Couillard fustige les policiers

Philippe Couillard a condamné le comportement des policiers montréalais qui, lors de la manifestation de lundi soir à l’hôtel de ville de Montréal, ont assisté sans broncher aux actes de vandalisme. Évoquant les manifestations étudiantes du printemps 2012, le premier ministre a soutenu que rien ne pouvait justifier un double standard dans l’intervention policière.

 

« Le lien de confiance entre la population et les forces policières doit être sans faille », a insisté le premier ministre lors d’un point de presse à Québec. « Déjà, dans les réactions qu’on entend aujourd’hui, on fait un parallèle que je comprends entre les événements du printemps 2012, où la réaction des forces de l’ordre a été vigoureuse, et les événements d’hier [lundi] soir. Il ne peut y avoir deux types de traitement pour ce genre de comportement. »

 

Les policiers ont beau être en colère contre la réforme des régimes de retraite, cela ne peut justifier leur complaisance à l’égard des manifestants qui ont pu investir l’hôtel de ville sans se faire inquiéter lundi soir, perturbant du même coup les travaux du conseil municipal.

 

L’enquête confiée au SPVM

 

Plus tôt dans la journée, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, a annoncé qu’une équipe d’enquêteurs avait été créée pour se pencher sur les débordements de la veille. Il a assuré que des accusations pourraient être portées contre les auteurs d’actes de vandalisme et qu’une attention particulière serait portée au travail de policiers en service. « Il n’y a pas deux classes de manifestants, a affirmé M. Parent. Les bandes vidéo ne mentent pas. S’il y a eu du laxisme ou de la complaisance de la part des policiers, ils devront répondre de leurs actes. »

 

À ce sujet, Philippe Couillard a reconnu que cette décision de laisser le SPVM enquêter sur ses propres policiers était susceptible d’inspirer la méfiance dans la population. Les lois permettent que le service de police mène sa propre enquête interne, mais la Sûreté du Québec pourrait intervenir si le maire Denis Coderre en fait la demande, a indiqué le premier ministre. « Je suis préoccupé par cette question, notamment par la perception qu’elle dégage, a-t-il dit. L’intervention que je fais n’a pas pour but de substituer mon autorité à celle du maire de Montréal, qui supervise le service de police. »

 

Marc Parent n’exclut pas que la SQ soit appelée en renfort, mais croit que le SPVM sera en mesure de mener son enquête avec neutralité. « L’équipe qui a été mise en place va relever directement de moi. Ce sont des enquêteurs triés sur le volet pour les circonstances. […] Ils sont habitués à faire ce type de travail là et j’ai la certitude qu’on peut faire un bon bout de chemin en toute confiance », a assuré le chef de police.

 

Le directeur du SPVM est revenu sur la chronologie des événements de la veille. Il a relaté qu’en prévision de l’assemblée du conseil municipal, qui devait reprendre ses travaux à 19 h, il avait été convenu de laisser entrer 250 personnes à l’intérieur de l’hôtel de ville. Ce fut une erreur, a-t-il reconnu. « Compte tenu de ce qui se passait à l’extérieur [la manifestation], on n’aurait pas dû laisser entrer les gens, a-t-il expliqué. L’évaluation de la menace a été adaptée en fonction de ce qu’on avait comme première information. La tension palpable à l’extérieur aurait dû changer notre décision à ce moment-là. »

 

Ce ne sont pas tous les policiers présents sur les lieux qui sont restés les bras croisés, mais ceux qui ont omis d’intervenir seront sanctionnés, s’exposant à une suspension ou un congédiement, a-t-il affirmé.

 

Le chef de police a dit remettre en question la stratégie opérationnelle et les protocoles de sécurité à la lumière des événements de lundi. Selon lui, il est temps de revoir le service de sécurité de l’hôtel de ville, qui, à l’heure actuelle, est composé d’employés cols bleus.

 

Impartialité ?

 

Le maire Denis Coderre a réitéré sa confiance en Marc Parent et en l’enquête du SPVM : « S’il y a des gens qui ont posé des gestes excessifs ou s’il y a des gens qui ont laissé passer des choses, ils en subiront les conséquences. »

 

Que des policiers enquêtent sur leurs collègues soulève des questions dans les circonstances, estime toutefois Stéphane Berthomet, ex-policier, auteur et analyste des affaires policières. « Ça ne démontre pas une volonté d’impartialité parfaite. J’ai le sentiment que Marc Parent ne veut pas donner l’impression qu’il perd le contrôle », dit-il.

 

Les règles stipulent qu’en cas de problème disciplinaire, le service de police peut enquêter sur ses propres policiers, à moins qu’une personne ait été blessée ou tuée par un agent. Mais le contexte particulier des événements de lundi soir et l’apparence de conflits d’intérêts auraient justifié que l’enquête soit confiée à un autre corps policier, croit M. Berthomet.

