Montréal fait un pas de plus vers le transport intelligent

D’ici 2017, 500 caméras surveilleront la circulation automobile et les images seront visionnées en temps réel par une équipe du Centre de gestion de mobilité urbaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir D’ici 2017, 500 caméras surveilleront la circulation automobile et les images seront visionnées en temps réel par une équipe du Centre de gestion de mobilité urbaine.

Surveiller le flot de voitures en temps réel, gérer les feux de circulation à distance et adapter les panneaux à messages variables selon les besoins du moment, voilà ce que compte faire la Ville de Montréal avec son nouveau Centre de gestion de mobilité urbaine (CGMU) mis en service lundi.

 

L’administration de Denis Coderre poursuit la réalisation du projet qui avait été lancé par l’ex-maire Gérald Tremblay en 2011. « Le CGMU, c’est le coeur et le cerveau du transport intelligent à la Ville de Montréal », a indiqué Aref Salem, responsable du transport au comité exécutif de Montréal.

 

La Ville souhaite ainsi pouvoir intervenir rapidement si, par exemple, un bouchon survient en raison d’un accident. Elle pourra également dépêcher des employés dès qu’un bris d’équipement sera détecté sur le réseau. L’objectif à long terme est d’améliorer la fluidité de la circulation.

 

Planifier les déplacements

 

Ces données croisées avec les informations provenant d’autres services, comme la Société de transport de Montréal, Bixi et Stationnement de Montréal, pourraient permettre la création d’un planificateur de déplacement urbain, a précisé le responsable du dossier de la Ville intelligente, Harout Chitilian.

 

D’ici 2017, 500 caméras surveilleront la circulation automobile et les images seront visionnées en temps réel par une équipe du CGMU. Pour l’instant, les caméras sont au nombre de 215 et la Ville vient d’en acheter 100 de plus.

 

Il est également prévu que 2200 feux de circulation soient raccordés au CGMU afin que leur gestion se fasse à distance; 715 kilomètres de fibre optique seront ainsi déployés pour l’acheminement de ces données.

 

Le réseau se mettra en place de façon graduelle pour atteindre son plein potentiel au cours des prochaines années. À compter de cet automne, le Centre sera en mesure d’assurer une surveillance de 16 heures par jour, 5 jours par semaine. À compter de septembre 2015, la surveillance de la circulation routière devrait se faire en permanence.

 

Protéger la vie privée

 


« On n’est pas le Big Brother », s’est toutefois défendu Aref Salem en expliquant que les images tournées par les caméras seront regardées en temps réel mais ne seront pas conservées. Le service de sécurité routière du Service de police de Montréal (SPVM) y aura accès, mais un protocole prévoit qu’aucune image rapprochée ne sera faite des automobilistes, des piétons ou des plaques d’immatriculation. Les données recueillies seront protégées, a assuré Harout Chitilian.

 

Lorsqu’il sera pleinement fonctionnel, le CGMU comptera 12 employés, et l’administration prévoit lui consacrer un budget de 25 millions sur 10 ans.

 

Reste que Montréal accuse un important retard en matière de transport intelligent. Un tel centre opérationnel existe depuis 25 ans à Boston et depuis une vingtaine d’années à Toronto.

 

Un bogue informatique, comme celui qui avait fait flancher le vote électronique le soir des élections en 2005, pourrait-il perturber le système de feux de circulation ? « On est en 2014. Ce sont des systèmes informatiques sophistiqués qui ont été testés avant d’être déployés », a soutenu Harout Chitilian.

 

Congestion

 

Le critique en matière de transport chez Projet Montréal, Craig Sauvé, a salué l’avancement du projet, mais, selon lui, si l’administration veut réellement réduire la congestion routière à Montréal, elle devra augmenter ses investissements dans les transports collectifs et actifs, comme la STM et Bixi.

 

Projet Montréal reproche notamment à l’administration Coderre d’avoir réduit de 5 millions le budget de la STM en 2013 en plus de laisser planer le doute sur l’avenir de Bixi.

