Les services aux citoyens seront touchés

Plusieurs maires d’arrondissement estiment que la réforme annoncée par le maire Coderre aura des impacts concrets négatifs pour les Montréalais.
Photo: Thinkstock Plusieurs maires d’arrondissement estiment que la réforme annoncée par le maire Coderre aura des impacts concrets négatifs pour les Montréalais.

La réforme du financement des arrondissements annoncée en juillet dernier par Denis Coderre aura des effets directs sur les services aux citoyens, soutiennent plusieurs maires d’arrondissement. Compte tenu des compressions imposées au Plateau-Mont-Royal, le maire Luc Ferrandez envisage même le recours à une taxe spéciale.

 

Dans la foulée de la réforme du financement, le Plateau verra son budget fondre de 12,7 %. Pour boucler le budget 2015, la ville-centre a fait plusieurs recommandations au Plateau, lui suggérant notamment de supprimer 730 000 $ dans son budget du déneigement, un service qui fait pourtant l’objet de maintes critiques dans le passé.

 

L’arrondissement devra aussi réduire de 3,2 millions les services de la voirie et de 1,9 million celui de la propreté et de l’arboriculture, a précisé M. Ferrandez.

 

Le maire Ferrandez reproche à l’administration de ne pas tenir compte d’importants paramètres, comme l’achalandage des parcs, pour faire ses calculs. « C’est calculé au mètre carré. Le parc dans le fin fond de Pierrefonds-Roxboro a le même financement que le parc Laurier, alors que le parc Laurier est une ruche. Je ne me permettrai pas de couper dans les parcs », a-t-il soutenu. « Absorber la non-indexation des budgets, ce serait possible en étant extrêmement imaginatif, mais avec la réforme, je n’y arrive pas. »

 

Le maire Ferrandez n’écarte pas la possibilité d’imposer une taxe spéciale. « On va y réfléchir. Je ne veux pas en faire l’annonce, mais c’est clairement un scénario sur la table », a-t-il dit.

 

Contraint de réduire de 19,3 % ses dépenses, l’arrondissement d’Outremont est encore plus durement touché par la réforme. « C’est catastrophique », dit la mairesse, Marie Cinq-Mars. Les dépenses liées au déneigement devront être réduites de 22 % alors que celles des travaux publics, comme l’entretien des parcs et des installations sportives et la gestion des matières résiduelles, devront être amputées de 55 %, indique Mme Cinq-Mars qui dit mal comprendre les critères qui ont conduit l’administration Coderre à calculer ces compressions.

 

« Ça fait 10 ans que notre budget n’est pas augmenté. Chaque année, on négocie avec la ville-centre pour avoir plus, a-t-elle rappelé. On fait des pieds et des mains pour allonger chaque dollar. On nous coupe, et j’avoue que je trouve ça méprisant. C’est difficile à accepter. » Mme Cinq-Mars envisage la possibilité de sonder les citoyens sur leur volonté de demeurer au sein de la Ville de Montréal, mais hésite à prononcer le mot « défusion ».

 

Rosemont–La Petite-Patrie fait partie des arrondissements dont le budget sera augmenté — de 3,8 % —, mais globalement, il lui faudra quand même supprimer 1,4 million dans ses dépenses, soutient François Croteau. Pour boucler le budget, cinq postes de bibliothécaires seront abolis, a indiqué M. Croteau.

 

Partisanerie

 

Denis Coderre a fait « de la petite politique » en élaborant sa réforme du financement des arrondissements, accuse le chef de l’opposition, Richard Bergeron. Selon lui, les arrondissements qui ont fait élire de nombreux représentants d’Équipe Coderre ont été mieux traités que les arrondissements de l’opposition, soutient-il.

 

« Cette réforme, présentée comme étant technique, c’est de la petite politique : faire payer ceux qui n’ont pas voté du bon bord et récompenser ceux qui ont voté du bon bord. Ça se double d’une attaque contre le coeur de Montréal au profit de la périphérie », a soutenu Richard Bergeron.

