Un feu de camp pour le droit de négocier

Personne ne s’attendait à ce que des syndiqués déversent un tas d’ordures pour alimenter le feu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Personne ne s’attendait à ce que des syndiqués déversent un tas d’ordures pour alimenter le feu.

Des pompiers, des policiers et aussi des cols bleus ont créé une sorte de feu de camp en faisant brûler leurs casquettes, mardi après-midi, devant l’hôtel de ville de Montréal. Pendant plus d’une demi-heure, plus d’un millier de syndiqués municipaux étaient réunis pour protester contre le projet de loi sur les régimes de retraite, déposé la semaine dernière à l’Assemblée nationale.

 

À coups de klaxons, de sirènes et de sifflets, ils ont voulu se faire entendre pour revendiquer leur droit à la négociation, qu’ils jugent bafoué par ce nouveau projet de loi dont les dispositions finales des régimes de retraite sont déjà prédéterminées.

 

Dans ce grand tintamarre, de nombreux passants ont tout de même été surpris de constater que des pompiers avaient choisi comme moyen de pression d’allumer, eux-mêmes, un feu en plein milieu de la rue Notre-Dame. Certains n’ont pas manqué de souligner que ce type de manifestation n’aurait jamais été toléré s’il avait été organisé par des étudiants.

 

 

«Inacceptable »

 

 

Le maire Denis Coderre a d’ailleurs qualifié cette manifestation d’« inacceptable ». « Je demande aux syndicats d’arrêter de faire ce genre de choses et d’agir de façon responsable », a-t-il dit en ajoutant qu’il allait discuter avec les dirigeants et s’assurer que la sécurité des citoyens ne sera pas compromise si d’autres actions sont à prévoir.

 

Lors de la manifestation mardi, la Coalition syndicale pour la libre négociation avait pourtant demandé à ses membres de manifester pendant seulement 15 minutes. Contre toute attente, des syndiqués ont décidé de déverser un tas d’ordures pour alimenter le feu, qui a pris de l’ampleur. Quelques pompiers sont alors intervenus pour l’éteindre, mais ils en ont aussi profité pour arroser avec leur boyau les fleurs situées au deuxième étage de l’hôtel de ville.

 

« Nos gens sont furieux. On a rencontré le ministre à deux reprises, on lui a fait part de nos interrogations, mais il arrive avec un projet de loi qui répond uniquement aux demandes des maires et aucun de nos messages n’a été entendu », explique Marc Ranger, le porte-parole de la Coalition.

 

 

Une longue bataille à prévoir

 

 

Ce premier coup d’éclat risque donc de ne pas être le dernier. Les membres des syndicats sont résolus à se battre pour empêcher le projet de loi d’être adopté. Dans la foule, plusieurs pompiers ont confié au Devoir qu’ils étaient prêts à se tenir debout et qu’ils ne permettront « jamais » à la Ville de toucher à leurs régimes.

 

Le président du Syndicat des cols bleus regroupés, Michel Parent, affirme que les syndiqués sont prêts à mener la bataille en sachant très bien qu’elle peut être longue. Même si la convention collective de ses membres est déjà négociée et leur régime de retraite, réglé, M. Parent affirme que le projet de loi du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, pourrait venir tout changer. « Dans notre convention, les retraités ont droit à une indexation garantie de 1 %, mais ils ne l’auraient plus selon ce projet de loi s’il était adopté tel quel », donne-t-il comme exemple.

 

Dans plusieurs villes du Québec, de nombreux syndiqués municipaux ont aussi fait part de leur inquiétude devant les changements à venir dans les divers régimes de retraite. Des manifestations spontanées ont eu lieu mardi à Sherbrooke, à Québec et devant diverses mairies d’arrondissement à Montréal.

