Coderre, s’adressant aux participants de «Je vois Mtl», à la Place des Arts.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Montréal, Denis Coderre, s’adressant aux participants de «Je vois Mtl», à la Place des Arts.

Rarement a-t-on vu autant de gens d’affaires, d’universitaires, de politiciens et de citoyens réunis sous un même toit et autour d’une même cause. L’événement « Je vois Mtl » a permis lundi d’accoucher de 180 projets pour relancer la métropole, que ses instigateurs promettent de concrétiser. En réponse aux sceptiques qui n’y voient que des paroles en l’air, le maire Denis Coderre s’est engagé à créer un bureau de suivi impliquant l’ancienne ministre péquiste Diane De Courcy.

« À partir de maintenant, je vous ai à l’oeil », a lancé le maire Coderre au moment de recevoir le livre énumérant tous les engagements que ses signataires devront honorer au cours des prochaines années, selon un échéancier établi. Il a du même coup annoncé que l’ex-ministre de l’Immigration, Diane De Courcy, serait étroitement associée au bureau de suivi des projets qu’il entend mettre sur pied. « J’ai peut-être des défauts, mais je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Donc, ça va se faire », a-t-il lancé.

Le maire Coderre a pris la parole au terme d’une journée d’échanges hors du commun aux quatre coins de la Place des Arts. Ce ne sont pas 1000 personnes, comme prévu, mais bien 1500 qui ont finalement participé au brassage d’idées proposé par le président de BMO Groupe Financier, Jacques Ménard, et par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) pour donner un « nouvel élan » à Montréal. À tour de rôle, des leaders de tous les horizons, politique, économique, social et communautaire, ont d’abord soumis à leurs pairs près de 200 projets, gros ou petits, connus ou tout à fait inusités. La majorité d’entre eux ont ensuite accepté de signer un engagement officialisant leur volonté de passer à l’action dans les délais prévus.

« C’est un événement important dans l’histoire de Montréal et du Québec contemporain, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard dans le discours de clôture de l’événement. On a rarement vu ça, comme formule. Il ne s’agit pas de projets du haut vers le bas […] On a privilégié la démarche contraire, et elle est beaucoup plus porteuse. »

Parmi les nombreuses thématiques abordées au fil des ateliers, on compte notamment la valorisation de Montréal en tant que ville universitaire, sa place dans le monde, son statut de métropole culturelle ou encore l’économie sociale qui s’y manifeste sous toutes les formes. « Aujourd’hui, c’est une vaccination contre le cynisme, affirme le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc. Il faut ramener le débat dans le concret pour éviter que les gens aient l’impression qu’il s’agit d’un show de boucane. »

Heureusement, souligne le commissaire aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Gilbert Rozon, 2017 devient le point de convergence de plusieurs initiatives. « Ça nous donne une date butoir, mais ce n’est pas la fin. Il faut ajouter des étages à l’édifice montréalais avec des projets qui vont durer et se répéter. Il faut que 2017 soit un tremplin, pas une falaise », dit-il.

Le choc des idées

 

Répartis sur plusieurs étages de la Place des Arts, des petits groupes se sont réunis en ateliers pour discuter des projets qui ont été soumis au cours des derniers mois. Volontairement, les organisateurs ont composé des groupes réunissant des participants aux horizons différents. De cette disparité, on voulait faire émaner des idées originales.

Pour discuter du « parcours-relais » entre l’aéroport et le centre-ville, un projet piloté par la Banque Nationale, il y avait notamment une ingénieure, un architecte-urbaniste, anthropologue, une mécène et un spécialiste de la publicité.

Le projet consiste à installer sept oeuvres monumentales le long de l’autoroute, des arbres géants. « On dit que Montréal est une ville de design, mais ça ne paraît pas quand on sort de l’aéroport », a commenté Lise-Anne Amyot, vice-présidente à la Banque Nationale, avant de lancer la discussion.

Le projet est encore en gestation. Il faudra d’abord trouver des mécènes pour financer chaque oeuvre. Les idées jaillissent. On comprend vite qu’il s’agit d’un projet passablement coûteux et que de telles oeuvres ne pourront faire totalement oublier les chantiers et les cônes orange qui parsèment ce chemin de la « honte ».

Les projets discutés étaient hétéroclites. En après-midi, le « dragon » Alexandre Taillefer a présenté son projet de taxi vert qui conduira, espère-t-il, à la création d’une mutuelle du taxi pour dépoussiérer cette industrie et remplacer la flotte actuelle par des véhicules électriques.

Quelques étages plus bas, des participants s’intéressaient plutôt aux ruelles. Le Regroupement des éco-quartiers a proposé de créer quatre parcours en connectant des ruelles, verdies ou non aménagées, pour favoriser la pratique d’activités comme le jogging, la marche nordique ou la cardio-poussette.

Dans un autre registre, Louis Arsenault, vice-président Attraction de talents, promotion et communications chez Montréal international, a lancé l’idée d’un « Réseau des ambassadeurs du Grand Montréal » afin d’attirer les étudiants, travailleurs étrangers et touristes tout en aidant les entreprises d’ici à exporter à l’étranger.

D’autres projets, qui n’étaient pas encore au point, ont été débattus dans la « zone lab ». C’est le cas notamment du projet de navette d’autobus électriques et de funiculaire d’Axio Stratégies qui préconise un meilleur accès au mont Royal.

Ce foisonnement d’idées a conduit à la sélection, en fin de journée, de 180 projets qui pourraient se réaliser.

Le rideau à peine tombé, Michel Leblanc n’a pas écarté l’idée de répéter l’expérience. « Est-ce qu’on aura un Je vois Mtl 2, est-ce que ce sera un Je vois Mtl tous les deux ans, c’est prématuré de le dire. Mais on ne laissera pas tomber de bons projets qui émergeraient dans quelques mois », a-t-il dit.

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