 

Les quatre arrondissements centraux, soit Ville-Marie, le Plateau-Mont-Royal, Rosemont–La Petite-Patrie et le Sud-Ouest, qui verront leurs budgets amputés de 29,6 millions, comptent 14 élus de Projet Montréal et aucun représentant de l’Équipe Coderre, a fait valoir M. Bergeron. En revanche, quatre arrondissements périphériques bénéficieront de 15,9 millions alors qu’ils comptent 19 élus de l’Équipe Coderre, a noté M. Bergeron.

 

Questionné sur ce sujet à la séance du conseil municipal, le maire Coderre s’est défendu d’avoir fait preuve de partisanerie.

6 commentaires
  • François Séguin - Abonné 19 août 2014 07 h 35

    Le mépris d'un maire

    La réforme du financement des arrondissements : du Coderre tout craché. Qu'un opportuniste, prêt à tout pour préserver son fonds de commerce : ses électeurs du Western Island. Foin d'un financement équitable des arrondissements. Foin de la défense du français (vive le bilinguisme), dans une ville où les francophones sont en voie de devenir minoritaires.
    Comme on dit : on a les politiciens qu'on mérite.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 août 2014 09 h 43

      Le West Island? Mais ces villes sont défusionnées, et leurs citoyens ne votent pas pour choisir le maire de Montréal!

  • Alexie Doucet - Inscrit 19 août 2014 08 h 45

    Le serrage de ceinture

    Quand ils nous parlent de budgets amputés, on peut déjà voir nos taxes municipales augmenter sous prétexte qu'il "faut se serrer la ceinture". En tant que propriétaire, je dois constamment augmenter les loyers pour pallier les hausses de taxes (de 250$ par logement en 5 ans dans Verdun). Cette fois-ci on doit exiger de tous les administrateurs et élus de la Ville de Montréal qu'ils réduisent leurs salaires ou qu'ils apprennent à gérer leur budget. À force de nous serrer la ceinture, ils vont finir par tous nous étrangler.

    • Claude Lachance - Inscrite 19 août 2014 18 h 32

      Le gain de capital, est-ce que les locataires en bébéficient?

  • Claude Lachance - Inscrite 19 août 2014 08 h 55

    Au lieu de menacer les citoyens de taxe spéciale, on pourrait s'attendre du sieur Ferrandez qu'il coupe dans les aménagements de pots de fleurs en beton, et autres garnitures, cosmétiques, et donne aux citoyens ce qu'ils sont en droit d'attendre, des services, qui sont la raison d'être de nos taxes. Il pourrait prendre sur lui ses délires de paradis terrestres, et en payer le coût.

  • Christian Fleitz - Inscrit 19 août 2014 09 h 24

    La tête dans le sac....

    Il serait temps de faire preuve de gouvernance et de faire en sorte que l'ordre soit respecté et les institutions protégées. Les mécontentements ont leurs raisons qu'il faut entendre et légiférer en gonflant les muscles n'est pas le bon substitut à la négociation.
    La gouvernance exigerait plutôt une mise en évidence des vrais problèmes, la reconnaissance des responsabilités qui les ont créés et une recherche de solution en concertation. La politique des ''coups de gueule'' qui confond autorité et efficacité avec basse démagogie n'est pas une bonne réponse. La crise est assez grave pour que ceux qui sont chargés d'éviter les excès ''se croisent les bras'', au propre comme au figuré. Il est temps d'être sérieux. Si certaines municipalités n'ont pas rempli leur part dans leurs implications financières passées, qu'elles se mettent à jour en réorganisant leurs budgets quoiqu'il leur en coute, au lieu d'user d'expédients, les nouvelles dispositions en matière de personnel ne pouvant que concerner l'avenir. Enfin, on ne voit pas l'intelligence et l'autorité qu'il y a à vilipender les agents des pouvoirs publics : les fonctionnaires ne sont pas des mercenaires que l'on peut débaucher et maltraiter au gré d'arguments démagogiques, ils sont les artisans de la gestion de la ''chose publique'', commune à tous, et à ce titre, ils ont droit au respect. Cela n'empêche le contrôle qui doit s'exercer sur leur manière de servir.