38 commentaires
  • Christian Bédard - Inscrit 17 juin 2014 19 h 11

    Retour de l'instabilité sociale provoquée par les libéraux

    Il fallait s'y attendre sans doute. C'est un gouvernement qui n'a à coeur que l'intėrêt du patronat, des soi-disant "leaders" économiques et des maires populistes. On va ressortir les casseroles bientôt...

    • François Dandurand - Inscrit 18 juin 2014 12 h 14

      Peut-être les LIbéraux sont-ils les seuls à avoir le courage politique de règler des situations que le PQ s'est abstenu de faire lorsqu' il était au pouvoir préférant les reposter?

    • Daniel Gagnon - Abonné 18 juin 2014 15 h 36

      Quand il s'agit des étudiant(e)s et des manifestants ordinaires, quand il s'agit de Marie-Sol, de Paul ou de Nicole, de mon oncle Anatole qui tapent sur les casseroles et qui batifolent sous les banderoles... ce n'est pas la même chanson...on les embarque...

      Il faudrait relire le rapport Ménard...

  • René Racine - Abonné 17 juin 2014 19 h 17

    Jouer les gros-bras, c'est une mode

    Pour les syndicats municipaux, ce n'est pas nouveau, jouer les gros-bras est une tactique remise au goût du jour. Vive l'intimidation ! Vive les menaces ! Dans une manifestation d'appui, le plus dérangé qui cumule les coups d'éclat, mène le troupeau et le troupeau le cautionne et l'applaudit. Le scénario est tout tracé pour le plus de grabuge possible.

    Puis les parties syndicales parlent de vouloir une vraie négociation pour la défense des travailleurs, quand le rapport de force n'est que d'un seul côté, ce qui a permis tous les abus dans des conventions collectives.

    On connait maintenant la chanson, bien sûr un gouvernement qui ne ne veut pas comprendre doit se faire mettre à sa place et recevoir une bonne leçon. Les acquis syndicaux dans les conventions collectivres sont des vaches sacrées et les fonds de pension généreux en font partie. Pas touche, sinon la ville est à feu et à sang, ce sera la "guerre"comme l'ont dit certains et des victimes avec ça. Le mot d'ordre est donné: À gang tout est permis même ce qui est illégal; car tout va s'arranger dans le règlement de retour au travail. En attendant ....

    Le payeur de taxes n'en a pas pour son argent, c'est clair; en plus des coûts liés à la corruption et à la collusion, il y a les conventions collectives d'un autre âge. Les comptes de taxes municipales explosent et sont rendus trop chers pour les citoyens ordinaires qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts.

    Un vrai test pour le nouveau gouvernement. Le prochain roman fleuve de l'été, à voir sur le petit écran: Qui va calmer le jeu et comment ?

    • Guy Vanier - Inscrit 18 juin 2014 10 h 45

      <en plus des coûts liés à la corruption et à la collusion>

      je ne croyais pas que les syndiqués y participaient aussi??

    • simon villeneuve - Inscrit 18 juin 2014 13 h 22

      M.Racine:"Vive l'intimidation ! Vive les menaces !"

      Qui subventionne les partis politiques ?
      Les plus riches et les entreprises ?

      A chaque fois que le Quebec demande a ces 2 groupes de partager l'aide fiscale pour retablir une sante financiere de l'etat, quelle est la reponse commune de ces 2 groupes ?

      Ont va s'en aller vivre ailleurs !

      Je vous renvoie votre citation ...

  • Simon Chamberland - Inscrit 17 juin 2014 19 h 33

    P-6 ?

    Pourquoi le SPVM n'est-il pas intervenu après un acte criminel, soit avoir incendié des ordures ?

    Manifestement, c'est le cas de le dire, le trajet n'a pas été transmit.

    Serait-ce que le SPVM fait du profilage politique ?

    Grosses questions

    • Guy Vanier - Inscrit 18 juin 2014 10 h 39

      l'armée n'était pas encore prête pour intevenir raoidement.....