 

Encore ulcéré par les débordements de la veille, le maire Coderre a rappelé que les syndicats devront s’attendre à payer les coûts liés à la manifestation, soit le nettoyage des lieux, de même que les heures supplémentaires des policiers en service qui ne seraient pas intervenus. « On a violé l’hôtel de ville. On a violé la démocratie », a clamé le maire en qualifiant les actes commis lundi soir d’« agression armée » en raison des verres d’eau lancés dans l’enceinte de la salle du conseil.

 

L’Association des pompiers de Montréal a lancé un appel au calme. Dans un communiqué, le syndicat a affirmé que c’était son service d’encadrement qui avait réussi à « maîtriser l’ardeur des manifestants et à faire évacuer la salle du conseil » lundi.

 

De son côté, le président de la Fraternité des policiers, Yves Francoeur, estime que Marc Parent devrait s’abstenir de condamner les policiers en devoir lundi avant de connaître les conclusions de l’enquête.

Les élus donnent l’exemple

Désireux de donner l’exemple aux syndiqués, les élus municipaux montréalais ont accepté à l’unanimité, mardi, de modifier leur propre régime de retraite. Lors de la séance du conseil municipal, ils ont convenu de demander au gouvernement un partage égal des contributions entre la Ville et les élus. À l’heure actuelle, la Ville paie 77 % des coûts du régime de retraite des élus de Montréal contre 23 % pour ces derniers. Cette décision survient alors qu’une commission parlementaire s’apprête à entreprendre l’étude du projet de loi 3 sur la réforme des régimes de retraite des employés municipaux.
39 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 20 août 2014 01 h 23

    Pourtant lors du Printemps érable...

    Pourtant lors du Printemps érable, le PLQ n'avait pas grand chose à dire sur la violence policière.

    Il faut dire que les gens frappés et mutilés étaient des étudiantEs, et que dans notre système, certaines castes sont plus «frapables» que d'autres comme on le constate de plus en plus ces dernières années.

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 août 2014 08 h 50

      "Il ne peut y avoir deux types de traitement pour ce genre de comportement. " dixit Couillard

      Pour les libéraux il ne peut y avoir qu'un type de comportement policier; Cette technique policière s'appelle "varge dans le tas".

      Les libéraux n'ont pas changés: Un autoritarisme bien enrobé dans de petites provocations sous couvert de défendre les "contribuables" et quand le bordel est pogné on accuse ceux qu'on a provoqué de tous les maux.

  • michel lebel - Inscrit 20 août 2014 06 h 38

    Conflit d'intérêts!

    Une question se pose: les enquêteurs internes vont-ils "enquêter impartialement" sur la qualité de la direction de chef Parent, de qui ils relèvent? Poser la question, c'est y répondre! Faut-i rappeler que le directeur Parent était présent lors des événemennts.

    Michel Lebel

  • Pierre Labelle - Inscrit 20 août 2014 06 h 59

    Rire ou pleurer....

    Le SPVM enquête sur ses membres, ceux qui étaient parmi les manifestants et qui jouaient les fiers à bras, plus ceux qui étaient supposément en "devoir" et qui regardaient ce triste spectacle les bras croisés. Des milliers de payeurs de taxes ont vus à la télé ce policier, "en devoir", serrer la pince à un autre policier qui lui se trouvait parmi les manifestants, lui donnant même une petite tappe d'encouragement dans le dos. Et le chef Parent vient nous parlé d'une enquête impartiale...., et il espère que l'on va gober ça.... Nous ne sommes pas en plein tournage d'un "remake" du film à succès; "Le diner de cons", non M. Parent, nous sommes en 2014, dans la vraie vie à Montréal, là ou certain de vos policiers ont posés des geste irréfléchis et de ce fait ont terni la réputation de l'ensemble de ce corps policier. Déjà que le lien de confiance entre les contribuables et le SPVM était des plus fragile, qu'en reste-t-il maintenant...., et vous nous demandez de vous croire quand vous affirmez que cette enquête sera impartiale; je me permet de garder quelques réserves. Lors du printemps érable, j'ai vus des policiers tabassés des étudiants qui manifestaient de façon pacifique. Deux poids deux mesures? Hier dans un autre commentaire, je faisais allusion à la ressemblance entre un régime policier comme il en existe dans certains pays et les attitudes de nos policiers lors de la manif de lundi soir, il n'y a qu'un petit pas à franchir.

  • gilles lalancette - Inscrit 20 août 2014 07 h 04

    DEHORS.

