Le retour de la toilette publique

Photo: Jacques Grenier Le Devoir

Les toilettes publiques sont une denrée rare à Montréal. Pour qui a besoin de soulager une envie pressante, la quête d’un lieu d’aisance peut s’avérer ardue car il faut alors se rabattre sur les commerces, les institutions publiques ou, en désespoir de cause, les ruelles. Pressée d’agir, la Ville de Montréal entend mener un projet-pilote qui prévoit l’implantation d’une toilette autonettoyante dans le parc Émilie-Gamelin.

 

Depuis des années, des groupes d’aide aux personnes itinérantes réclament de la Ville de Montréal qu’elle installe des toilettes publiques au centre-ville, pas seulement pour les sans-abri, mais également pour le grand public et les touristes. À l’exception des toilettes chimiques installées temporairement lors de festivals et des toilettes des commerces et des institutions, les équipements sanitaires publics sont inexistants au centre-ville.

 

De nombreuses villes dans le monde se sont dotées de toilettes automatisées sur le domaine public, dont Paris qui compte 400 « sanisettes » réparties sur son territoire.

 

Montréal envisage de leur emboîter le pas. En mars dernier, l’arrondissement de Ville-Marie a lancé un appel d’offres pour la fourniture d’une toilette autonettoyante automatisée qui sera installée dans le parc Émilie-Gamelin. À l’origine, le projet émanait du Plan d’action ciblé en itinérance de la Ville, mais il a été convenu de rendre cette toilette accessible à l’ensemble des utilisateurs du parc.

 

Un accès gratuit

 

Les soumissions reçues sont encore à l’étude, mais certains paramètres ont déjà été définis : la toilette sera autonettoyante — l’ensemble du mobilier intérieur est nettoyé après chaque utilisation —, elle sera chauffée l’hiver et climatisée l’été et son accès sera gratuit, indique Samuel Dion, chargé de communication à l’arrondissement de Ville-Marie. L’équipement sera choisi en fonction de sa fonctionnalité, de son design et de la sécurité qu’il assure, ajoute-t-il.

 

Le coût du projet n’a pas été précisé, mais selon l’organisme Spectre de rue qui a mené une étude sur le sujet, le prix de tels équipements peut varier entre 200 000 et 400 000 $ l’unité.

 

Dans le cadre du projet-pilote, Montréal a fait appel à la firme d’architecture BBBL Architectes et la firme d’ingénierie Beaudoin Hurens pour élaborer un concept de toilette adapté à l’environnement urbain. L’entrepreneur choisi devra s’en inspirer pour fournir à la Ville la toilette en question.

 

L’arrondissement entend par ailleurs mettre sur pied un comité réunissant notamment des représentants d’organismes communautaires du centre-ville et du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour suivre le déroulement du projet.

 

Drogue et prostitution

 

L’installation de toilettes publiques n’est pas sans risques. Comme le démontre l’expérience vécue dans d’autres villes, ces cabinets peuvent aussi servir de lieux de prostitution ou de consommation de drogue. Certaines villes limitent le temps d’utilisation des toilettes automatisées, soit 10 minutes à Vancouver et 20 minutes à Toronto.

 

Bernard Plante, directeur général de la Société de développement du Village, estime que la surveillance est primordiale. Il cite le cas du parc Bryant Park à New York, où la Ville a opté pour la construction d’un bâtiment comportant des toilettes, mais qui fait aussi office de kiosque d’information avec un employé en permanence. « Dans des toilettes automatiques comme à Paris, si tu n’as pas de surveillance, il va y avoir des junkies, c’est sûr », dit-il.

 

À Montréal, la faune urbaine fréquente les toilettes de l’UQAM, de la Grande Bibliothèque, du terminus d’autobus et des restaurants du secteur, mais la cohabitation est difficile. D’autres personnes se soulagent dans les ruelles, ce qui cause des problèmes de salubrité.

 

Chez Spectre de rue, qui travaille sur ce dossier depuis des mois, on reconnaît que l’aménagement de toilettes publiques comporte des risques. Tout en saluant le projet-pilote de l’arrondissement, le directeur général de l’organisme, Gilles Beauregard, se méfie des projets trop ambitieux et trop coûteux. « Le coût, c’est l’enjeu majeur. On n’a plus d’argent nulle part », dit-il en suggérant de privilégier un projet modeste ou d’élaborer des partenariats avec des organismes et institutions existants pour faciliter l’accès aux toilettes pour le public.