    • Mario Gauthier - Inscrit 18 juin 2014 11 h 42

      Je me demandais aussi: est-ce une "manifestation légale"?

      On s'empresse tant à en déclarer bien d'autres, "illégale" et à poivrer tous et chacun.

      Deux poids (lourds), deux mesures?

      Cela dit, la fin justifie peut-être ici les moyens: le droit à la retraite est quelque chose d'inaliénable, à mon sens. Et différence entre entre privé et public ne sont pas, selon moi un comparatif valable. N'importe qui qui a travaillé pour le privé sait que le seul but du privé est de donner le moins d'avantages sociaux et de salaire possible...

      Et avoir une retraite minimale (ou maximale) est un droit (ou devrait l'être). Le travail n'est pas tout dans la vie...

      Comme on dit "a deal, it's a deal"

  • Laurent Desbois - Inscrit 17 juin 2014 21 h 07

    Ils ont la même allure que les « clean-cuts »!!!

    Ils ont la même allure que les « clean-cuts » qui ont allumé un feu avec des cones orange au coin de St-Denis et Ontario, lors de la grève des étudiants !

  • Francois Gougeon - Inscrit 17 juin 2014 21 h 20

    Parlons des vraies affaires

    Selon l'institut de la statistique de Québec, si on prend en compte tous les avantages sociaux en plus du salaire, les employés municipaux font 37,9% de plus que les fonctionnaires provinciaux
    Pour les ingénieurs, le salaire horaire (incluant les avantages sociaux et les fonds de retraite) au municipal est de 72,26 l'heure comparativement à 56,04 pour le privé non syndiqué et 64,06 pour le privé syndiqué
    Pour un technicien en administration, c'est 53,00 au municipal, 33,74 pour le privé non syndiqué et 44,78 pour le privé syndiqué
    Pour un secrétaire, c'est 46,05 au municipal, 33,25 au privé non syndiqué et 38,89 au privé syndiqué
    Le salaire moyen d'un québecois etait de 38 500 en 2011 (sans tenir compte des avantages sociaux) tandis que le salaire moyen au municipal était de 66 000. En prenant en compte les avantages sociaux et fonds de retraite, chaque employé municipal coutait environ 100 000 $ par année à la ville de Montréal.
    Bref, j'ai bien de la misère à compatir avec ces fonctionnaires surtout quand des pompiers allument des feus et que les policiers participent à des manifestations qui mériteraient des amendes salées à de simples citoyens.

    • Guy Vanier - Inscrit 18 juin 2014 10 h 37

      qui a négocié ces conventions? les syndiqués seulement?? A lire ce qui se dit présentement ils ont du être seul....... étrange, non?

    • simon villeneuve - Inscrit 18 juin 2014 12 h 08

      J'aimerais beaucoup voir le lien car meme aujourd'hui je suis extrement loin de 100000$ avantages sociaux inclus et nous sommes 3 ans plus tard que 2011 ...

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 18 juin 2014 13 h 05

      Admettons que les salariés syndiqués oeuvrant sur la scène municipale ne sont pas à plaindre. Leurs salaires sont plus élevés que ceux des salariés syndiqués du secteur privé et de la fonction publique.

      Mais plutôt que de suggérer -- comme on le fait souvent dans un tel cas -- de diminuer les émoluments des mieux nantis et de précariser leurs conditions de travail, pourquoi ne pas imaginer que les deux groupes moins « favorisés » tentent d'améliorer leur sort ?

      Notamment dans le secteur privé, où le degré de syndicalisation va s'amenuisant et où le rapport de force favorise de plus en plus les employeurs. L'exemple de Quebecor (Journal de Québec et Journal de Montréal) avec à sa tête Pierre Karl Péladeau vient rapidement à l'esprit. De même que celui d'Air Canada qui, avec l'aide d'Ottawa, a foulé aux pieds les droits de groupes d'employés lors des plus récentes négociations.