Gare aux pressions économiques

Denis Coderre au forum Webcom Montréal en juin 2013, alors qu’il était candidat à la mairie de la ville.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Denis Coderre au forum Webcom Montréal en juin 2013, alors qu’il était candidat à la mairie de la ville.

Pas de ville intelligente sans des élus, des fonctionnaires et des décideurs éclairés. Voilà, en substance, le message envoyé lundi par un groupe d’experts réunis à Montréal pour réfléchir à voix haute sur les mutations sociales et numériques qui tracent actuellement les nouveaux contours des villes et du vivre-ensemble. Des mutations qu’il faudrait, selon eux, cesser de réduire à une dimension technique, pour ne pas se faire berner par les marchands de logiciels et d’ordinateurs.

« La difficulté à saisir et à comprendre la dimension sociale des mutations numériques en cours est aujourd’hui un facteur important de risque, a expliqué au Devoir Jean-François Gauthier, président-directeur général de l’Institut de la gouvernance numérique, en marge d’une table ronde sur les villes intelligentes tenue dans le cadre des vingt-septièmes Entretiens Jacques Cartier. La pression de groupes et d’entreprises pour faire des villes intelligentes de vastes marchés afin d’y vendre des produits informatiques est très forte. Or, ce mode de vente, par représentation et lobbying, relève surtout d’une économie du XXe siècle et n’est plus adapté à la construction d’un environnement économique, social et urbain inscrit dans le XXIe siècle. »

Critique à l’endroit des vendeurs, M. Gauthier l’est également envers l’administration publique qui, selon lui, doit sortir de ses vieilles ornières en matière d’approvisionnement technologiques pour aborder la ville intelligente plus sous son aspect social qu’informatique. « Cette mutation n’est pas technologique, dit-il. Elle repose surtout sur des flux d’informations et sur leur gestion. Bien avant d’évaluer l’achat d’un logiciel, d’une base de données, de serveurs, c’est sur ces points que les décideurs doivent réfléchir, pour agir de manière éclairée et se soustraire à l’influence des lobbys dont les produits pourraient créer des environnements dans lesquelles les villes pourraient finir par devenir prisonnières. »

« Il y a une étape importante d’éducation des élus et des fonctionnaires en matière de numérique à faire, ajoute Sylvie Daniel, directrice de l’Institut des technologies, information et société de l’Université Laval, et ce, afin de mettre l’administration des villes au diapason de la nouvelle réalité sociale. »

Selon elle, Montréal partirait d’ailleurs avec une longueur d’avance en la matière, avec « un écosystème favorable à la mise en place de solutions innovantes dans le domaine des villes intelligentes », dit-elle. « Il y a ici une configuration unique : une concentration d’universités, un tissu créatif valorisé à l’intérieur comme à l’extérieur de la ville, des start-up, de l’entrepreneuriat, des investisseurs… Cela offre beaucoup de possibilités. » À condition, plaide-t-elle, de créer des espaces favorisant les rencontres entre tous ces acteurs de villes nouvelles qui, pour devenir intelligentes, vont devoir désormais en faire la démonstration, concrètement.

Stimuler le français en ligne

Montréal, ville intelligente ? Oui, mais en français, rappelle Jean-François Gauthier qui qualifie de « cruciale » l’affirmation de la culture francophone dans les univers numériques. « Actuellement, 30 % des entreprises du Québec ont un site Web, 12 % font du commerce électronique, dit-il. C’est catastrophique. » Avec une occupation de 4 % des territoires numériques, la langue française n’a pas la place qui lui revient, selon lui. « C’est un enjeu et une urgence qui doivent désormais interpeller tout le monde, dit-il. Les industries doivent s’affirmer dans les nouvelles places publiques, en français. » Et les villes intelligentes, aussi, poursuit le président-directeur général de l’Institut de la gouvernance numérique.
1 commentaire
  • Jacques Moreau - Inscrit 7 octobre 2014 11 h 39

    Influencer ou contrôler?

    Je crois que les dirigeants d'une ville peuvent influencer son développement, beaucoup plus que le "contrôler". Les décisions prise au Conseil Municipal doivent quand même respecter la liberté des individus. Et, les individus, ne sont pas obligés de participer à la "parade", ils peuvent même évacuer votre ville. Ça pourrait faire le bonheur de certains et faciliter l'implantation d'un bon projet, ... ou le contraire. J'ai vu de nombreux "bon plans" s'avérer devenir des désastres. Difficile de prévoir l'avenir, et les changements causés par la technologie, les tornades, inondations, guerres, la compétion, le commerce, etc... La 2ième Grande Guerre, a modifier nos habitudes de vie, en y ajoutant radio, automobiles, avions, cinémas, etc... et ça affecte et "infecte" notre "culture".