Des cravates rouges en signe de désaccord

Le geste fait écho à la décision de la Fraternité des policiers du SPVM de porter la casquette rouge pour exprimer leur insatisfaction.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le geste fait écho à la décision de la Fraternité des policiers du SPVM de porter la casquette rouge pour exprimer leur insatisfaction.

Les officiers de direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) portent depuis mercredi la cravate rouge pour protester contre la réforme des régimes de retraite.

 

Le geste fait écho à la décision de la Fraternité des policiers du SPVM de porter la casquette rouge et le jeans pour exprimer leur insatisfaction.

 

Selon les informations du Devoir, c’est la première fois dans l’histoire que les 120 cadres du SPVM utilisent une stratégie semblable.

 

Le président de l’Association professionnelle des officiers de direction du SPVM (APOD), Roch De Roy, se défend bien d’exercer des moyens de pression ou d’agir en solidarité avec la Fraternité.

 

« Il n’y a aucun ralentissement de travail. C’est “ business as usual ”. On porte la cravate rouge en symbole de notre désaccord », affirme M. De Roy, qui représente les 120 cadres du SPVM (à l’exception du directeur et de ses deux adjoints) et les 200 officiers retraités.

 

« Ce n’est pas en soutien aux syndiqués. C’est pour exprimer notre désaccord », insiste-t-il.

 

Ce vendredi, les officiers de direction du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) vont emboîter le pas à leurs collègues policiers et porter aussi la cravate rouge, a appris par ailleurs Le Devoir.

 

Autant chez les policiers que les pompiers de Montréal, le projet de loi 3 modifiant les régimes de retraite ne passe pas.

 

Pour renflouer le déficit des caisses de retraite, le projet de loi 3 impose un partage à parts égales des coûts de la retraite dans le monde municipal. Le projet est assorti d’échéances strictes : un an pour la négociation et six mois pour l’arbitrage.

 

« C’est un projet de loi dont la conclusion est écrite à l’avance, déplore M. De Roy. On est d’accord pour revoir les régimes de retraite, mais on aurait apprécié qu’on le fasse par une négociation de bonne foi. »

 

Selon les données fournies lors du dépôt du projet de loi par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, les 170 régimes de retraite visés par le projet cumulent un déficit global de 3,9 milliards de dollars.

 

Les maires de Montréal, Denis Coderre, et de Québec, Régis Labeaume, ont plaidé avec succès qu’il y avait urgence d’agir pour rectifier le tir. Ils ont d’ailleurs réservé un accueil fort positif au projet du ministre Moreau.

  

Situation unique

 

Les officiers de direction du SPVM se retrouvent dans une situation unique. Leur régime de retraite est identique à celui des policiers syndiqués. C’est un peu comme si la Fraternité négociait pour l’ensemble des policiers (cadres et syndiqués) à ce chapitre.

 

Présentement, le régime de retraite du SPVM est financé à 75 % par les contribuables montréalais et à 25 % par les policiers. On est loin de l’objectif de 50-50 imposé par le projet de loi 3.

 

En moyenne, les policiers du SPVM prennent leur retraite à 53 ans et ils disposent d’une rente annuelle de 81 000 $.

 

Les policiers et la Ville respectaient une entente tacite jusqu’à tout récemment. Les policiers acceptaient des salaires moins élevés que dans le reste du Canada, en échange de meilleures conditions à la retraite.

 

Le SPVM, deuxième corps de police après celui de Toronto, arrive au 13e rang au Canada au chapitre de la rémunération, rappelle Roch De Roy. « Il faut voir la rémunération comme un tout : le salaire, les avantages sociaux et la retraite », explique-t-il.

 

M. De Roy a sursauté cette semaine en apprenant que le premier ministre Philippe Couillard était ouvert à une augmentation considérable de la rémunération des députés de l’Assemblée nationale (de 88 000 $ à 136 000 $) en échange d’une hausse de leur cotisation annuelle au régime (de 21 % à 43 %).

 

À l’instar de la Coalition syndicale pour la libre négociation syndicale, Roch De Roy juge cette démarche injustifiée dans un contexte général d’austérité.

 

Les députés de l’Assemblée nationale pourront étudier le dossier et soupeser différents scénarios, tandis que les employés municipaux se feront imposer unilatéralement leurs conditions de travail avec le projet de loi 3, déplore-t-il.

 

Outre le port de la cravate rouge, l’APOD ne prévoit pas d’autres actions. « On veut seulement montrer au gouvernement et à la Ville que le projet de loi 3 n’est pas acceptable dans sa forme actuelle », résume M. De Roy.

 

Une source bien au fait du dossier prévoit un automne chaud au SPVM. « C’est la première fois que je vois les cadres embarquer dans les moyens de pression », nous dit-on.

 

Les policiers et d’autres employés municipaux ont manifesté bruyamment devant l’hôtel de ville, le 17 juin dernier, allant même jusqu’à allumer des incendies sur la voie publique.

 

Les démonstrations de force risquent d’aller en crescendo, prédit notre source.

On est d’accord pour revoir les régimes de retraite, mais on aurait apprécié qu’on le fasse par une négociation de bonne foi

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