Petite histoire de la «camillienne»

Montréal a déjà compté plusieurs toilettes publiques, aujourd’hui converties en fleuriste ou encore en petit bistro, comme cette vespasienne du carré Saint-Louis.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Montréal a déjà compté plusieurs toilettes publiques, aujourd’hui converties en fleuriste ou encore en petit bistro, comme cette vespasienne du carré Saint-Louis.

L’écrivain Jacques Ferron trouvait que le maire Camillien Houde avait eu un coup de génie en faisant construire des toilettes publiques sous la statue du roi Edouard VII, en plein coeur de Montréal, au square Phillips. C’était là, considérait-il avec humour, une formidable façon de miner en douce le colonialisme britannique.

 

Nous sommes en 1931. La construction de toilettes dans les parcs et dans divers lieux publics de Montréal est considérée comme « une importante amélioration civique ». Ces réalisations font en fait partie d’un plan d’ensemble beaucoup plus vaste qui comprend la construction de casernes de pompier et de police, des écuries, des marchés ainsi que des bains publics.

 

Au premier siècle de notre ère, l’empereur romain Vespasien avait offert des toilettes à Rome. Des vespasiennes modernes, il en existe depuis 1834 à Paris. Depuis 1851, Londres possède les siennes. Toronto en fait construire à compter de 1897.

 

À Montréal, l’usage du mot « vespasienne » plutôt que « toilette » fait écho à l’usage parisien. Mais cette appellation n’est pas pour déplaire aux bonnes âmes habituées aux oeillères pudibondes que placent partout l’Église catholique et les restes de l’ère victorienne. Ces vespasiennes, les Montréalais les rebaptiseront d’ailleurs par dérision « camilliennes » en l’honneur du tonitruant maire Houde.

 

Travaux de chômage

 

La construction de toilettes publiques à Montréal au début des années 1930 s’inscrit dans le cadre de chantiers destinés à endiguer les effets de la crise économique. Ces « travaux de chômage » comprennent la construction de plusieurs installations qui visent à améliorer la salubrité publique. Il est courant encore à l’époque de trouver des « bécosses », toilettes de fortune qu’on installe un peu à l’écart des habitations.

 

Plusieurs vespasiennes du plan Houle existent toujours à Montréal, bien qu’elles soient désormais murées ou camouflées par de nouveaux aménagements urbains. Les camilliennes auront servi dans certains cas pendant près d’un demi-siècle avant d’être abandonnées, le plus souvent d’ailleurs sans tenir compte de leur intérêt historique. L’édifice de briques rouges qui abritait les camilliennes du parc Lalancette situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve vient par exemple d’être démoli à cause « d’un déficit d’entretien », explique la Ville de Montréal. Plusieurs architectes, parfois réputés, avaient pourtant dessiné ces bâtiments dont la vocation a été modifiée au fil du temps. Pour les vespasiennes du square Phillips et de la place d’Armes, c’est un architecte important, Joseph Omer Marchand, qui avait dessiné les installations aujourd’hui quasi invisibles.