Une fillette expulsée d’une piscine parce qu’elle n’avait pas de haut de bikini

Véronique Shapiro et sa fille, qui a été blessée au front lors de l’incident.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Véronique Shapiro et sa fille, qui a été blessée au front lors de l’incident.

Parce que sa petite fille de trois ans ne portait pas de haut de bikini à une pataugeoire d’Outremont mercredi, une mère de famille s’est fait demander par des employés de quitter les lieux. La situation s’étant envenimée, Véronique Shapiro affirme s’être fait bousculer par une sauveteuse alors qu’elle portait sa fille dans ses bras. La fillette a dû être conduite à l’hôpital pour une blessure à la tête.

 

Véronique Shapiro est encore secouée par la tournure des événements. Alors que sa fille se rafraîchissait à la pataugeoire John-F.-Kennedy mercredi après-midi, une employée de la piscine s’est approchée d’elle pour l’avertir que, selon le règlement, les fillettes devaient porter un haut de maillot de bain. « Le règlement est affiché et ce n’était pas écrit. Ma fille a trois ans et n’a rien à cacher », a relaté Mme Shapiro qui a refusé d’obtempérer, jugeant abusive cette prétendue règle.

 

Ce n’était pas la première fois que Mme Shapiro se rendait à cette pataugeoire et que sa fille s’y baignait sans haut de maillot. Jamais auparavant elle n’avait reçu d’avertissement, signale-t-elle.

 

Un superviseur lui aurait dit que le règlement affiché n’était pas à jour et a insisté pour qu’elle quitte la piscine avec sa fille. Le ton a commencé à monter.

 

Bousculade

 

Véronique Shapiro dit avoir eu peur lorsqu’une employée s’est approchée de sa fille pour lui parler : « J’ai vu rouge. Je me suis interposée. Je ne veux pas que les étrangers parlent à ma fille. J’avais surtout peur qu’elle la sorte du parc pour me forcer à sortir aussi. Je ne sais pas si c’était son intention, mais ma peur de mère, c’était ça. »

 

Une bousculade s’est ensuivie et Mme Shapiro, qui tenait sa fille dans ses bras, est tombée au sol. Sa fillette a été blessée au front. Véronique Shapiro affirme avoir été maintenue au sol par l’employée « comme dans les films ».

 

Appelés sur les lieux, les ambulanciers ont conduit la mère et l’enfant à l’hôpital. Mme Shapiro devait rencontrer les policiers jeudi après-midi.

 

Jointe par Le Devoir, la mairesse d’Outremont, Marie-Cinq Mars, a déploré l’incident. « Je n’ai absolument rien contre le fait qu’un enfant de trois ans ne porte pas de haut de maillot de bain dans une piscine et pour moi, ça revient aux parents de faire ce choix. »

 

Pas de règlement

 

Mme Cinq-Mars dit qu’à sa connaissance, il n’existait aucun règlement à Outremont imposant de telles contraintes vestimentaires aux enfants. « Et s’il y en a un, vous pouvez être sûre qu’on va le changer. Pour moi, c’est clair », a-t-elle lancé.

 

Selon elle, plusieurs éléments demeurent à éclaircir, comme les consignes qui ont pu être données aux employés. Des témoins auraient rapporté que la mère avait posé un « geste violent » à l’endroit d’un employé. Les policiers ont par ailleurs été appelés sur les lieux. Mme Cinq-Mars dit avoir demandé qu’une enquête interne soit menée « pour comprendre exactement ce qui s’est passé ».

 

« Il faut absolument voir à ce qu’un tel incident ne se reproduise plus. Moi, je suis pour l’allaitement à la piscine et pour les enfants qui se promènent la bedaine à l’air. Je pense que c’est plutôt la façon dont tout ça a été géré qu’il va falloir regarder », a indiqué la mairesse.

 

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé qu’une enquête avait été ouverte. Mais selon un porte-parole, il est trop tôt pour dire si des accusations seraient portées dans cette affaire. Les policiers devront d’abord déterminer le rôle joué par chacun des partis.

 

Cette affaire n’est pas sans rappeler le cas de Mélodie Nelson qui, en juillet dernier, s’était fait demander de quitter la pataugeoire du parc Lafond dans Rosemont–La Petite-Patrie parce qu’elle allaitait son bébé.