Le CP rase en partie un rare espace naturel montréalais… et s’excuse

La compagnie ferroviaire a donné l’ordre à ses employés de se retirer après que des citoyens ont sonné l’alarme.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La compagnie ferroviaire a donné l’ordre à ses employés de se retirer après que des citoyens ont sonné l’alarme.

Après avoir rasé sans autorisation une portion du Champ des possibles, dans le Plateau Mont-Royal, afin d’utiliser le terrain pour effectuer des travaux, le Canadien Pacifique (CP) s’est engagé à réparer les dégâts.

L’entreprise basée à Calgary a présenté ses excuses vendredi après-midi, admettant qu’il s’agissait d’une « erreur ». « Nous avons arrêté tous les travaux et oeuvrons à retirer tout le matériel du site dès que possible. Nous nous excusons pour cette erreur », a indiqué par courriel Salem Woodrow, porte-parole du CP.

La veille, des citoyens scandalisés avaient découvert de la machinerie lourde et des rails déposés au sol dans la portion du site longeant les voies ferrées. Le CP avait pris l’initiative d’utiliser le terrain temporairement dans le cadre de travaux d’entretien de ses rails. Pour aplanir le sol, de la terre a été retirée et des végétaux ont été arrachés comme en témoignait un important monticule érigé à côté des équipements ferroviaires.

Or, le terrain appartient à la Ville de Montréal qui l’a acquis du CP en 2006. Au fil des ans, les citoyens se sont approprié le site qui porte désormais le nom de Champ des possibles et a été déclaré espace naturel. Une portion du site a d’ailleurs été zonée « parc ». «Nous pensions être propriétaires du terrain », a précisé le CP sur Twitter.

Biodiversité urbaine

« Les végétaux ont été complètement enlevés », se désolait Caroline Magar, coordonnatrice du groupe citoyen Les Amis du Champ des possibles, qui assure la cogestion du site.

Le Champ des possibles est considéré comme un corridor de biodiversité urbaine. Avec sa végétation un peu hirsute, mais comptant des plantes indigènes, il attire les insectes pollinisateurs et est fréquenté tant par les oiseaux migrateurs que par des petits mammifères, a expliqué Roger Latour, cofondateur des Amis du Champ des possibles.

« Plus ça va, plus c’est évident qu’il faudra aller encore plus loin dans la protection de cet îlot de verdure, le seul dans le quartier », a-t-il admis.

De passage sur le site à l’heure du midi, le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, n’a pas mâché ses mots. « Le CP est une compagnie de Rhodésiens installée à Calgary qui considère les voies ferrées et leurs abords comme une propriété coloniale du début du siècle, a-t-il dit. Le Canadien Pacifique multiplie les erreurs et multiplie les excuses. Il est temps qu’il s’assoie avec nous et qu’il négocie pour vrai. »

Rappelons que depuis des années, la Ville de Montréal est à couteaux tirés avec le CP, qui refuse d’aménager des passages piétonniers au-dessus des rails qui traversent la ville. Le litige est maintenant entre les mains de l’Office des transports du Canada, qui devra trancher.

De leur côté, les citoyens croisés au Champs des possibles comprenaient mal que le CP, qui distribue avec zèle les contraventions salées aux piétons qui s’aventurent sur ses terrains, ose investir un terrain qui ne lui appartient pas.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, est passé constater les dégâts en après-midi. « Franchement inacceptable », a-t-il commenté sur son compte Twitter. Il a fait savoir qu’il travaillerait avec le maire Ferrandez dans une « approche solidaire et de stratégie commune vis-à-vis du CP » pour régler ce dossier.

Le CP promet de restaurer le site. « Le CP a contacté les représentants des Amis du Champ des possibles, ainsi que la Ville, afin de trouver un plan pour réhabiliter le terrain, a indiqué son porte-parole. Encore une fois, nous nous excusons pour cette erreur. Nous avons hâte de travailler avec ces organisations pour réparer les torts commis dans ce parc aujourd’hui. »

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