 

Pierre Gaudreau, coordonnateur au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), est heureux de la concrétisation du projet-pilote. « Ce sont des installations qui sont nécessaires dans une grande ville. On ne peut pas juste compter sur l’UQAM, la gare centrale ou autres lieux du même genre », souligne-t-il. « On a été capables d’investir des milliards pour construire des hôpitaux universitaires parce qu’il y a une volonté. Ici, on ne parle pas d’un gros changement technologique. On parle d’une toilette. »

 

Un nombre accru de toilettes publiques à Montréal devrait faciliter la vie des touristes, convient Alexandra Graveline, porte-parole de Tourisme Montréal. Elle souligne toutefois que la rareté des toilettes publiques n’est pas un enjeu qui a été soulevé par les touristes sondés lors d’enquêtes réalisées par l’organisme. « La ville est considérée de façon générale par les touristes comme très propre », signale-t-elle.

 

L’arrondissement de Ville-Marie n’a pas précisé quand le projet-pilote débutera, ni quelle durée il aura.

5 commentaires
  • Huguette Roy - Inscrite 27 juin 2014 07 h 22

    C'est pas trop tôt. Souhaitons que le projet aille de l'avant et se concrétise. Qui sait, peut être que Montreal, tout comme Paris, aura aussi son Guide pratique et culturel des WC gratuits : Pisser à Paris.

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 juin 2014 08 h 07

    Une solution simple

    Il suffirait que les restaurants aient l'interdiction de réserver leurs toilettes à leurs clients...

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 juin 2014 11 h 45

    Et en province?

    Faudrait pas oublier les régions ...là aussi il y a un manque flagrant de "pissotières".

    • Michel Vallée - Inscrit 27 juin 2014 16 h 32

      En région, quasiment chaque arbre est une pissotière...

  • Michel Vallée - Inscrit 27 juin 2014 16 h 04

    Cela me rappelle la dernière fois où je suis allé à Québec…

    J’étais descendu de Montréal en autobus, j’étais arrivé fort tard, j’avais mangé un morceau près de la gare du Palais en buvant une bière, puis j’étais monté à pied à mon hôtel sur la rue Saint-Jean.

    Le temps d’y déposer mon bagage, de siroter une dernière bière avant la fermeture des établissements, je ressorts marcher en ayant l’idée d’aller jeter un oeil sur la terrasse Dufferin … C’est l’hiver, la température est glaciale, où je suis les commerces sont fermés et les rues sont absolument désertes.

    Soudain, une envie pressante d’uriner m’oppresse, irrépressible avec l’âge, et nul endroit où je puisse civilement me délester ; j’avise une ruelle garnie d’un conteneur, et à l’abri derrière cette grosse poubelle j’urine…

    Mais! Voilà qu’une voiture de police m’avait vu m’engouffrer dans la ruelle…

    Au terme de mon <<méfait>>, au moment où j’ai surgi de la ruelle afin de reprendre ma promenade, je suis encadré par le faisceau des lampes de poches de la maréchaussée de Québec… Des jeunes policiers arrogants et absolument discourtois…

    À leur attitude brusque, j’ai le pressentiment que le moment n’est pas propice à la rigolade, quand je leur ai bêtement avoué qu’il m’avait fallu pisser ; je n’ai pas cru bon de leur répondre que je n’avais guère d’autre choix que d’uriner là, ou de pisser dans mon froc.

    À dire vrai, j’ai même cru un instant qu’ils étaient pour m’embarquer, tant leurs attitudes étaient peu avenantes, poussant l’arrogance jusqu’à me demander ce que j’étais venu faire à Québec…

    J’en fus quitte pour une amende de quatre-vingts dollars (80$), que j’ai par la suite oublié de payer, tant et si bien que le temps a passé et que lors d’un contrôle à Sorel j’ai dû acquitté sur l’heure près de deux cents dollars (200$) sous peine de me voir incarcérer séance tenante trois jours à la prison éponyme… (Au moins, le policier de Sorel qui a constaté le mandat n’a pu s’empêcher de rire de concert avec moi de la bêtise de ses collègues de Québec).