Vent de contestation dans les arrondissements

Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez

Alors que le maire d’Anjou, Luis Miranda, brandit à nouveau le spectre d’une défusion, le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, prévient Denis Coderre que d’autres arrondissements pourraient être tentés de quitter Montréal ou refuseront de collaborer avec l’administration si la réforme du financement des arrondissements demeure inchangée.

 

Luis Miranda a annoncé son intention de faire circuler une pétition pour demander au gouvernement que les citoyens d’Anjou puissent se prononcer sur l’avenir de leur arrondissement au sein de Montréal. Luc Ferrandez envisage pour sa part de boycotter la Table des maires mise sur pied par Denis Coderre ou de ne plus autoriser la tenue d’événements comme le Marathon ou le Tour de l’île sur le territoire du Plateau.

 

Les cicatrices des fusions-défusions ne sont pas encore guéries. Avec la réforme annoncée par le maire Coderre le mois dernier, Anjou verra son budget augmenter de 3,06 %, mais dans les faits, cette hausse s’établit à 100 000 $, ce qui ne couvre même pas les augmentations de salaire des employés, de plus de 400 000 $, explique M. Miranda : « On a continuellement coupé. On a supprimé des patinoires extérieures. On me dit que je coupe le gazon trop souvent. On a fait des compressions depuis les fusions alors qu’on ne devait pas en avoir. Aujourd’hui, on m’arrive avec cette réforme qui est nettement inacceptable. »

 

Luis Miranda dit que les citoyens sont nombreux à lui exprimer leur volonté de quitter Montréal. Avec sa pétition, M. Miranda espère récolter 25 000 signatures, alors que son arrondissement compte 32 000 électeurs. Bien que le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, ait fermé la porte à toute possibilité de défusion, M. Miranda n’en démord pas : « Moi, le pouvoir du peuple, j’y crois. »

 

«Bris de contrat»

 

Luc Ferrandez dit comprendre la décision de son collègue. Selon lui, d’autres maires risquent de l’imiter. « Le Montréal que M. Coderre est en train de construire, c’est un bris de contrat avec les villes qui ont rejoint Montréal. Peut-être que M. Miranda le réalise plus vite que les autres, mais les autres vont le réaliser aussi. Si j’étais Lachine, Saint-Laurent ou Saint-Léonard ou Outremont, c’est clair que je dirais à la population qu’il faut embarquer dans l’exercice de défusion », a-t-il avancé.

 

Le Plateau-Mont-Royal, qui verra son budget être amputé de 12,68 % avec la réforme Coderre, ne cherchera pas à défusionner, assure le maire Ferrandez. Mais il évoque la possibilité de boycotter la Tables des maires — une « farce », dit-il — ou certains comités de travail. Il en a rajouté lors d’une entrevue à Radio-Canada en suggérant de ne plus autoriser la tenue d’événements comme le Marathon de Montréal, le Tour de l’île ou les tournages sur le territoire du Plateau puisque la réforme ne prévoit aucune somme pour encadrer ces activités.

 

Outremont

 

La mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, n’écarte pas l’idée d’emboîter le pas au maire Miranda. Son arrondissement est frappé de plein fouet par la réforme Coderre qui imposera une baisse de budget de 19,34 %. Mais elle veut d’abord tâter le pouls de la population et compte présenter mardi prochain une résolution au conseil d’arrondissement pour s’opposer à la réforme. « Les gens d’Outremont ne se rendent pas compte des conséquences. La réforme nous obligera à fermer une patinoire sur deux, à couper une collecte d’ordures sur deux et à cesser de déneiger les ruelles », indique-t-elle.

 

Au cours des derniers jours, Le Devoir a sondé plusieurs maires concernant la réforme. Michel Bissonnet, le maire de Saint-Léonard, qui verra son budget être réduit de 7,65 % avec la réforme, a décliné notre demande d’entrevue. Claude Dauphin, le maire de Lachine, qui a évoqué plusieurs fois la menace d’une défusion au cours des dernières années, a aussi refusé de se prononcer sur cette réforme qui haussera le budget de son arrondissement d’un maigre 1,44 %.

 

Des maires divisés

 

Le maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, dont l’arrondissement subira une compression de 10,83 %, votera contre le budget de l’administration si la réforme demeure inchangée. « J’ai fait des coupes, parfois massives. Quand on est rendu à mettre à pied 16 personnes par année, ce sont des services qui ne se livrent pas », a-t-il dit.

 

Les deux autres maires de Coalition Montréal sont plus conciliants et appuient la réforme. « Je pense que la réforme est un passage obligatoire », a indiqué Russell Copeman, maire de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, dont le budget augmentera de 1,97 % avec la réforme. « Ça nous prend des critères les plus objectifs possible. Il n’y a jamais de critères parfaits. Est-ce que la formule est perfectible ? Je dirais que oui, mais c’est un excellent début. »

 

Son collègue Réal Ménard, maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve — qui verra son budget augmenter de 8,19 % —, abonde dans le même sens et salue l’exercice de paramétrisation qui a été effectué. « C’est sûr que comme membre du comité exécutif, je suis solidaire de toutes les décisions du comité exécutif, mais même si je n’étais pas membre, je voterais pour. »

 

Dans les rangs de l’Équipe Coderre, plusieurs maires soutiennent la réforme. C’est le cas d’Anie Samson, mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (baisse de 2,32 % du budget), et de Jean-François Parenteau, maire de Verdun (baisse de 2,31 %). « Pour le rendement et la performance organisationnelle montréalaise, je pense que c’est impératif qu’on le fasse si on veut se sortir la tête de l’eau », a dit M. Parenteau.

 

Pour sa part, Denis Coderre n’a pas accordé d’entrevue jeudi. Son porte-parole s’est contenté de dire que le ministre Pierre Moreau avait été clair et que la pétition du maire d’Anjou ne changeait rien pour l’administration.

À voir en vidéo