Des amendes plus élevées pour les chantiers en retard

Les citoyens et les commerçants en ont plus qu’assez des chantiers qui s’éternisent, estime le maire du Sud-Ouest et chef de Coalition Montréal, Benoit Dorais. Selon lui, la Ville de Montréal doit envisager l’imposition de pénalités plus importantes aux entrepreneurs et aux entreprises de services d’utilité publique qui ne respectent pas les échéanciers.

Benoit Dorais entend présenter une motion lors du prochain conseil municipal du septembre afin qu’un comité d’élus et de fonctionnaires soit mis sur pied pour étudier la mise en place de meilleures pratiques lors de travaux d’infrastructures. M. Dorais suggère notamment d’étendre les heures de travail sur les chantiers pour accélérer les travaux.

Le responsable des infrastructures au comité exécutif, Lionel Perez, est ouvert à l’idée de revoir les pénalités imposées aux entrepreneurs. Plus tôt cette année, il a d’ailleurs demandé au service des infrastructures d’analyser la grille utilisée par la Ville pour calculer les pénalités. M. Perez a de plus rappelé que l’administration Coderre avait adopté un nouveau protocole de planification intégrée pour mieux coordonner les travaux entre la Ville et les services d’utilité publique.
2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 9 septembre 2014 09 h 08

    Le transport le plus intelligent

    « si l’administration veut réellement réduire la congestion routière à Montréal, elle devra augmenter ses investissements dans les transports collectifs et actifs, comme la STM et Bixi. »

    Difficile de ne pas donner raison à Projet Montréal. Le dernier projet de transport en commun d'envergure mené à terme ces dernières années est probablement la ligne bleue du métro. Ça fait déjà 30 ans. Et comme la ligne bleue rabat ses voyageurs sur la ligne orange, à une station mal conçue (Jean-Talon), ça modère un peu l'ampleur de l'amélioration.

    Et si Montréal laisse tomber Bixi pour quelques dollars mais engloutit des millions dans des bébelles informatiques à courte durée de vie, l'administration Coderre aura prouvé qu'elle peut faire reculer Montréal, qu'elle peut abandonner Montréal dans le XXe siècle alors que nous sommes dans le XXIe depuis déjà plusieurs années.

    Des centaines de kilomètres de fibre optique, des feux de circulation à remettre à niveau, des panneaux d'affichage géants pour décorer les rues... À l'industrie de la construction s'ajoute un autre vautour qui vient détourner les maigres ressources de la Ville (et de la province) : l'industrie des technologies de l'information, les TI.

    Tiens, parlant de TI, avez-vous déjà vu quelqu'un utiliser les super tableaux des supers abribus ? Très peu de gens savent à quoi ils servent. Ces super abribus devaient faire la révolution dans le transport par autobus. Ah ! Oui ! On réduit l'offre de transport et on installe des jouets informatiques avec l'argent économisé. C'est ça le transport intelligent ?

  • Marc Davignon - Abonné 9 septembre 2014 11 h 05

    Ça fait rager!

    Jamais rien d'aussi moche que de confondre l'outil et la solution. Toutes ces «bébelles» électroniques que l'on nomme «informatique». Et toujours ce fameux «retard» que l'on invoque pour justifier la dépense de ces solutions, «tellement 2014», qui nous permettra de réduire l'écart d'un «retard» que nous ne pouvons mesurer. Est-ce que quelqu'un a pris la mesure de ce fameux retard? NON! En effet, de quel «retard» parle-t-on?

    Est-ce que Boston à autant de trous dans ces rues que Montréal? Avons-nous un retard en terme de rue amoché?

    « On est en 2014. Ce sont des systèmes informatiques sophistiqués qui ont été testés avant d’être déployés »

    Quelle éloquence! Quelle assurance! Un argument de taille. C'est vrai, ça fait plus de 100 ans que nous fabriquons des automobiles. Alors, elle ne devrait jamais tomber en panne! N'est-ce pas?

    Mais ou sont les informaticiens, pas les techniciens! Les informaticiens? Ça prend des informaticiens en charge de tels projets, pas d'un conseillé ou d'un gestionnaire. Pas plus qu'un maire.

    C'est vrai, ces gens-là peuvent manipuler leurs tablettes comme des «pros» ! Qui a besoin d'informaticiens? C'est facile, il faut juste «ploguer» ceci avec cela. Facile.