Les citoyens réclament plus d’accès au fleuve

Des dizaines de courageux ont plongé dans le fleuve Saint-Laurent mardi pour démontrer que l’eau de Montréal est propice à la baignade et qu’il serait temps que la Ville libère ses berges.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Des dizaines de courageux ont plongé dans le fleuve Saint-Laurent mardi pour démontrer que l’eau de Montréal est propice à la baignade et qu’il serait temps que la Ville libère ses berges.

C’est maintenant devenu une tradition. Depuis 11 ans, des dizaines de courageux osent plonger dans le fleuve Saint-Laurent pour démontrer que l’eau de Montréal est propice à la baignade et qu’il serait temps que la Ville libère ses berges. S’il est vrai que les eaux du Vieux-Port sont relativement propres, certaines sources contaminent toujours le tiers des sites où les eaux sont analysées sur l’île de Montréal. Et l’un des principaux problèmes vient du système des égouts.

 

« Ce qu’on constate, c’est qu’il y a de nombreux raccordements inversés à Montréal. Les tuyaux du réseau des eaux sanitaires sont souvent mal branchés et s’en vont vers le réseau des eaux pluviales, ce qui cause la contamination des cours d’eau dans lesquels on peut détecter des coliformes fécaux », explique Annick Le Floch, chef de la division Planification et suivi environnemental à la Ville de Montréal.

 

Depuis quelques années, la Ville a mis sur pied le programme PLUVIO qui permet de répertorier, sur une superficie d’environ 100 kilomètres carrés, les mauvais raccordements qui sont souvent faits par des particuliers. « Ce sont souvent des plombiers du dimanche qui décident d’installer des toilettes dans leur sous-sol, qui se branchent sur le tuyau et qui ne réalisent pas qu’ils se branchent aussi sur le réseau pluvial »,raconte Mme Le Floch, qui reconnaît que la Ville a déjà, elle aussi, fait de mauvais raccordements.

 

Ce genre d’erreur coûte toutefois cher, alors qu’il faut parfois refaire les infrastructures municipales. Dans l’est de la ville, il a déjà fallu ouvrir une rue entière de vieilles habitations où tout le système était mal branché. Mais, plus récemment, la Ville s’est aperçue que de nouvelles habitations dans l’ouest de l’île avaient aussi mal connecté leurs systèmes. Jusqu’ici, les équipes de la Ville sont parvenues à régler au moins 300 cas de raccordements inversés, mais il faudra encore fort probablement quelques années pour rétablir le réseau et éviter les contaminations.

 

La mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, est tout de même encouragée par les progrès des dernières années. Alors qu’elle est maintenant responsable au comité exécutif de l’eau et des infrastructures à la Ville, elle est consciente qu’il sera bien difficile de permettre aux Montréalais de se réapproprier le fleuve si la qualité de l’eau laisse à désirer. « Ce n’est jamais sexy de parler de travaux d’infrastructure, mais c’est nécessaire si on veut avoir une qualité d’eau et être en mesure d’avoir le plus d’accès possible au fleuve », a-t-elle dit en rappelant que les deux tiers des sites à Montréal pourraient être propices à la baignade si seulement il y avait plus de plages ou des bassins de baignade.

 

Reprendre contact avec l’eau

 

Malgré ses 260 km de littoral, l’île de Montréal compte seulement trois plages pour le moment. « On a tout fait au XXe siècle pour nous faire oublier qu’on vivait sur une île »,lance le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, après avoir fait une petite saucette dans les eaux du Vieux-Port. « Il va falloir maintenant travailler pour se rappeler qu’on est des insulaires et, pour y arriver, il va falloir reprendre contact avec l’eau », a-t-il poursuivi en rappelant que deux projets de plage étaient actuellement à l’étude, dont une à Pointe-aux-Trembles et une autre à Verdun.

 

Le maire de Verdun, Jean-François Parenteau, s’est récemment engagé formellement à réhabiliter un ancien site de dépôt à neige pour en faire une plage d’ici 2017. Les résidants du sud-ouest de Montréal devront donc attendre encore trois ans avant de pouvoir profiter du fleuve.« Idéalement, on le ferait avant, mais on a d’autres projets dans notre arrondissement et on doit tenir compte des directives du ministère de l’Environnement », affirme M. Parenteau. Il confirme que son projet de plage coûtera près de 1,5 million de dollars. Le projet de la plage de l’Est à Rivière-des-Prairies est plutôt évalué à 3,4 millions de dollars en tenant compte de l’aménagement et de la construction d’un chalet.

 

Selon Mme Le Floch de la Ville de Montréal, il n’en demeure pas moins qu’il ne sera peut-être pas possible de se baigner en tout temps et n’importe où même si de nouvelles plages font leur apparition. Lors des pluies abondantes, il y a parfois des débordements qui occasionnent la contamination des eaux. Il y a aussi un travail à faire auprès de la population pour qu’elle évite de jeter les huiles usées dans les égouts. Si vous voyez d’ailleurs un petit poisson peint à côté d’une bouche d’égout, sachez que tout déversement y est interdit. Ce symbole signifie que l’écoulement des eaux se fait directement dans le fleuve ou dans une rivière.

3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 23 juillet 2014 04 h 41

    L'eau est bonne dans le Vieux Port de Montréal

    Ce qui fait problème dans le cas des Ports de Montréal et de Québec, ce n'est pas la qualité de l'eau mais l'arthrose administrative fédérale-provinciale.

    Tout comme le bassin Louise à Québec, le bassin Jacques-Cartier deviendra un jour une des principales attractions de la métropole :
    http://www.gensdebaignade.org/documents/Concours_R

    À Québec, la Haute-ville interdit l'accès au fleuve à la Basse-ville. On en prive du même coup des millions de visiteurs et touristes :
    http://www.gensdebaignade.org/documents/Lettre_por

  • Robert Henri - Inscrit 23 juillet 2014 08 h 56

    Si vous voulez que ça continue...

    Si vous voulez que ça continue, enpêchez les pollueurs de sévir. Les pipelines, les terres humides asséchées pour y construire condomminiums et centres commerciaux... C'est à tout le monde d'agir et de protéger notre Québec. Si on ne se fie qu'aux politiciens, nous sommes foutus.

  • Emmanuel Denis - Inscrit 23 juillet 2014 16 h 25

    Arrêtons de prendre en solitaire la voiture...

    Les principaux pollueurs qui laissent des coliformes dans le fleuve et qui nous empêchent de nous baigner dans le Saint-Laurent sont les automobilistes, les usines de pâtes et papiers Kruger et Cascades ainsi que la production de plastiques(pétrochimie) !!!

    Si les gens prenaient le transport en commun(autobus,trains,métro) et que les compagnies de pâtes et papiers cessaient de produire des mouchoirs, essuie-touts, serviettes de table, papiers de toilette et des assiettes, des filtres à café et des verres de carton blancs produits avec du chlore et une multitude de produits chimiques blanchissant, l'eau du Saint-Laurent serait très propre et il y aurait beaucoup de plages publiques avec une excellent qualité d'eau pour permettre la baignade sécuritaire !

    L'Amérique devra dompter sa mauvaise habitude de privilégier le transport individuel par voitures et sa fausse perception du papier & carton blanc qui égale propreté, alors que c'est plutôt tout le contraire, car les papiers et cartons blancs ont nécessité des étapes de blanchiment en utilisant le chlore et d'autres produits chimiques blanchissant encore plus dangereux.

    Du papier de toilette sans chlore et sans produits chimiques serait de couleur brune.