    Les policier fautifs devraient êtres mis à la porte sans fond de pension.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 août 2014 11 h 13

      Malheureusement, un fonds de pension appartient à un employé. Autant leur retirer aussi ce qu'ils ont pu acheter avec leur salaire.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 20 août 2014 19 h 40

      Et ceux qui octroient les services publics à des contrats privés, comme la location privée des policiers, est-ce que vous les mettriez dehors aussi?
      Ce sont nos élus.

  • Roger Gobeil - Inscrit 20 août 2014 07 h 35

    Pauvres syndicats !

    Ils viennent de mettre un clou dans leur propre cercueil.

    Il faut que les coupables de ce saccage (les syndiqués et les syndicats) soient très sévèrement punis. Leur congédiement pourrait prévenir efficacement la répétition de tels crimes.

    • Simon Levesque - Inscrit 20 août 2014 09 h 08

      M. Gobeil,

      Avant de condamner les syndicats, il faudrait voir à qui l'on remettrait, pieds et poings liés, les syndiqués s'ils devaient être dissous. Certes les relations entre les parties patronales et les employé-e-s ne sont plus, au Québec, au point où elles en étaient avant la syndicalisation massive, mais il importe de se référer à l'histoire du développement du droit du travail pour comprendre l'immense importance des syndicats dans l'acquisition de meilleures conditions. Aujourd'hui, les syndicats sont devenus laxistes et monomaniques, c'est-à-dire que la quasi toralité de leurs revendications, toutes leurs ritournelles se rapportent presque exclusivement à la question monétaire. Ils ont été assimilés à la logique du capitalisme et à la seule valeur d'équivalence de l'argent. Leur pouvoir a ainsi été corrompu, non par le pouvoir étatique (lui aussi a subi ce même sort), mais par la psychose collective du profit renforcée par l'infantilisation constante à laquelle nous sommes confinés par les médias dominants et la politique politicienne qui malheureusement lui a emboité le pas.

      Critique les syndicats est une chose, les condamner en est une autre. La première option est militante, la seconde ne peut relever que de l'abdication.

    • Serge Lemay - Inscrit 20 août 2014 09 h 14

      Les policiers font bien de manifester, les étudiants aussi faisaient bien de manifester et si vous voulez mon avis, il y a bien des raisons de le faire, le droit de manifester et un droit fondamental sans lequel les abus de pouvoir seraient pires que ceux que l'on connait. Le saccage de la caisse de l'assurance emploi en est un exemple et le saccage des sables bitumineux en est un autre, le finacement occulte des partis politiques, la retraite à 67 ans, le désengagement du gouvernement face aux dérèglement climatique etc, mais non c'est pas beau d'être fâché, laissons-nous faire et disons rien !

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 août 2014 10 h 05

      Êtes-vous certains que seuls les syndiqués sont responsables? Dans La Presse aujourd'hui on interroge aussi le comportement du centre de contrôle lors de la manif qui n'aurait pas donné de directives d'interventions lorsque réclamée par les policiers en devoir supposément parce que Coderre ne l'aurait pas demandé. Peut-être qu'un petit peu de grabuge faisait l'affaire de Coderre. Il est bon en matière de relation publique.

      Je ne sais pas si cette information est exacte mais j'aimerais bien qu'on pose directement la question au maire et aux dirigeants du SPVM.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 20 août 2014 10 h 37

      @ M. Gobeil

      Vous parlez des syndicats (LES syndicats) comme s'ils étaient tous comme ça; comme si la situation qui est survenue était de la faute de tous les syndicats de la planète.

      Ainsi, en suivant votre logique, nous pourrions dire sans nous tromper que puisque certains élus (ou anciens élus) sont des malfrats (ils ont été reconnus coupables de crimes), tous les élus sont des criminels. Vous n'êtes pas d'accord?

    • Roger Gobeil - Inscrit 20 août 2014 12 h 09

      M. Gagnon, je parlais évidemment des syndiqués et des syndicats qui ont fait le saccage honteux. Saccager n'est pas un droit fondamental et ceux qui ont fait ça devraient en payer chèrement le prix.

    • Maxime Mainville - Abonné 20 août 2014 20 h 54

      M. Gobeil! J'adore votre réflexion! Vous être le genre de Québécois type que j'aime voir ou plutôt lire. Vous êtes sûrement le genre a écouter la Radio "X" et aduler le maire Lebaume qui manipule la vérité sans précaution. Vous êtes du genre à penser qu'un bigmac est bon pour la santé par ce qu'il y a une tranche de concombre à l'intérieur.

      Le saccage n'est vraiment rien à coté d'un viaduc mal fait "par l'industrie privé" ou d'un train mal garé par souci d'économie.

      J'admire votre simplicité !