Après les «pics», les bancs?

Bien que les organismes d’aide aux sans-abris déplorent le choix des bancs avec accoudoirs, ils reconnaissent tous que la ville manque de mobilier urbain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bien que les organismes d’aide aux sans-abris déplorent le choix des bancs avec accoudoirs, ils reconnaissent tous que la ville manque de mobilier urbain.

De nouveaux bancs publics feront leur apparition dans l’arrondissement de Ville-Marie au cours de l’été. Dotés d’accoudoirs centraux, ces bancs ne permettent pas de s’y étendre pour roupiller. Pour les groupes d’aide aux personnes itinérantes, il fait peu de doutes que ce mobilier urbain vise à dissuader les sans-abris de s’y installer pour dormir.

 

Ces bancs ont été conçus par le designer Michel Dallaire en 2008, à la demande de l’ancien maire de l’arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté, qui souhaitait donner au centre-ville une signature particulière et exclusive avec ce nouveau mobilier urbain.

 

Pendant plusieurs années, le banc dessiné par Michel Dallaire est demeuré au stade de prototype, notamment en raison de ses coûts de fabrication. En décembre dernier, le conseil d’arrondissement de Ville-Marie, dirigé par Denis Coderre, a finalement donné le feu vert à la Direction du matériel roulant et des ateliers municipaux pour lancer la fabrication. Le projet prévoit la production de 162 bancs au coût de 336 321 $, de 150 poubelles, aussi conçues par Michel Dallaire, ainsi que de 50 bacs à fleurs, pour une dépense totale de 649 517 $.

 

Des places pour tous

 

D’allure sobre, les nouveaux bancs comportent des accoudoirs positionnés au centre. En 2008, Michel Dallaire avait indiqué au Devoir qu’il s’agissait d’une caractéristique que d’autres villes, comme Paris et Toronto, ont adoptée. « J’ai voulu que ce banc ne soit pas perçu comme un empêchement de dormir, mais plutôt qu’il donne des places à tout le monde », avait-il expliqué. À l’arrondissement, on avait fait valoir que la fonction première d’un banc était de s’y asseoir et non de s’y étendre.

 

Lors de la séance du conseil d’arrondissement tenue le 10 juin dernier, le directeur des travaux publics de Ville-Marie, Guy Charbonneau, a annoncé que l’installation des nouveaux bancs commencera cet été dans la rue Sainte-Catherine Est. « On espère qu’ils vont rester plus disponibles pour ceux qui veulent s’asseoir », a-t-il dit, alors que, plus tôt cette journée-là, le débat sur les pics anti-itinérants installés devant certains commerces faisait rage.

 

Autre mesure de contrôle

 

Ces bancs sont un élément de plus destiné à repousser les itinérants, estime Serge Lareault, directeur général du journal L’Itinéraire. « Notre ville se transforme — comme beaucoup d’autres dans le monde — pour que les gens de la rue n’aient plus aucun endroit pour s’abriter, s’étendre et se coucher. L’extrême de ce phénomène, on l’a vécu avec les pics anti-itinérants au cours des dernières semaines. C’est toujours le même problème : du “ pas dans ma cour ” et des aménagements urbains pour tasser les gens de la rue sans qu’il y ait de lieux aménagés, déplore-t-il. Tout est pensé pour se protéger des gens de la rue, et non pour les aider. »

 

Il convient toutefois que les nouveaux bancs publics n’ont rien de comparable avec les pics anti-itinérants qui ont suscité l’indignation générale il y a deux semaines. Dans ce contexte, c’est surtout la disparition progressive des bancs publics à Montréal qui le préoccupe. « J’ai envie de vous dire : c’est mieux de ramener des bancs avec des accoudoirs que d’en enlever. On a une population vieillissante et on a besoin de s’asseoir dans notre ville. Évidemment, on ne peut pas comparer ces accoudoirs aux pics anti-itinérants qu’on a vus. Mais on n’est pas dupe. C’est certain que l’idée de l’accoudoir, c’est d’enlever le goût aux gens de s’y étendre. »

 

Selon lui, cette solution met en relief la nécessité d’offrir davantage de services pour les itinérants, comme des centres de jour et des endroits où ils peuvent se reposer.

 

Les amoureux

 

Pierre Gaudreau, coordonnateur au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), abonde dans ce sens. « Ce n’est pas comme les pics, qu’on trouvait inacceptables, ou comme ôter des bancs ou donner des contraventions aux gens de la rue, reconnaît-il. Qu’il y ait de nouveaux bancs, ce n’est pas en soi un problème. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de réponses apportées par le gouvernement du Québec sur les enjeux de l’itinérance. Où sont les logements pour aider les gens de la rue, les services et les programmes de réinsertion sociale ? », se demande-t-il.

 

Les nouveaux bancs se prêtent mal aux siestes, mais ils sont aussi moins propices aux rapprochements pour les amoureux qui souhaitent s’y bécoter, fait par ailleurs remarquer M. Gaudreau. Malgré ses réserves, M. Gaudreau voit d’un bon oeil l’installation d’un nouveau mobilier urbain plus moderne et plus confortable.

 

Pratiques

 

Le nouveau banc public qui sera installé au centre-ville comporte un dossier et une assise en bois d’ipé. Les pattes rapprochées au centre devraient faciliter la mise à niveau des bancs qui seront installés dans des pentes.

 

Rappelons que le designer Michel Dallaire a de nombreuses créations à son actif, parmi lesquelles la torche olympique des Jeux de 1976, le mobilier urbain du Quartier international et les vélos Bixi.

24 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 25 juin 2014 00 h 05

    Cas différent

    Ce cas est bien différent de l'épisode des pics pour empêcher de s'assoir.

    Les bancs publiques ne sont pas faits pour être mobilisés par une seule personne pour se coucher. S'étendre dans l'herbe serait plus approprié ..et moins dur!

    • antoine bouchard - Inscrit 25 juin 2014 09 h 15

      N'importe-quoi. S'étendre dans l'herbe. Non mais!!!! On ne parle pas d'animaux domestiques içi. On parle d'hommes et de femmes sans abris. Le banc est mieux que l'herbe. Moins humide, plus uniforme, plus propre que le sol.

    • André Michaud - Inscrit 25 juin 2014 11 h 44

      @M.Bouchard

      Peuvent-ils aussi dans un autobus ou dans le métro se coucher sur un banc et prendre la place de 3 ou 4 personnes aussi ?

    • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 25 juin 2014 12 h 20

      J'suis d'accord avec vous M. Michaud. Les bancs ne sont pas fait pour être mobilisés par une personne pour la durée d'un dodo.

      Entre le sol, le gazon ou un banc il n'y a pas grand différence...

      Je ne crois pas que des bancs avec des accoudoirs centraux briment les droits et libertés de ces gens.

    • Dominic Mayers - Inscrit 25 juin 2014 19 h 02

      Le besoin d'une personne peut primer sur le besoin d'une autre personne qui veut s'assoir sur un banc. Ca arrive à tout le monde de vouloir s'étendre sur un banc, par exemple, à cause d'un malaise momentané. Dans le cas d'un sans abri, le besoin est plus grand, pas seulement momentané, mais c'est la même chose à une autre échelle. Si ca devient un problème, il faut trouver une solution plus humaine. Ce sont des êtres humains.

  • Marcel Bernier - Inscrit 25 juin 2014 02 h 39

    Chacun cherche son chat...

    Certains ont tendance à l’oublier, mais ces hommes et ces femmes, qui choisissent ou pas de vivre à la belle étoile, sont de notre race – la race humaine – et des citoyens-nes ayant les mêmes droits à la dignité et à une vie décente que nous les bien-pensants.
    Alors, pourquoi pas l’installation de lits à même le mobilier urbain dédiés uniquement à ceux et celles qui ne sont pas encore des assis du système.

  • Yves Côté - Abonné 25 juin 2014 03 h 50

    A dormir debout...

    Montréal met ses banc de parc à la mode parisienne.
    Pour certaines personnes des plus démunies, c'est une histoire à dormir debout.
    Debout, ou plutôt par terre, comme un simple animal abandonné...
    Et ce sont des syndiqués qui vont installer ces bancs ? Même si maintenant les cols bleus sont bien payés et bien traités par la Ville, je ne peux y croire. Ou peut-être simplement que je fais que refuser d'y croire ?
    « J’ai voulu que ce banc ne soit pas perçu comme un empêchement de dormir, mais plutôt qu’il donne des places à tout le monde », dit le concepteur-vedette de ceux-ci. L'un des nôtres qui présentent une réussite personnelle d'exeption (et c'est tant mieux pour lui).
    C'est vrai que la nuit, dans les parcs de Montréal, "tout le monde" a besoin d'avoir de la place sur des bancs, vue l'affluence... qui n'est pas "perçue"... de ces lieux !
    Ce matin, je me pose la question : peut-être finalement que nous, les Québécois, à force d'oublier que la misère n'a pas toujours frappée que les autres, nous sommes simplement moins beaux et humains que ce qu'on nous dit que nous sommes depuis une cinquantaine d'années ?
    Sais pas...
    Et vous, qu'en pensez-vous ?

    • Guy Vanier - Inscrit 25 juin 2014 07 h 17

      Malheureusement nous sommes des petits moutons qui suivont la tendance mondiale.....

    • Anne Blanchard - Inscrite 25 juin 2014 08 h 01

      Autrefois, dans chaque maison il y avait le banc des quêteux si ma mémoire est bonne? On offrait le gîte pour la nuit à ceux et celles qui en avait besoin. Vivre dans les rues de Montréal ou ailleurs n'est pas un choix mais la conséquence d'un parcours de vie qui nous y pousse. La pauvreté et l'étinérance nous concerne tous, et nous menace tous. Un faux pas est possible d'autant plus qu'il semble que de plus en plus d'individus se retrouvent à la rue. On investit 80 millions de dollar à l'oratoire Saint-Joseph par qu'il s'agit d'un attrait touristique payant...Ce sont les choix de société que l'on fait collectivement...Comme celui d'investir 25 millions pour aider principalement les femmes à sortir de l'éxploitation sexuelle lié à la
      prostitution.

  • Simon Cloutier - Inscrit 25 juin 2014 07 h 48

    Le prix

    $2000 par banc? On a un set de salon complet et en cuir pour ce prix-là!

    On dirait que le prix du bien commun est toujours exorbitant. Je voudrais qu'on m'explique.

    Non seulement ces accoudoirs sont innaceptables, mais ils nous coûtent cher hein?

  • François Beaulé - Abonné 25 juin 2014 07 h 57

    Ça fait cher le banc.

    336 321$ pour 162 bancs, ça veut dire plus de 2000$ par banc. Presqu'autant pour les bacs à fleurs et les poubelles. Seront-ils faits de bois et de métaux précieux?

    • Marc Davignon - Abonné 25 juin 2014 10 h 40

      Cela inclut les couts «d'aller voir à Paris»!

    • Hubert Lavigne - Inscrit 25 juin 2014 12 h 31

      C'est scandaleux de dépenser ainsi tant d'argent du peuple pour des simples bancs. J'ai toujours pensé que Coderre manquait de jugement; on en a encore la preuve..... Quant ces bêtises s'arrêteront-elle..?